Annihilator @ Biebob, Vosselaar

En préambule de cet article, posons-nous une question : quels sont les critères qui font qu’un concert arrive à subsister longtemps en mémoire comme un excellent souvenir ?

Le cachet « première fois » constitue incontestablement une première raison. Première fois au Biebob de Vosselaar, qui n’a de salle de concert que le nom tant il se révèle plutôt être une arrière-salle de café : seuls la table de mixage et la scène garnie d’un matériel impressionnant nous rappellent pourquoi nous sommes ici ce soir. Première fois en tant que spectateur d’Annihilator, groupe canadien iconique du thrash metal, mené depuis ses débuts (1989 tout de même !) par son fondateur historique Jeff Waters. Guitariste accompli et reconnu comme tel par ses pairs, ce dernier était venu défendre devant le public belge l’album Feast en compagnie de Dave Padden (chant/guitares), Alberto Campuceano (basse) et Mike Harshaw (batterie). Enfin, à titre personnel, une première fois pour nous qui sortions pour une fois loin de la capitale afin d’aller assister à une performance musicale (l’autonomie conférée par le permis de conduire ayant fait son œuvre).

Sans doute, les apparences trompeuses ont-elles aussi joué un rôle primordial. L’endroit, tout d’abord, dont la fonction première laissait craindre une acoustique médiocre et qui s’est cependant révélé largement à la hauteur une fois les problèmes de balance réglés (un problème récurrent d’autres salles qui se prétendent pourtant plus prestigieuses, n’est-ce pas Forest National ?). Le caractère humain de l’organisation a aussi été un autre détail marquant : absence de stewards pour maintenir une barrière entre les auditeurs et les idoles, une assistance chauffée à blanc, des boissons à des prix démocratiques (chose de plus en plus rare)… Voir le groupe fendre la foule pour rejoindre la scène et livrer sa prestation aura sans doute été l’expression la plus parlante de cette liberté octroyée car impensable en temps normal pour un combo de cette envergure !

Car oui, Annihilator a été grand. Surtout avec son premier album, Alice in Hell et son single intemporel « Alison Hell » qui aura fait du tort à moult cervicales. Et puis ? Si d’autres coups de maître émailleront son parcours (Set the world on fire, King of the Kill), force est de constater que la carrière du groupe a connu un lent déclin, la faute à des changements de line-up et des choix artistiques discutables. Comme très souvent dans de pareils cas, on a très vite rejeté le nom dans les livres d’histoire et accusé Jeff Waters de capitaliser sur son succès d’antan.  

Apparence trompeuse comme on l’a dit plus haut. L’homme n’a jamais souhaité ardemment retourner dans la lumière mais seulement proposer à un public – aussi clairsemé qu’il soit – SA vision de la musique. Une posture résolument orientée vers « L’Art pour l’art » qui contraint les quatre musiciens à tourner avec un budget forcément limité par rapport aux mastodontes du genre (Metallica ou encore Megadeth que nous chroniquions récemment) mais, avec en contrepartie, beaucoup plus de sincérité. Une honnêteté artistique qui (re)commence aujourd’hui à payer comme en témoignait le grand « Sold-Out » affiché fièrement sur le site web du Biebob.

Oui, l’assistance peut être sensible à ce genre de démarche. Pas au point de remplir des stades, certes. Mais elle peut répondre présente. Et se réjouir davantage lorsque la prestation est à la hauteur comme c’était le cas ce samedi-là : avez-vous déjà vu en effet un groupe célèbre qui vous sourit à pleine dents entre chaque chanson et manifeste une bonne humeur de chaque instant ? Avez-vous déjà vu un guitariste venir taper du poing les bras levés tout en effectuant son solo (soit la grande classe) ? Avez-vous déjà vu un batteur d’à peine vingt ans s’entendre comme un larron en foire avec des personnes entre dix à vingt ans plus âgées que lui ? Avez-vous surtout déjà entendu une voix aussi versatile et particulière que celle de Dave Padden, capable à l’instar des compositions qu’il exécute, de passer d’une douceur frissonnante à une agressivité dévastatrice ?

Á toutes ces questions, nos souvenirs répondront négativement d’une même voix. Et oseront même un mauvais jeu de mots devant cette belle découverte : Annihilator a tout dévasté sur son passage !

Envie de vivre la même expérience ? Rendez-vous sur http://www.annihilatormetal.com/ afin de consulter les dates de tournée du groupe !

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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