In Bloom, chronique d’une jeunesse géorgienne

Eka et Natia sont deux amies inséparables qui vivent à Tbilissi, en Georgie, au lendemain de la chute de l’Union soviétique. Elles ont quatorze ans et sont déterminées, avec l’énergie et la force de la jeunesse, à vivre leurs vies d’adolescentes, malgré la guerre qui fait rage dans la province Abkhaze, la pénurie alimentaire, l’anarchie généralisée et la domination des hommes. Alors que le garçon dont Natia est éprise lui donne un fusil ne contenant qu’une seule cartouche, un autre garçon commence à lui tourner autour.

Nana Ekvtimishvili, qui s’est associée à Simon Gross pour cette première réalisation, a puisé dans ses propres souvenirs pour écrire ce portrait de jeunes filles en fleurs à l’ombre d’un pays qui émerge douloureusement des ruines de l’Union soviétique. Un pays et une société dominée par les hommes et la violence, où les femmes doivent aiguiser leur force de caractère et leur intelligence pour exister.

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Le duo de réalisateurs a judicieusement choisi de ne pas privilégier l’un des deux personnages féminins, afin focaliser la narration sur la relation entre les deux amies, sur les événements personnels qui animent et influencent cette relation. Une relation qui, malgré une différence sociale que la confusion post-soviétique ambiante tend a estomper, est le moteur de leur résistance face aux difficultés du quotidien. Eka et Natia se complètent, ont à deux les armes pour vivre sans craintes, mais pas sans embarras.

Pas nostalgique pour un sou, ni même ostalgique (nostalgie de l’ère soviétique), In Bloom dresse un contexte lourd, mais souligné avec habileté et sans les habituels poncifs dévolus à la représentation de la fin du communisme. Pas de jugement du communisme, ni de critique du capitalisme, mais bien un regard agacé sur une société machiste qu’aucun régime ne peut infléchir.

Les deux actrices qui incarnent Eka et Natia sont fantastiques. Non-professionnelles, elles furent découvertes après un an de castings. Lika Babluani et Mariam Bokeria illuminent le film de leur jeu qui a la force du naturel et la sincérité de la jeunesse.

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La mise en scène rappelle un peu celle des frères Dardenne, et l’emploi fréquent du plan séquence savamment chorégraphié qui, loin de l’artifice, renforce l’aspect naturaliste de la réalisation. Qu’elle soit fixe ou en mouvement, la camera se fait oublier tant la présence des deux jeunes actrices magnétise.

A noter aussi, la magnifique photo de Oleg Mutu, qui était déjà derrière celle de Au-delà des collines, mais surtout de 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, Palme d’Or 2007 et lauréat de nombreuses autres récompenses.

In Bloom est un film sensible et fort, à la beauté racée qui marquera longuement son spectateur.

A voir dès le 27 novembre 2013

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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