Alleluia, sordide bijou

Vu au Festival International du Film Francophone de Namur 2014

Alleluia, c’est sans doute le mot qui vient à la sortie de la salle de cinéma, content de sortir de ce cauchemar magnifique. Car oui calvaire (d’ailleurs c’était le nom du premier long métrage du réalisateur dont le film sort cette semaine) et magnificence ne sont pas incompatibles.

Alleluia

Ainsi, Alleluia (sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et élu au Méliès d’Or du meilleur film fantastique européen) revient sur un fait divers de la fin de la première moitié du XXème siècle, qui défraya la chronique étasunienne: le périple criminel d’une jeune infirmière s’étant entichée d’un gigolo rencontré par le courrier du cœur et maître-chanteur de veuves, Les tueurs de la Lune de miel. Adapté à une époque plus contemporaine, les amants criminels prennent corps dans la peau de Gloria, préparatrice des corps pour la morgue, et Michel, spécialiste de la chaussure. Entre eux, le courant passe très vite, l’amour est fou, d’une folie meurtrière. Car oui, Michel est bien obligé de fréquenter d’autres femmes, veuves, et plus si affinité, pour « gagner décemment » sa vie et ce n’est pas sans compter la jalousie sanglante de Gloria. Et les deux de devenir de véritables serial-killers, d’autant plus redoutables qu’ils sont deux. 

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Qu’on le veuille ou non, qu’on cautionne ou non le sujet, le Alleluia de Fabrice du Welz est un nouveau tour de force d’un maître du genre, de son genre. L’histoire est faite d’hémoglobine du début à la fin et le scénario tient sur un coin de table, mais ça ne fait rien car l’intérêt n’est pas là mais plus du côté du talent du metteur en scène belge, incontestable! Tout d’abord par ses choix narratifs: le chapitrage, un chapitre par femme; faisant de chaque partie du film une pièce d’un puzzle macabre. Le tout dans une ambiance sombre et démesurée, malade, jouant le jeu du giallo et du clip soigné et esthétisé, et interprété sublimement (si l’on peut dire) par Lola Duenas et le trop rare Laurent Lucas (qui plante tout le drame de son personnage dès la première scène), mais aussi par un gros casting de seconds rôles (d’Héléna Noguerra à Stéphanne Bissaud mais aussi l’épatant David Murgia). La musique égrenant la sordidité de ce récit est magistrale. Alleluia, à condition d’accepter l’horreur et le tragique de l’histoire, et qui présente aussi une métaphore intéressante sur l’amour et le couple, de la tendresse à la haine et jusqu’au bout de la folie, est un film formidable et sublime. De ceux qui remettent les pendules à l’heure dans un monde où les films d’horreur (trop aseptisés?) se comptent par centaines mais n’osent ni n’inventent plus grand-chose. Ici, ce n’est pas le cas. Amen et à du Welz!

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Alleluia de Fabrice du Welz,aAvec Laurent Lucas, Lola Duenas, Stephane Bissot, David Murgia…

Dans les salles le 12 novembre (en Belgique) et le 26 novembre (en France)

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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