Antoine Hénaut, le concert

25 octobre, 19h45, en cette soirée automnale, me voilà qui pénètre dans la petite salle de la rotonde du Botanique : petite, intimiste et circulaire (ça s’appelle la rotonde en même temps). À peine entré, mon réflexe est de regarder autour de moi et de sonder un peu le public. Et là, le choc, moyenne d’âge : 35-45 ans, beaucoup de personnes très TRES âgées et deux familles au complet (avec mioches et tout et tout). Du haut de mes 24 balais, je me sens donc moyennement à ma place. Je me réfugie auprès d’un groupe de plus jeune histoire de me fondre dans la masse. Visiblement, malgré mon irréfutable maturité précoce, je n’appartiens visiblement pas au public-cible d’Antoine Hénaut.
Sur la scène trône une petite batterie (minuscule même). J’ai à peine le temps de m’imaginer un batteur nain en train de jouer dessus, qu’à 20h01 tapantes, deux silhouettes apparaissent sur scène. Il s’agit de la première partie : Olivier Depardon, grenoblois, et, visiblement, grand fan de Damien Saez.

Tenant sa guitare « à la cool » (c’est-à-dire très bas, comme le chanteur de Greenday), le grenoblois entame sa performance devant une salle à moitié vide (avec 90 % de gens assis). Face à un public finalement assez peu réceptif, le duo tente de convaincre avec, notamment, un arsenal très impressionnant de sonorités gérées par à une multitude de pads électroniques et de pédales loop (qui répète en boucle un riff, un rythme, etc.).

L’ambiance créée est pas mal travaillée et assez rock, mais cela reste globalement assez inaccessible, Le duo paraît habité mais sans réellement chercher à atteindre le public. L’intention musicale reste toutefois intéressante !

20h45, le duo grenoblois s’en retourne en coulisse et il ne faudra pas plus de 10 minutes pour que la fosse se remplisse (toutes les places assises étant désormais occupées). C’est fou, je ne comprendrai jamais cette propension des gens à zapper ainsi les premières parties, où parfois, d’expérience, on peut faire de superbes découvertes.

La tension monte petit à petit dans la salle.

21h06 : entrée en scène d’Antoine Hénaut et de ses musiciens. Le public crie (un peu, juste ce qu’il faut) et le concert peut commencer. On change d’ambiance par rapport à la première partie ; là on est, ça se sent de suite, plus dans le mainstream et l’efficacité.

Les premières chansons m’ont fait peur tellement j’avais l’impression d’assister à un spectacle d’imitation de Vincent Delerm (et de Bénabar). Tant dans le phrasé que dans la voix, le Montois usait, à peu de chose près, du même style parler/chanter que Delerm.

Après 13 minutes, l’artiste nous a déjà gratifié de quatre « est-ce que vous êtes là le bota ? » ; soit à la fin de chacune de ses quatre premières chansons. Alors que bon, après la première fois, il avait sa réponse. (bon, j’avoue faire un peu la langue de pute sur ce coup-ci).

Jusque là, Antoine Hénaut peine à (me) convaincre. Mais, petit à petit, le tout prend une tournure différente et l’ambiance commence à se réchauffer ; le chanteur a l’air bien moins stressé et il s’attaque à une série de compositions originales qui font monter, lentement mais sûrement, la température au sein du public (et sur scène aussi !). Il enchaîne des chansons aux rythmiques plus entraînantes et variées. On a ainsi eu droit à un tango, suivi d’une chanson plus disco et enfin une autre aux sonorités plus reggae. Toutefois, il y a, à mon sens, en termes purement mélodiques, quelques faiblesses, compensées partiellement par des rythmiques efficaces (sans être révolutionnaires).

Il nous gratifie même de deux rappels. Au premier, il chante notamment « chihuahua », chanson qui mérite vraiment d’être découverte, ainsi qu’une nouvelle composition (en acoustique, seul à la guitare). S’en suivent de longs remerciements dans une ambiance toujours plus familiale. Lors du second rappel, il ne chante qu’une seule chanson avant de clôturer définitivement le concert sous des applaudissements nourris et une standing ovation.

Finalement, à 22h45 (!!!), le peuple quitte la salle, le sourire aux lèvres. Le contentement général est perceptible.

Qu’on se le dise, Antoine Hénaut est un petit rigolo ! Une fois le stress du début dépassé (il avoua plus tard pendant que le concert que c’était son premier « vrai » show dans une « vraie » salle… Excusable, donc) et qu’il s’était relâché, sa communication vers le public est devenue beaucoup plus naturelle et, il réussit à me faire sourire à quelques reprises, que ce soit via les textes de ses chansons (« j’ai pas la trouille » en tête), ou par sa manière d’interagir avec le public. Il y a une réelle cohérence dans la relation entre le chanteur et son public, canalisée autour d’une ambiance familiale et très bon enfant.

Antoine Hénaut chante « j’ai pas la trouille » sur le plateau de 50 degrés nord.

En somme, malgré un début de concert un peu mou du genou, il a su déployer une vraie belle énergie par la suite ; il s’est lâché et a commencé à prendre du plaisir, et du coup nous aussi.

Le seul bémol que j’exprimerais est que parfois, Vincent Delerm ou Bénabar aient pris possession du corps d’Antoine Hénaut. Trêve d’exagération, il faut bien avouer que l’on ressent encore énormément les influences du jeune Montois. Pourtant, au-delà de cela, on voit déjà poindre la patte (et la plume) du chanteur. S’il ne s’est pas encore tout à fait, ou au moins suffisamment, détaché de ces influences, c’est en devenir, ça se sent…
Au passage, spécial big up aux back vocals, du batteur et du claviériste (en voix de tête, assez fun).
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