Astérix : le Domaine des Dieux

La nouvelle adaptation d’Astérix : le Domaine des Dieux régalera les petits comme les grands. Alexandre Astier a adapté la bande dessinée juste assez pour séduire le public actuel sans dénaturer l’oeuvre de 1971. Avec un beau graphisme et une apparente simplicité.

Publié en 1971, le Domaine des Dieux narre une énième tentative de César pour vaincre le village armoricain aux irréductibles Gaulois. Comme la force ne fonctionne pas, il décide d’encercler le village d’un véritable complexe immobilier romain. En amenant la culture romaine aux invincibles Gaulois, César a espoir que ces derniers s’adaptent progressivement aux coutumes romaines. C’est sans compter sur les ressources d’Astérix, Obélix et Panoramix pour combattre l’invasion.

Avec Astérix et Obélix, Goscinny et Uderzo voulaient « se marrer et faire marrer les gens ». On oublierait presque qu’ils se documentaient sur le règne de César et les traditions de l’époque. S’ils avaient un souci de petits rappels historiques disséminés dans les bandes dessinées, ils souhaitaient avant tout divertir. Et pour ce faire, les lecteurs devaient se retrouver dans les aventures de ces irréductibles. Ainsi, en cherchant une idée pour ce dix-septième opus, les deux créateurs inséparables choisirent, presque comme une évidence, l’observation de leurs contemporains. En 1971, les Trente Glorieuses battaient leur plein et la France vivait une véritable « frénésie immobilière ». C’était l’époque des projets immobiliers de taille : des grands centres commerciaux ; des nouvelles villes en périphérie des grandes villes comme les banlieues parisiennes. Le projet de César ressemble beaucoup à ces envies immobilières. L’impliable publicitaire reprend toutes les caractéristiques d’un mode de vie « idéal » tel que le promouvaient les promoteurs français : la femme a tout le loisir de faire des courses dans le complexe à disposition pour régaler sa petite famille quand mari et rejetons terminent leur journée ; le mari rentre du travail et a un bar non loin, des voisins qui vivent comme lui et avec qui il peut partager des activités ; quant aux enfants, ils se rendent à l’école construite à deux pas de l’immeuble de « standing » conçu spécialement pour faciliter leurs activités de consommation de la « vie moderne ». Cette société en vogue à l’époque se retrouve tournée en dérision dans la bande dessinée, qui a dû faire sourire plus d’un adulte lors de sa parution en 71 (même Guy Lux, présentateur vedette des émissions de Variétés si populaires en ces temps, est sympathiquement vanné).

Cependant, pour qu’un public plus large puisse s’identifier à la trame et aux péripéties des personnages, il a fallu qu’Alexandre Astier (Kaamelott) adapte le récit à la sauce 2014. Le pari est risqué, car la bande dessinée elle-même est si tributaire de son temps. Pour ma part, je considère tout de même que le scénariste relève le défi haut la main. Il parvient à rester assez fidèle à l’original, n’entachant en rien l’esprit qui a vu naître l’oeuvre. En même temps, il réussit par des changements habilement parsemés çà et là dans l’histoire à étoffer la trame (qui est bien trop courte pour faire un long métrage). En conséquence, le spectateur remarque la réflexion écologique de l’époque. Les premières marées noires ont généré la naissance de la mobilisation écologique. C’est remis au goût du jour et comme le développement durable est tout autant d’actualité (si pas plus) aujourd’hui qu’en 71, les préoccupations d’Idéfix (qui ne veut pas qu’on déboise) et d’Obélix (qui regrette le temps « des sangliers ») ne choquent personne. La nature contre le progrès : on se pose toujours la question en 2014. De même, les deux pères des Gaulois moustachus épinglaient les négociations salariales (congés payés, annuités, temps de travail…). Alexandre Astier garde cette partie du récit relativement intacte. Il oriente un peu la pensée vers la politique d’immigration en mentionnant le regroupement familial des esclaves, par exemple. Les graphistes ont réalisé un travail minutieux, qui paie, prenant soin de respecter les dessins d’origine. Le film ne dure pas des heures, ce qui devient rafraîchissant de nos jours. Les parents souriront, les enfants riront. Les créateurs du film voulaient donner un nouveau souffle aux adaptations cinématographiques des aventures des valeureux Gaulois, s’éloignant de certaines productions récentes. Je lui tire mon chapeau car on passe un moment agréable, en compagnie, entre autres, des voix de Lorant Deutsch, Florence Foresti, Alain Chabat, Elie Semoun ou encore Roger Carel qui prête sa voix à Astérix depuis 1967.

Sortie dans nos salles le 26 novembre 2014.

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Professionnelle, avec deux ans d'expérience dans le journalisme et un master en journalisme (EJL).

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