A tort et à raison: Michel Bouquet fait ses gammes

A TORT ET A RAISON au Théâtre Hébertot

Adapté de Ronald Harwood (le scénariste des films Le Pianiste ou Oliver Twist réalisés par Polanski) dont l’univers de prédilection est le monde des arts et les artistes, A tort ou à raison, actuellement au Théâtre Hébertot à Paris, est l’affrontement palpitant d’un commandant et d’un artiste mené à la baguette par l’interprétation habitée et ambiguë de Michel Bouquet.

A 90 ans Michel Bouquet est au sommet de son art. Preuve en est sa prestation dans le rôle de ce chef d’orchestre de la philharmonie de Berlin, Wilhelm Furtwängler, accusé (à tort ou raison ?) d’avoir pactisé avec l’ennemi durant le régime hitlérien.

Bouquet fascine et subjugue par la sobriété de son jeu et sa force d’interprétation, tour à tour tourmenté , déterminé, en proie au doute. Et Bouquet connaît donc bien la (grande) musique : il a déjà joué la pièce il y a 16 ans dans une mise en scène de Marcel Bluwal, aux côtés de Claude Brasseur. Magistral, Michel Bouquet l’est assurément, encore et toujours. Celui qui voulait arrêter le théâtre il y a quatre ans fait ici ses gammes et réinvente sa partition dans le rôle du prestigieux chef d’orchestre.
Face à lui, le commandant américain Steve Arnold (l’excellent Francis Lombrail, directeur du Théâtre Hébertot qui donne ici toute son énergie au personnage), bien décidé à prouver sa culpabilité.
On retrouve à ses côtés (comme souvent sur scène) Juliette Carré sa fidèle partenaire et épouse, qui joue ici une avocate ainsi que son complice Georges Werler à la mise en scène.

Théâtre historique, genre malheureusement peu (re)présenté sur les scènes parisiennes, la pièce réussit à restituer avec vraisemblance une atmosphère d’après-guerre. A t-on raison ou tort d’accuser de compromission avec les nazis un artiste renommé dont le seul tort était de continuer à offrir au public ce qu’il y a de plus beau? Innocent ou coupable ? A t-il eu tort ou raison ? L’art peut-il serrer la main à la barbarie ?Questions complexes que soulève le texte qui au fur et à mesure nous fait opter pour l’un ou l’autre des argumentaires.

Malgré une mise en scène un peu trop classique et trop épurée mais malgré tout efficace, la pièce donne la part belle à ce texte, magnifique joute verbale, parfois drôle (oui, oui !), souvent cinglant. Basé sur le thème universel du courage face à la dictature et des contradictions entre l’art et le pouvoir, cette pièce émeut autant qu’elle interroge.

Après 72 ans de carrière,  « le Roi ne se meurt pas », même si quelques signes de fatigue ont imposé un peu de repos à Michel Bouquet à la mi-février. Il sera sur scène jusqu’au 30 avril 2016 dans ce huis-clos poignant !

A tort et à raison

Jusqu’au 30 avril au Théâtre Hébertot, 78 Bis Boulevard des Batignolles, Paris 17ème – 01 43 87 23 23

De: Ronald Harwood
Mise en scène: Georges Werler
Avec: Michel Bouquet, Fancis Lombrail, Juliette Carré, Didier Brice, Margaux Van den Plas, Damien Zanoly

Tags from the story
,
Written By

Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *