Après la fin

 « Louise se réveille enfermée dans un abri antiatomique avec Mark, un collègue de travail. Ils étaient dans un bar lorsqu’une attaque nucléaire est survenue. Toujours prêt au pire, Mark avait pourvu au nécessaire : des boîtes de chili, du riz, un jeu de Donjons&Dragons. Mais à quatre pieds sous terre, les masques s’effritent, et le fard de la vie en société semble bien loin lorsque la faim s’invite… »

On pouvait s’y attendre. A vrai dire, on l’avait vu venir mais il n’empêche. On n’voulait pas. On s’disait que… Après la fin? Une bonne claque dans ta gueule, comme dirait le père un peu éméché à son enfant qui l’aurait passablement énervé.
La mort, omniprésente, rode, sournoise comme une voleuse et ces deux êtres, ces collègues de travail, ces personnes qui semblent diamétralement opposées mais aux réactions curieusement semblables et aux préoccupations bassement humaines, se déchirent sur des notions abstraites, sur les goûts et les couleurs à travers le schéma vicié dominant-dominé qui tourne et s’inverse sempiternellement.
Un huis clos dans toute son horreur psychologique, dans toute sa complexité. Un dialogue qui touche au plus profond de soi, qui donne envie de pleurer, de crier, d’insulter, de pousser de longs soupirs, de rejoindre les acteurs sur la scène et de les raisonner, de les prendre dans nos bras, parce qu’on est désolé pour eux et qu’on aimerait sérieusement les aider.
Après la fin ? Une pièce qui ne laisse certainement pas de marbre. Parce que le texte et son interprétation sont étourdissants et qu’une mise en scène signée Georges Lini ne peut nuire à cette grandiose rencontre, que du contraire ! Son style épuré et grandement symbolique sublime la mise à nu des deux personnages, transcende le décor classique, obsolète et superflu et laisse au spectateur et à son imagination la liberté de faire le reste.
Mais, à la fin, qui peut empêcher son cerveau d’entamer une réflexion sur les relations humaines qu’il entretient, de la vacuité de certaines discussions, de la nécessité de faire des compromis, d’accepter les gens comme ils sont, sereinement et d’exploiter au maximum les concepts de la communication non violente? Ou, autrement dit, tout ce que nous ne faisons jamais, éternels Guignol et Gnafron… Mais en chair et en os.
Du 10 au 21/05/2011 à l’Atelier 210
de Dennis Kelly
mise en scène: Georges Liniavec France Bastoen, Vincent Lecuyer

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