5 films français qui auraient pu être bons, mais qui en fait… non, 2

Papa ou Maman 2 (le film Darling critiqué dans l'article précédent)

Etant donné que je fais partie de ces gens qui vont jusqu’au bout d’un film dont la première demi-heure est mauvaise, juste au cas où il deviendrait soudainement bon, il m’arrive de regarder des nullités… intégralement. Ou bien, je lis une critique acerbe sur un film et cela me donne envie de le voir. Juste pour savoir si la critique est véridique. Chacun sa manière de perdre du temps dans sa vie se reposer.

Je vais vous parler de 5 films français que je n’ai pas aimé. Le cinéma français est encore le cinéma que je connais le mieux et que je consomme le plus. N’en déplaise à ceux qui l’évite. Vous voyez tous – j’en suis sûre – ces affiches, castings ou bandes-annonces qui vous inspirent confiance. Et pour lesquels il aurait mieux fallu que… non.

Nous parlerons de : Un Petit Boulot / Saint Amour / L’Epine dans le Coeur / Mon Roi / Papa ou Maman 2

1. Dans la famille Dandy je demande : Un Petit Boulot

Les raisons qui m’ont amené à le voir :

– Le réalisateur. Pascal Chaumeil a réalisé L’Arnacœur. Oui oooh, c’est mignon, non ?

– Le casting. Gustave Kervern (récemment fort réussi Cigarettes et Chocolat Chaud), Michel Leblanc, Romain Duris.

Les raisons qui m’amènent à le déconseiller :

– Le synopsis. Jacques habite une petite ville dont nombre d’habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L’usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent pour Jacques. Alors quand le bookmaker mafieux du coin lui propose de tuer sa femme, Jacques fini par accepter. Jusque là, on est d’accord. La suite part complétement en cacahuète. Il y a une vague histoire d’amourette en plage vers la fin du film. La nana est un peu 1) inutile, 2) cruche. Elle n’est même pas la flic que l’on espérait. Un peu de piment, de difficulté, non ? Ok.

Pour clôturer en beauté, la fin du film vous laisse nettement comprendre que buter des gens est tout à fait – sinon normal – grandissant, valorisant presque. Jacques reçoit une arme feu neuve, concrétisant la suite des meurtres rémunérés. Comme un enfant à Noël au coin du feu, il caresse son arme, regarde la caméra et sourit. Placement de produit ou juste gros manque d’inspiration à finir le film ?

– Les personnages et leurs interactions. Ni le mafieu tout puissant, ni l’ouvrier licencié, ni le papa-ours bêta, ni l’infâme inspecteur en costard ne sont cohérents. Romain Duris le dandy ne sait officiellement pas incarner la peau d’un ouvrier, d’un galèrien. Les cheveux longs gominés, la démarche, le verbe, la veste en cuir, rien ne convient et ça sonne bien faux.

2. Dans la famille Rurale je demande : Saint Amour

Les raisons qui m’ont amené à le voir :

– Les acteurs. Benoît Poelvoorde et Céline Sallette, brillante dans Par toi mon Âme guérit.

– Le synopsis. Les agriculteurs sur grand écran manquent. Ont toujours manqué non ? Méconnue voire méprisée, la classe agricole n’est pas dans nos cœurs. Il faut le dire. Nous sommes éduqués au lycée général, à l’université, à la ville, à la culture académique, au brouhaha finalement éloigné de l’essentiel que présente le secteur primaire.

Les raisons qui m’amènent à le déconseiller :

– Les clichés. Nous achevons le film avec l’image que l’on souhaitait précisément déconstruire. A savoir, le gars de la ferme alcoolique, cheveu gras, maladroit. Un portrait dépourvu de dignité. Bruno, le fils, fait la route des vins, non pas pour les saveurs mais pour se torcher les naseaux, afin d’oublier l’absence de femme dans sa vie. Jean, le père, présente son bœuf au salon de l’agriculture à Paris puis l’accompagne dans ce périple à travers la France afin de se rapprocher de Bruno. Pour le coup, on ne croit pas du tout au rôle d’éleveur que tient Depardieu. Même s’il s’agit de déconstruire le stéréotype, l’acteur garde une élégance, un verbe musical, cadencé et des phrases lyriques qui ne conviennent pas au croquis.

– Les incohérences. Ce qui pouvait être un grand cru tourne au vinaigre. Ce long-métrage est une succession de scènes décousues, des lambeaux de blagues, d’idées inachevées. Visiblement, les éleveurs ont quand même de la tune car ils parcourent la France en taxi. J’ai pas compris. Peut-être un prétexte pour positionner ce 3ème personnage, le jeune taxiste qui n’apporte pas grand chose (du tout). Il y a toute ces scènes de quête aux femmes, pathétiques et peu plausibles.

Y-a-t-il un décripteur de métaphores dans la salle ?

– La chute. Les trois hommes rencontrent Vénus, l’apothéose des femmes. Cette belle rousse – très aérienne – cherche à avoir un enfant. Elle propose aux trois hommes de se lancer dans cette entreprise. Pour finalement former un ménage intergénérationnel, à quatre. Vous avez trois hommes de trois âges différents en train d’appeler le même bidon « papa ». J’aime l’originalité mais y a des limites. Comment ne pas être vache avec un film piquette ambiance bovine ?

3. Dans la famille Originale je demande : L’Epine dans le Coeur

Les raisons qui m’ont amené à le voir :

– Le réalisateur. Michel Gondry power (Eternel Sunshine of Spotless Mind, L’Ecume des Jours, La Science des Rêves, les clips de Björk)… non, juste ça en fait.

– Les nominations. Sélection aux festivals de Cannes, de Varsovie, de Londres, de Miami.

Les raisons qui m’amènent à le déconseiller :

– Bien, c’est juste chiant. Longueurs et fadeurs dans ce documentaire de l’Intime. L’histoire d’une tante de Michel, Suzette pas-power. Pensionnée, elle raconte face caméra sa carrière d’institutrice dans les Cévennes. Nous parcourons les écoles loties entre deux flancs de montagne. Le paysage est beau, c’est l’été. C’est cependant rasoir. Très vite, le documentaire sur les écoles perdues devient une peinture dont les couleurs sont les anecdotes d’une famille française, avec un ou deux personnages sympathiques, tel que Jean-Yves, attachant, lucide et tourmenté, homosexuel et original. Le Central Massif est bien passif. Oui, c’est nul. Ok, je sors.

– Zéro effets spéciaux à la Gondry, hormi les manteaux invisibles des gamins. Déception.

4. Dans la famille Au-secours-l’amour je demande : Mon Roi

Les raisons qui m’ont amené à le voir :

– La réalisatrice. Le Bal des Actrices et Polisse, de Maïwenn, ne sont pas mauvais. J’étais plutôt curieuse. Je ne voulais pas m’arrêter à mon intuition : une jeune femme un peu auto-centrée.

– La palme. Eh oui, Cannes. Prix d’Interprétation Féminine décerné à Emmanuelle Bercot, qui joue en effet à merveille cette femme amoureuse, dévouée, déchirée.

– L’affiche. L’affiche est belle… Elle ressemble une affiche de film bien !

Les raisons qui m’amènent à le déconseiller :

– Le synopsis. Un ogre et une princesse, un hédoniste et une fille rangée s’aiment (hédoniste = cuisinier, fille rangée = avocate au pénal). En gros, un connard face à une perle. Oh mais que vois-je, des tiroirs ! Au bout d’un moment, Tony ne supporte plus Georgio. Il est volage, se drogue et boit. Mais il doit vraiment bien baiser et cuisiner… Elle tente de se défaire de cette relation destructrice. Il est triste, il pleure, elle pleure, ils pleurent. Ils se quittent, se remettent ensemble, pour se quitter à nouveau. Elle se casse le genou au ski après rupture et refait sa vie. Voilà ! Aucun style dans l’oeil de Maïwenn pour sculpter ce matériau, l’amour, traité par les plus grands.

« Pourquoi tu me laisses pas m’amuser chérie ? »

– La longueur. C’est une histoire réaliste et touchante. Mais la forme est tellement appuyée (comme si on était des gogoles). Le film tellement long, les dialogues tellement puérils. Les personnages tellement vides, leurs conversations (en ont-ils?) tellement bas-de-plafond. Nous ne croyons pas à ce couple. Plusieurs scènes n’inspirent que pitié face à tant d’égo. Tu as vu mon petit nombril a bronzé aujourd’hui à la plage avec mon peignoir à 200 balles.

– Les genres. L’égalité et le respect des sexes commencent par l’arrêt de ces facilités simplistes et conservatrices. Homme = fort (Vincent taper sur torse et Cassel le coeur des femmes oh oh). Femme = fragile (rigole à toutes les blagues niaisement et va même avoir la bonne idée de faire un enfant avec ce type incertain). Autrement, ces adultes ont des responsabilités ou comment ça se passe ? Je veux dire, prendre conscience de ses actes, non ? Ah d’accord. Petit théâtre hystérique, ça fait trop de bruit pour rien. Exactement comme La Vie d’Adèle (burk burk burk).

– Les amis de Tony. Ils sont là pour faire joli Louis Garrel et la sœur de Maïwenn ? Parce que laisser sa pote s’enliser bien profond avec un bourru qui fait son spectacle, je sais pas si c’est très amical.

5. Dans la famille Comédie je demande : Papa ou Maman 2

Les raisons qui m’ont amené à le voir :

– Le premier. Était drôle et original. Humour criard et crasses d’hyperactifs représentent finalement tous ces couples qui ne peuvent s’aimer qu’en se bagarrant. Le film était dynamique. On ne parle pas de chef-d’oeuvre, mais d’un bon moment.

– Le casting. Marina Foïs et Laurent Lafitte, un couple qui fonctionna pour le premier, deux acteurs qui – de manière indépendante – ont de beaux parcours. De plus, le nouveau mec de la Maman est joué par Serge-le-Mytho-qui-est-rigolo.

Les raisons qui m’amènent à le déconseiller :

– Et le compost moisit. « Ça vole bas, de préférence, sous la ceinture. Valsent les jeux de mots vaseux, les paraboles graveleuses, les grimaces de l’un, les mines de l’autre » nous révèle La Voix du Nord. « Gags fatigants, fâcheries de commande, vaisselle cassée et humour d’après-banquet » confesse Le Nouvel Observateur. Vous l’aurez compris, tout est plus ou moins prévisible. Les rares sketch sont révélés dans la bande-annonce. Le savoir vous épargne de payer 10€ ou de bloquer 2h sur votre sofa.

– L’environnement. Même chose que pour Une Nouvelle Amie, je ne vois pas l’intérêt de tels décors. Des baraques de fous dans un quartier vide de vie. Des mariages dans les Caraïbes dont les buffets coûtent six bras et trois jambes. Quand tu sais que les amants haïs vont tout péter à quoi bon… Ça transpire la bourgeoisie qui s’ennuie. Les allures décontractées-basket-survet’ ne m’empêchent en rien d’abhorrer cette véhiculation du fric-à-foison.

J’en ai fini avec mes 10 petits coups de gueule cinéma 🙂

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En Belgique depuis 2 ans, je suis passée par différents paysages culturels bruxellois. Ce pays est fabuleux et Culture Remains est là pour nous le rappeler ! Vous me trouvez surtout dans la rubrique musique. Mon dada? Les musiques trad et électro. Mon quotidien? badminton, musées, concerts, vélo, voyages, cinéma, bavardages. Je parle fort et suis un peu j'tée, mais si vous me lisez, ça va mieux.

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