Avec National Gallery, entrez dans l’univers d’un musée

Frederick Wiseman nous plonge avec ce film au coeur même du musée londonien National Gallery, l’un des musées les plus connus au monde. Dans ce documentaire, le réalisateur parcourt les différents métiers et personnes qui peuplent le musée. De nombreuses personnes qui donnent sa longue durée au film: presque 3 heures. Et pourtant, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Vous connaissiez les oeuvres qu’on accroche dans les musées; mais qui sont ces personnes qui vivent la journée dans les coulisses et les allées de l’établissement? C’est avec ce film que vous trouverez une réponse.

Ces trois heures nous offrent une véritable mosaïque des différents métiers. En premier lieu, une grande place est attribuée aux conférenciers, ces personnes qui donnent vie au tableau, qui nous racontent son histoire et les anecdotes qui entourent l’oeuvre. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est toujours fait avec beaucoup d’humour et leur récit est passionnant. Une bonne occasion aussi donc de découvrir les tableaux de la National Gallery mais aussi une partie de leur histoire. Notamment, la raison pour laquelle la lumière interne est placée de cette matière et l’importance que pouvait avoir le lieu initial d’exposition. Autre portrait important, celui des restaurateurs qui permettent aux oeuvres de traverser le temps. On découvre les techniques utilisées, mais aussi ce que la restauration nous permet de comprendre d’un tableau, de la façon de procéder du peintre, etc. C’est intéressant de voir les avis de chacun sur l’impact des restaurations sur les tableaux : peut-on toujours interpréter le tableau de la même façon en sachant qu’il a pu être modifié lors des précédentes restaurations?

RESTORATION

Un autre aspect, moins mis en avant pourtant, c’est celui de la gestion du musée, de son lien avec le monde extérieur. Quelle communication pour un tel musée? Faut-il en faire plus, et comment le faire en gardant l’intégrité du musée? Cette question d’intégrité revient aussi avec le marketing: un musée peut-il être lié à n’importe quel événement par souci de financement? Tant de questions que se pose la direction du musée et auxquelles elle tente de répondre. Tous ces portraits en mosaïque se mêlent les uns aux autres, sans jamais que le spectateur ne se perde ou ne se lasse. Le réalisateur a su donner un rythme et nous livrer une véritable histoire.

Frederick Wiseman, est un amateur d’art, et cela se sent dans sa façon de filmer les oeuvres. Il n’est pas évident de filmer une peinture surtout pour le cinéma (faut-il donner un détail, filmer l’oeuvre avec son cadre?). Le réalisateur a fait son choix, il sublime les oeuvres en les sortant de leur cadre et en en donnant des détails, tout en les reliant à la parole. Cette dernière est celle des guides, des conférenciers, qui donnent une nouvelle dimension à l’oeuvre et permettent au spectateur de l’apprécier d’une nouvelle façon. C’est aussi cette façon de filmer qui donne une perpétuelle mise en abîme entre la peinture et le cinéma. On peut donc apprécier les oeuvres filmées vraiment comme pour le cinéma, et donc plus à la façon d’un documentaire. C’est cet aspect qui est aussi très intéressant, la narration est celle d’un documentaire, mais les images sont celles du cinéma. Un bonheur donc pour les yeux.

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Le réalisateur est aussi habitué à ce genre de film. Documentariste, il a créé de nombreux films révélant les aspects de la société américaine dans les années 70 (High School, Law and Order), ou encore sur le monde animal (Primate) et sur des centres d’accueil pour les femmes battues (Domestic Violence) dans les années 2000. Il y donne un vision brute de la vie et laisse le spectateur analyser et se faire son propre avis. C’est aussi ici ce qu’il réalise en laissant le spectateur entrer dans les coulisses du musée, sans jamais imposer sa façon de voir.

La seule critique qui pourrait être faite, car il en faut bien une, c’est cet aspect documentaire que certaines personnes n’aiment pas au cinéma. J’ai entendu dans la salle après la projection certaines personnes affirmer que le film était plutôt du style d’un documentaire d’Arte, et qu’il ne pourrait pas être apprécié par tous les publics. Il est vrai que je suis passionnée par l’art et les documentaires, et que donc c’est un style que j’apprécie. Surtout que la longueur peut faire peur, mais si vous avez un minimum d’intérêt pour les musées, ou une certaine curiosité je vous conseille vivement d’aller le voir!

Sortie au cinéma le 17 décembre 2014.

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Passionnée par l'écriture, j'ai fait des études de journalisme et me voilà maintenant journaliste freelance et rédactrice (c'est un peu comme une vie de saltimbanque avec de la déontologie et un peu de sérieux en plus!). Parfois aussi je prends ma caméra et j'arrive même à en faire des reportages.

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