After Earth, abondance de moyens, abscence d’idées

After Earth, c’est l’histoire d’un père Cypher Raige (Will Smith) et d’un fils, Kitai Raige (Jaden Smith) qui reçoivent un petit coup de main du destin, dans leur entreprise de rapprochement mutuel. En mission de routine, la navette qui les emmène s’écrase sur la planète terre, ne laissant que trois survivants : nos deux protagonistes et un Ursa, monstre terrible que la mission emportait dans ses bagages. Or cette bonne vieille terre a été abandonnée par l’homme depuis mille ans et est devenue terriblement hostile à l’égard de l’espèce humaine (on la comprend). D’autant que Cypher s’est gravement blessé dans l’accident et va devoir faire confiance à son fils, tout comme son fils devra lui faire confiance, pour atteindre la queue de la navette où se trouve une balise, clé de leur salut.

Will Smith nous présente son fils, deuxième épisode.

Après Pursuit of Happyness (A la recherche du bonheur), papa Smith en remet une couche et décide donc de redonner un coup de pouce à son fiston, dont la carrière semble ne pas décoller assez vite. Ni une, ni deux, après avoir maté avec son beauf’ un docu-fiction sur des couples ayant survécu à des situations critiques, papa Smith écrit le scénario d’un père qui va devoir faire confiance à son fils pour les sortir d’une situation périlleuse. Quelques versions plus tard, le scénario est devenu un récit de science-fiction plein de promesses.

Un coup de téléphone au pote Shyamalan plus tard, et les deux se retrouvent dans un bar pour parler du projet, sans agents respectifs, comme deux bons potes qui vont se boire une mousse et mater les gonzesses. Et vas-y que je te tape dans la main : «Excellent scénar mec, je prends!» Cool cinéma attitude.

Sauf qu’à Hollywood, il y a Matt Damon et Ben Affleck qui vont voir Gus van Sant pour adapter leur scénario qui donnera l’excellent Good Will Hunting ; et Will Smith et son beauf…

Histoire d’être un peu sérieux quand même, Night Shyamalan fait retravailler le scénario par trois scénaristes, rien que ça, ou plutôt, pour ça. Car là où d’autres parviennent à installer un univers science-fictionnel crédible, Shyamalan se plante complètement. Tout sonne faux, et sent le carton-pâte, et ce n’est pas faute de bonne volonté, puisque des auteurs ont écrit un manuel de 300 pages décrivant les origines et les structures de cet univers. En vain.

D’entrée, platement, le film nous résume l’arrivée des humains sur leur nouvelle planète, Nova Prime, et la confrontation avec la faune locale et en particulier, l’Ursa ; une grosse bébête aveugle, qui semble avoir appris à repérer ses victimes humaines en sentant leur peur. Et force est de constater, que cet ennemi intime de l’espèce humaine, ne remplit pas le cahier des charges qu’impose un tel personnage. L’Ursa fait pâle figure à côté d’un Alien ou d’un Predator. Sans parler de ce nom qui évoque plus un organisme gouvernemental, qu’un animal dangereux. Un détail, certes, mais c’est la succession de ceux-ci qui rendent un univers crédible ou non. Non content, la suite nous apprend que c’est Will Smith, enfin Cypher Raige, qui a inventé le concept de : « fantômage », qui consiste à dissimuler sa peur afin d’approcher la vilaine bébête sans danger et de pouvoir la neutraliser. « Le danger est réel, mais la peur est un choix ». Merci Mister Smith.

L’Ursa serait qu’un détail négligeable, si la terre devenue si hostile, ne recelait pas des atouts providentiels et ridiculement récurrents pour aider Kitai Raige à accomplir sa mission, car le vrai souci de cet univers réside dans cette planète terre qui n’est pas si impitoyable que ne le vend le film.

Résultat : Des personnages à la psychologie grossière et artificielle. Un récit sans surprises, sans rebondissements conséquents. Une belle et longue ligne droite, dont on connait déjà le bout. L’intrigue est cousue d’un fil si blanc, qu’il en donne mal aux yeux.

Et puis cette manière de sacraliser le salut militaire est énervant dans ce type de cinéma, d’autant qu’il sert à créer une boucle narrative ultra prévisible, mais surtout que si Kitai s’en sort, c’est bien parce qu’il a osé dire « fuck-off » à son militaire de paternel, et ses raisonnements aussi fumeux que le film.

D’ailleurs, Jaden Smith gagnerait aussi de temps en temps à dire « non » à son paternel, tant ce premier rôle qui lui pèse sur les épaules est un cadeau empoisonné. Jaden fait ce qu’il peut pour être crédible mais certaines scènes et dialogues ne le sauvent pas du ridicule. Quant à Will, il est proprement insupportable dans son rôle de père rigide mais finalement plein d’amour pour son fiston, une fois digne de lui.

Hollywood a pris l’habitude ces dernières années de nous resservir les mêmes plats n’en modifiant que la sauce, mais quand c’est fait avec autant de complaisance, ça en devient énervant.
Évitez donc ce film, qui le mérite bien et allez voir un film européen de qualité pour ne pas cautionner ce genre de production indigeste, ou revoyez Incassable, un vrai bon film de Night Shyamalan. Parce que l’homme est loin d’être un manche derrière la caméra.
Written By

Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *