Les Ardentes 2015, on y était durant deux grands jours

Du côté de Liège, l’ambiance est toujours connue pour être fort chaude. Et quand vient le début de l’été, on ne vous dit même pas. Enfin si, on vous l’écrit puisque nous nous y sommes rendus deux jours durant, entre grand soleil du vendredi et la pluie du dimanche. Le festival fut riche en grands noms mais aussi en révélations.

Départ de (grand) feu aux Ardentes de Liège 2015 (Vendredi)

Quatre jours de folie, presque sans dormir, les oreilles au nirvana du mélange des genres, ça s’apprécie, ça se vit aussi. Et après un jeudi fort en r’n’b qui a vu Starflam assurer un show du tonnerre et faire un malheur et l’attendu (par un public parfois venu de très loin vu l’exclusivité Bénélux du concert) Kendrick Lamar bien faire le boulot et prouver qu’il est bel et bien à sa place dans son statut de jeune prodige et roi du hip hop actuel; voilà arrivé le temps du vendredi. Et le vendredi, tous les festivaliers le savent, tout est permis. Et notamment les grands écarts entre des concerts plus intimes et totalement débordants d’énergie, entre pop et rap de gangsta, du plus petit nom de l’affiche (mais pas des moindres) au plus grand qui s’affiche en strass et promet du lourd.

Et on a à peine débarqué que nous voilà bousculés dans un monde aux mille saveurs, dans une foule hétéroclite et sous un soleil de plomb, de ceux qui donnent lieu à une fête non-stop et bronzée. D’ailleurs, pour notre premier concert, il est temps de se transformer en chercheur d’ombre pour mieux apprécier ceux qui cherchent l’or, le duo bruxellois d’Alaska Gold Rush, sur la scène de l’aquarium. Le monde est déjà au rendez-vous pour écouter ce groupe qui, avec un premier EP, se permet déjà de belles scènes, et à raison. L’esprit américain se ressent dans cette expérience qui convoque les plus grands, de Cash à Williams en passant par Patton. On ne pouvait rêver mieux pour commencer.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - Alaska Gold Rush (2)

Feu! Chatterton, ohhhhhhh ouiiiiiiiiiii

Et alors qu’Hanni El Khatib chauffe la scène open air de son rock aciéré, on reste au vert et dans l’obscurité de l’HF6 pour retrouver ses délicieux cadavres exquis que sont Feu! Chatterton. Nous avions déjà pu être conquis lors des Nuits Bota (lors de leur tout premier concert en Belgique), mais la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre et dès les premiers accords, c’est une véritable foule des grands jours qui s’est engouffrée dans le bâtiment de la Halle des Foires de Liège. De quoi nourrir la confiance de ce dandy magnifique qu’est Arthur Teboul, égal à lui-même, souffrant sa musique en grimaces improbables et remettant l’interprétation à sa digne et noble place. Feu! Chatterton, ce ne sont pas des chansonnettes gentiment dansantes, ça se vit, ça remue. Et quelle fête que de voir un groupe comme ça! OOOOOOOOOhhhhhhhhh ouuuiiiiiiiiiiiiiiiii. Et quel bonheur de voir que nous ne sommes pas les seuls à se le dire, le public est sur le cul!

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - Feu! Chatterton (55)

Mais l’heure tourne, et le concert, trop court, touche à sa fin. Et il est temps de passer d’un temple (celui d’une véritable chanson française et profonde ressuscitée) à un autre, plus psychédélique et plus capillaire aussi. Un éclat de soleil sur une guitare et nous voilà devant le Temple… du soleil. L’occasion de remarquer que les quatre Anglais (qui devaient mourir de chaud enserrés dans leurs jeans et leurs vestes) sont décidément irrésistibles.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - Temples (23)

Mais une autre maestria nous appelle, celle des incontournables BRNS, qui montent qui montent. Deuxième passage aux Ardentes pour les Bruxellois et confiance et gallon sont de mise. Le set est massif, totalement maîtrisé entre grandes envolées. Les cris du public se font entendre, un public hypnotisé par la beauté de ce quatuor magique. Un public qu’il n’est désormais plus rare de voir répéter les paroles du groupe à la patine magnifique. Et ça, c’est déjà une belle victoire pour ce groupe qui se livre corps et âme à sa musique.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - BRNS (7)

Dury en barman et Rocky s’en bat le boa

Joke s’époumone sur la scène dans un genre qui ne nous plaît guère, du coup, on se dirige du côté des songwriters anglais qui ont pris possession de l’Aquarium. Dans des genres terriblement différents, le folkman doux et tendre Tom McRae et cet iconoclaste soiffard (avec un curieux mélange entre bouteille de Jack Daniel’s et une canette de Jup’) et séducteur de Baxter Dury ont su rameuter un large public. Bon, d’accord pas aussi large que pour le mythique De la Soul & Big Band qui a servi aux milliers de festivaliers de l’Open air un cocktail des mieux sentis entre jazz, rap et hip-hop. Le groupe n’a pas vieilli, même presque 30 ans (!) après ses débuts à Long Island.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - Baxter Dury (56)

Jusque là, la journée sans fausse note fut vite assombrie par le faux pas de A$ap Rocky, arrivé sur scène avec près d’une heure de retard. Se prenant peut-être pour le Kendrick Lamar de la veille, le rappeur a non seulement nié son nom même (« as soon as possible » mais, non, pas vraiment) et a, pour le coup, un peu sous-estimé le public avec un mélo inodore et sans goût. Comme si Rocky s’en battait le boa, dans ce mauvais crochet. Bien loin de l’uppercut promis.

« Disons 20 ans… » et ça nous convient!

Heureusement… nous n’avions pas été jusqu’à l’attendre, préférant prendre la poudre d’escampette et rallier en triple vitesse l’HF6 pour le graal des graal. Un concert de dEUS, ça ne se manque pas. Présageant le grand moment, c’est une foule bien massée qui attendait le Barman et sa fine équipe: mieux valait avoir les coudes solides pour en jouer. Puis, les voilà qui entrent en scènes, sans fioriture, allant à l’essence même de leur rock si légendaire. Barman prend la parole: « On fête nos vingt et…, disons vingt ans!» . Eh oui, vingt ans, c’est le bon âge, le bel âge, celui qui permet encore toutes les coquetteries et laisse encore un bel avenir devant, des jours heureux. Et ce vendredi en fut assurément un: le baptême de feu dès les premières notes a vite fait place à un délicieux déluge et à une furie inégalable.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - dEUS (69)

Bienvenue dans le domaine des dieux, bâti sur les rugissements d’un Tom Barman dans une forme olympique et sur une guitare en haute et due forme de Mauro Pawlowski sur des chansons intemporelles et best of sans plus aucun secret pour les fans… et dEUS… ou plutôt dieu sait qu’ils étaient nombreux dans cette salle ultrabouillante que des pogos sont vite venus chauffer à blanc. Clou parmi les clous du spectacle, un incandescent Instant Street dont le fracas doit encore trotter dans toutes les têtes, aujourd’hui. Du grand art prouvant que d’Anvers à Liège, il n’y a décidément qu’une seule et même rive suivant le flot d’un rock qui fleure bon le belge et la qualité.

Oscar and the wolf, dans un living de milliers d’invités

Bon, on a dit du mal d’A$ap Rocky, tout à l’heure, ce n’est pas bien! On va quand même se rattraper en disant que grâce à lui et son retard, le concert d’Oscar and the Wolf a été retardé. Assez que pour permettre à la foule conséquente revenant de dEUS de ne rien rater du show de Max Colombie. Et quel show! Sophistiqué et brillant, totalement esthétisé. Le sensationnel (et « chelou » pour certains) Max Colombie est arrivé en seigneur d’un electro-pop absolument émerveillant. Il dansait comme dans son living, le chanteur flamand, sauf que dans ses rondes il entraînait des milliers et des milliers de visages. Un moment suspendu et formidable, une éclipse inattendue.

Les ardentes 2015 - Liège - Vendredi 10 juillet - Oscar and the wolf (24)

Bien sûr, la soirée (et même la nuit) s’est prolongée jusqu’aux petites heures avec Paul Kalkbrenner, Lost Frequencies ou l’excellent The Avener. Nous, nous sommes rentrés. Il reste deux jours à tenir et quels deux jours! L’anniversaire des Ardentes est, quant à lui, déjà formidablement réussi.

Les Ardentes – Jour 4 – Le jour des seigneurs

Après un samedi riche en émotions et en têtes d’affiche, il était temps de conclure le Festival des Ardentes. De bien le conclure. Et, dans un cocktail melting pot, les organisateurs de la place to be liégeoise avaient encore vu juste. 

Bon, on le concède, et c’est sacrilège, nous n’avons malheureusement pu voir l’ensemble du show proposé par le jeune prodige du rap français Nekfeu. Arrivés juste pour la dernière chanson, sous une pluie rafraîchissante, c’est une foule largement jeune qui nous a happés et entraînés sur le flow du rappeur de La Trinité. Généreux et un rien casse-cou lorsqu’il décide (c’est une première) de tenter le grand saut du crowd surfing.

Festival Les Ardentes 2015 - Liège - Dimanche - Nekfeu (26)

Tentative sabordée, Nekfeu tel un messie promis est tiré de part en part par une horde de fans voulant tous leur part du suaire (en sueur?). Ce n’est pas aujourd’hui que le jeune homme glorifié par son premier album solo Feu  marchera sur la foule. « Vous êtes des dingues, Liège, je n’arrivais même pas à me lever! » Le public, lui, survolté, arrivait bien à danser.

Dans la chaleur des moteurs et la moiteur du psyché

Autre scène, autre genre, mais avant ça patience. Sur la scène HF6,un problème d’électricité a retardé les pétarades du Black Rebel Motorcycle Club. Mais, pas grave, une fois lancé dans sa course effrénée, le groupe de San Francisco nous en a fait de cette électricité qui nous avait manquée. Entre la voix rocailleuse de Robert Turner, la grâce sauvage de Leah Shapiro à la batterie et l’harmonica qui fleurait bon la scierie de Peter Hayes, le retour belge était plus que réussi pour les Américains.

Festival Les Ardentes 2015 - Liège - Dimanche  - Black Rebel Motorcycle Club (25)

Trop bon retour que pour comprendre cette incongruité du programme qu’était… Erlend Oye, promettant un retour au (trop) calme alors que nous exultions d’entamer la dernière ligne droite. Ce concert psychédélico-baba cool un peu gênant a dû en achever plus d’un. La pop planante à la mauvaise heure, ça ne pardonne pas. Heureusement, mais trop tard, le Norvégien a fait sautiller gentiment le public en guise de réveil de ce qui est assurément le moment WTF du festival.

Festival Les Ardentes 2015 - Liège - Dimanche - Balthazar (4)

Balthazar au sommet de son… -AR

Enfin, passons. Et chez Culture Remains, quand on vous dit que quelque chose est bien, on n’aime pas vous mentir. Du coup, on préfère vous le confirmer deux fois plutôt qu’une, et c’était mieux que bien. Et là, pour le coup, logé dans l’HF6, cette salle obscure mais témoin de tant de tremblements festifs, nous étions comme des petits Jésus attendant un nom, un seul, parmi les rois sages de la Belgian touch actuelle. Le présentateur opère une variation sur tous les prénoms en -AR… Léonard…Gaspard… mais, pas de lézard, s’il y a une flopée de ces prénoms, Balthazar, ils sont uniques. Les premières notes s’imposent, l’ambiance avec, et voilà le public emmené en voyage, entre la délicatesse d’un violon, les accords qui claquent et la batterie qui vous sonne un homme. La fièvre aussi,mais oubliez les médocs, cette fièvre-la est bénéfique. Les frissons aussi, comme ceux irrépressibles sur Blood like Wine et son final toujours entêtant. Entre nouveautés et faits d’arme déjà accomplis, Balthazar a livré mieux qu’un concert, une aventure à nulle autre pareille. Un des concerts du Top 5 du Festival.

Festival Les Ardentes 2015 - Liège - Dimanche - Balthazar (23)

Après une pause miam-miam du meilleur aloi, c’est une HF6 complètement métamorphosée que nous avons retrouvée. Un public nouveau aussi, plus jeune et plus urbain. Fini les guitares, les cordes et les maracas, place aux platines et à un invité de choc: Tinie Tempah. Enfin… pas tout de suite, car avant tout, il faut que l’assistance soit prête et à la hauteur de la jeune légende de Londres. Durant près de vingt minutes (!), soit le tiers du concert, les commandes sont à DJ Charlesy pour chauffer cette masse déjà folle et conquise. Et après un medley de titres du moment, le très souriant Tinie Tempah fait une entrée explosive et survitaminée, à du cent à l’heure sur des tubes aussi efficaces les uns que les autres.

Festival Les Ardentes 2015 - Liège - Dimanche - Tinie Tempah (75)

Pour tout dire, en grand méconnaisseur de rap et de hip hop que je suis, je ne pensais rester que quelques minutes, pour prendre le ton. Bon, je me suis vite retrouvé à lever les bras et à crier. Toute une génération se lève, connaissant parfaitement les paroles de Tinie. Les quelques vieux, eux, se contentent de suivre ne faisant des moulinettes. Mais, dans cette salle surchauffée où la transpiration n’est plus honteuse (en témoigne le t-shirt trempé de l’Anglais), où la foule saute pour se faire unique géant ondulant sur les ondes hip-hop, où les cris s’échappent et les préservatifs (décidément gonflés) volent, dans ce mélange de bière et de joint, qu’est-ce qu’on s’est senti bien!

Fauve≠, court mais en conclusion idéale

Puis, l’heure du choix est venu, cornélien et aussi difficile qu’il était aussi le dernier: Fauve≠ ou le mythique soulman D’Angelo? Ce dernier étant bien en retard (45 minutes), nous avons opté pour le collectif français. Même si l’heure de concert prévue était bien trop courte que pour explorer le répertoire des vieux-frères. Alors, nous avons dû nous contenter de ce best-of rapide mais loin d’être dénué de charme, avec une énergie à toute épreuve et un amour du public inouï. Cinq ans après son apparition de nulle part, Fauve≠ continue de faire des vagues, et c’est tant mieux. Et dans la profondeur des nuits fauves, ou autres, c’est le coeur léger, les yeux pétillants que nous avons repris la route. Car cet ardent festival, quelle réussite, avec une sacrée bonne ambiance!

Compte-rendu initialement paru sur Scènes Belges

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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