Anima 2013 – Børge Ring, orfèvre des métaphores

Une très agréable rétrospective d’un cinéaste danois assez réputé, grâce à ses qualités, d’animateur certes, mais surtout de scénariste et son talent musical qui le mèneront à Cannes et par deux fois à Hollywood où il remporta un Oscar. Oscar dont il se moque gentiment dans le documentaire nécessaire (car son nom ne dira probablement rien à la majorité d’entre nous) qui précède la projection de ses films et qui vient confirmer ce que l’on pouvait apercevoir de visu, puisque Børge Ring était présent, à savoir un artiste très modeste et drôle, qui n’hésite pas à se moquer de lui-même.

Très influencé par Disney, Børge Ring travaillera pendant plusieurs décennies dans un style assez enfantin, fait de lignes claires et de personnages de cartoon, tant dans la publicité, que le cinéma d’auteur ou comme animateur pour de grands studios (Il participera par exemple au long-métrages Astérix et Obélix et sera invité à rejoindre les studios londoniens de Spielberg).

Cette rétrospective compile donc certaines publicités rigolotes mais dont la substance m’échappent un peu car non-sous-titrées et surtout ses meilleurs courts-métrages (qui eux sont universels car sans dialogues et compréhensibles par tous). On ne pourra qu’être sensible à ces fables beaucoup plus profondes que la majeure partie des films d’animation qui hélas peuplent nos écrans, et qui peuvent offrir une lecture métaphorique des plus salutaires.

Ainsi le court-métrage Run of the Mill raconte comment un adolescent accepte la tentation d’un diable dont on ne verra que la main et découvre la cigarette puis la drogue qui l’enferment littéralement dans une bulle que ses parents tenteront en vain de faire exploser. Ce court-métrage autobiographique, réalisé pour son fils qui avait justement ce problème est tout à fait admirable, un bel exemple de cartoon intelligent (car au premier degré il ne s’agit que d’une histoire rigolote avec un garçon dans une bulle, d’où l’aspect grand public de Børge Ring) avec une des fins les plus originales qu’on puisse voir dans ce type de films.

Anna & Bella est le court qui remporta un Oscar. Il s’agit de deux vieilles soûlardes hilares (voir photo ci-dessus) qui se remémorent leurs souvenirs communs devant un album photo. Il s’agira, après quelques gags, d’une histoire d’amour qui tournera mal car les deux filles se battent pour le même bellâtre. Là encore, la force du film réside dans la transposition des sentiments et des réflexions en scènettes souvent drôles ou poétiques.

Le meilleur, selon moi, est Oh My Darling qui résume en quelques minutes un thème qui revient en fait dans quasiment chacun de ses films : la descendance. Ici, comment un père doit accepter que sa fille vole de ses propres ailes, quitte à ce que celui-ci doute éternellement. Cette idée est représentée, de manière quasi mythologique, par la silhouette paternelle faisant des aller-retours sans fins vers la maison de sa fille, sans jamais y entrer. Contrebassiste professionnel, on le voit dans le documentaire, Børge Ring soigne la bande-son de chacun de ses films de sorte que tout le monde sortant de la salle fredonnait les airs qu’on venait d’entendre.

Je recommande très fortement d’aller voir cette séance qui sera probablement mon coup de coeur du festival. Et ceci est faisable ce lundi 11/02 à 17h30 au Studio 5 de Flagey.

Un dvd, qui semble introuvable ailleurs qu’à la boutique du festival, est par ailleurs disponible…

Plus d’infos sur le site d’Anima.

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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