En attendant le jour : oser parler d’euthanasie au théâtre

Il est des spectacles qui font naître une émotion vive chez leurs spectateurs. En attendant le jour en fait partie. Mis en scène par François Sauveur, et se jouant actuellement aux Martyrs, ce spectacle poignant traite de l’euthanasie. Evidemment, il sera question de la mort tout au long du spectacle. Mais pas seulement. Si la mort est omniprésente dans chaque scène de ce spectacle, la vie l’est tout autant.

Sur scène, il y a trois comédiens, trois figures qui représentent chacune un symbole. Il y a Quantin Meert, qui incarne le personnel hospitalier. Il joue notamment le rôle de Luc Sauveur, médecin au CHR de Namur, spécialisé dans les soins palliatifs et l’euthanasie. Luc Sauveur est également le père du metteur en scène et c’est son expérience qui a nourri le travail de François Sauveur. La belle Seloua M’Hamdi représente la famille et le grandiose Laurent Caron incarne Pierrot. Pierrot, personnage adapté de Marco di Bari -à qui est dédié ce spectacle- est au centre d’En attendant le jour. François Sauveur met en scène les dernières semaines de sa vie, son quotidien à l’hôpital, l’incompréhension de sa famille, la complicité qui se créera avec le docteur Sauveur et son combat pour le droit à l’euthanasie.

Ce spectacle se base donc sur des faits réels. Il se veut témoignage. Même les comédiens se positionnent en véritables témoins, porteurs d’une histoire qui doit être entendue, comme l’a demandé Marco à son ami Luc. Ni plaidoyer ni banalisation, En attendant le jour expose l’expérience d’un homme, le docteur Sauveur, qui confronte la mort quotidiennement en exerçant son métier.

A travers l’histoire de Pierrot et celles de deux autres personnes, François Sauveur évoque la fin de vie mais ce dont son spectacle traite avant tout ce sont les questions de la dignité et de la liberté. Quel choix reste-t-il pour Marco, qui se définit comme « une tête vivante, un corps mort » ? Comment être entendu ? Qui décide de notre vie : la médecine, nos proches, Dieu ou nous-mêmes ? Faut-il parler de renoncement ou de libération ?

Il me semble que François Sauveur ne cherche pas à donner une bonne réponse à ces questions. Il nous met simplement face à ces contradictions. Et c’est de la rencontre de ces contradictions que naît la beauté de ce spectacle. En attendant le jour oscille habilement entre rugosité et douceur, ténacité et fragilité, peur de l’abandon et besoin d’être entendu. Du vocabulaire médical aux blagues de comptoir, le langage est varié, tour à tour tendre, provocant, surprenant ; à l’image de la vie.

En attendant le jour pose la question du temps de vie. François Sauveur joue continuellement sur les différences de forme et de rythme. Il y a le temps de la « vraie vie », le temps distordu de l’accident, du choc puis il y a le temps de l’attente, le temps des questions qui ne trouvent pas toujours de réponses et le temps du passage à l’acte. Enfin, il y a l’après. Le temps des survivants, des proches, des souvenirs, du deuil, de la réconciliation et de l’amour. Puisqu’on ne sait jamais ce qu’il adviendra demain, en attendant le jour, faire vibrer la puissance de la vie et de l’amour.

Véritable ode à la vie, En attendant le jour questionne beaucoup, émotionne encore plus.

Jusqu’ au 10 décembre au Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs 22, 1000 Bruxelles, 02 223 32 08

Ecriture, composition musicale et mise en scène: François Sauveur
Avec: Laurent Caron, Quantin Meert, Seloua M’Hamdi, Luc Sauveur

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