Athéna

 Je me souviens que lorsque j’étais petit, outre le fait de ne pas être très grand (hommage déguisé à mon grand-père qui m’apprendra la suite polissonne de cette chanson populaire), je possédais trois choses auxquelles je tenais énormément : mes parents (que je salue au passage au cas où ils liraient ces lignes), mon doudou (à propos duquel je ne vous dirai rien de plus, même sous la torture, enfance privée oblige) et une passion pour la mythologie grecque.
Drôle d’occurrence me direz-vous dans un panel des petits plaisirs d’un garçon de huit ans. Si cette dernière peut assurément sembler incroyable, elle n’a pourtant rien d’une fabulation ou, pour rester dans le ton, d’un mythe. Aussi loin que remontent mes souvenirs, mon premier contact avec cette somme de légendes s’est fait au travers d’un recueil (dont je ne me rappelle plus le nom malheureusement). Beaucoup de mythes y étaient présentés mais celui qui devait frapper durablement mon imagination n’était ni plus ni moins que Les douze travaux d’Hercule.
Les exploits de ce héros m’avaient d’ailleurs tellement fasciné que j’en avais même fait le sujet d’une élocution en troisième primaire devant une classe que mes souvenirs me présentent comme assez médusée (13 ans plus tard, je tiens à m’excuser auprès de mes camarades pour cette exposé qui, avec le recul, semblait terriblement prétentieux et tortueux à suivre pour les non-initiés) par le résultat final.

Si de fil en aiguille, mon attraction pour les Thésée, Ulysse et autres Œdipe devait s’épanouir au contact d’ouvrages plus précis sur la question, elle devait également connaître une consolidation définitive à travers la lecture de la série Athéna éditée par la collection « Bayard Poche » à l’aube de l’an 2000 (le livre n’est plus édité à l’heure actuelle mais on peut facilement se procurer des exemplaires sur le marché de l’occasion…).

En choisissant de vous parler de cette série de romans destinés à un jeune public et ayant pour cadre la Grèce antique, je ne peux m’empêcher d’évoquer en clin d’œil la librairie jeunesse « Le Chat qui lit » (qui n’existe malheureusement plus à l’heure actuelle …), où j’ai acquis (enfin quand je dis « je », c’est plutôt mon entourage qui me les a offerts à la faveur de divers évènements) petit à petit l’ensemble des tomes de la saga (attendant parfois plusieurs mois pour connaître la suite des aventures que le numéro précédent avait laissées en suspens) et dont le logo orne encore les couvertures de mes exemplaires. Car ce lieu possédait une véritable magie qui vous agrippait dès que vous poussiez la lourde porte de bois du magasin. Une féérie qui m’a probablement aidé à savourer les textes qui m’étaient offerts et contribué à rendre indissociables ces livres et leur provenance dans mon imaginaire.

Au-delàde cette nostalgie somme toute assez personnelle, évoquer Athéna, c’est avant toute chose se remémorer une identité visuelle : le bleu ciel qui badigeonne la couverture et envahit le quart de page, le titre écrit dans une police qui rappelle l’écriture du grec ancien et le dessin qui présente les deux protagonistes en action avec, en contrebas, l’illustration d’une scène marquante du récit. Une constante qui permet d’accrocher le lecteur, de le fidéliser à « sa » série tout en donnant le ton de son contenu : amour, violence et trahison.

Pour sublimer ces trois piliers thématiques, les auteurs collectifs ont opté, comme cadre du récit, pour le Ve siècle ACN et la Guerre du Péloponnèse qui oppose Spartes à Athènes. Un choix qui offre l’avantage d’octroyer une dimension historique « réelle », à la trame des livres et de la rendre « crédible » aux yeux des jeunes lecteurs. Crédibilité qui est renforcée par la présence, en début de tome, de cartes d’époque qui situent géographiquement l’action et permettent de suivre les péripéties des différents protagonistes. Ces derniers sont d’ailleurs inséparables de ce contexte conflictuel.

Car Athéna, c’est avant tout l’histoire d’un couple, une sorte de Roméo & Juliette à la sauce antique. Cimon le fier guerrier athénien tombe amoureux de Laïs, la fille du roi de Spartes. Mais l’inimitié entre les deux royaumes compromet leur passion et après la défaite de la cité, la Spartiate est finalement vendue comme esclave à l’insu de notre héros. Apprenant ce qui est arrivé à sa bien-aimée, Cimon se lance alors corps et âme à sa recherche dans tout la Grèce.

Cet amour constitue à lui seul le moteur de la série dont le dénouement est résumé par cette seule question : Laïs et Cimon parviendront-ils enfin à vivre ensemble ? (Suspense !) Tout au long de l’histoire, la réponse demeure longtemps indécise tant le Destin s’arrange toujours pour séparer les deux tourtereaux (généralement après des retrouvailles de courte durée) par le biais de coups du sort divers et variés.

Les aventures que vit Cimon pour retrouver sa bien-aimée auraient pu être banales. Au final, elles se révèlent didactiques et en phase avec l’époque historique citée plus haut. Notamment parce que chaque ouvrage d’Athéna se centre sur une caractéristique précise ou célèbre de la société grecque du Ve siècle qu’elle détaille au travers des actions de Cimon : l’armée et les techniques de guerre dans le premier tome (La Guerrière enchainée), le fonctionnement de la cité athénienne et la question de l’esclavage dans le deuxième (Complot contre Athènes), les Jeux Olympiques dans le troisième (Meurtre à Olympie), le théâtre comique grec dans le quatrième (Le Masque de la Peur), la Perse dans le cinquième (L’amour trahi) et enfin les rites religieux dans le sixième (La dernière epreuve).

De plus, le récit incorpore dans son déroulement divers personnages historiques (Alcibiade, Aristophane ou encore Hyppocrate pour ne citer qu’eux) dont l’importance est brièvement résumée en début d’ouvrage. Bien que fictionnalisés, ces derniers offrent néanmoins une profondeur supplémentaire à la narration proposée.

Cet aspect des œuvres qui composent la série Athéna n’occulte en rien les scènes d’actions qui sont omniprésentes dans l’intrigue. Très variées, les péripéties décrites (que ce soit des cascades, de l’espionnage, du combat à l’épée…) sont justement rendues plausibles par l’historicité du cadre romanesque qui permet au lecteur d’encore mieux apprécier les exploits du héros principal.

Mais, au final que faut-il retenir de cette analyse indigeste (le temps passe mais certains réflexes subsistent … N’est-ce pas la note de bas de page n°3 ?) d’une série de romans pseudo-historiques sur la Grèce antique ?

Que les éléments dégagés ici l’ont été à la faveur d’une relecture de l’ensemble de la série, avec 13 ans de plus que l’âge autorisé et une formation de romaniste nichée quelque part dans l’esprit du rédacteur (hé oui, je parle de moi à la troisième personne, on aime l’Antiquité ou on ne l’aime pas !). En d’autres termes, il est peu probable que le public-cible de ce type de littérature jeunesse perçoive l’ancrage spatio-temporel de leur roman.

Qu’importe. Tant mieux même.

À l’époque, je n’étais pas moi-même conscient de tout ce travail accompli par les différents auteurs pour me happer dans ce tourbillon d’aventures. Cela ne m’a pas empêché de me laisser emporter par la simplicité de l’écriture, par la tension des évènements, par le caractère attachant des personnages. De savourer chacune des intrigues, durant de longues nuits, sous l’éclairage bienveillant d’une lampe de chevet. De rêver. D’imaginer. Au-delà du cadre strictement littéraire, Athéna m’aura initié, durant mon enfance, à une sensation primordiale : celle du plaisir de lire.

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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