Attentats de Bruxelles : Accusé à tort de terrorisme, Fayçal Cheffou sort un livre sur son histoire

Les attentats de Bruxelles et ceux de Zaventem ont eu lieu le 22 mars 2016. Cela fait donc trois ans, en ce mois de mars 2019. De l’eau a coulé sous les ponts, certes, mais la blessure est toujours là, elle ne s’est pas refermée, tant pour la société belge au niveau global que pour toutes ses individualités, pour avoir été témoin directement ou indirectement d’un des plus grands drames survenus sur notre sol depuis des années. Mais il va de soi que cette blessure est bien plus profonde pour les familles des victimes, celles qui ont perdu un.e proche. Et celle des victimes blessées encore davantage, leur vie étant à jamais bouleversée psychiquement, physiquement. Fayçal Cheffou est lui aussi une victime, mais d’un tout autre ordre : il a été accusé à tort d’avoir commis l’attentat de Zaventem. Il est toujours inculpé. Il raconte son histoire dans un livre : « Ils m’ont fait porter le chapeau« .  

Fayçal Cheffou était avant les attentats (et l’est encore aujourd’hui) un journaliste indépendant et un militant de causes citoyennes diverses telles que celles du sort des réfugiés à Bruxelles, au parc Maximilien, au travers de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés, dont il a été l’un des porteurs bénévoles lorsqu’elle n’était qu’un petit collectif de personnes apportant leur aide matérielle, sociale voire économique aux migrants demandeurs d’asile venus de Syrie, d’Irak ou d’ailleurs. Il a par ailleurs dans le passé travaillé en tant que journaliste dans des médias célèbres tels que Radio Contact,

Puis, d’un coup, lui est tombée dessus une arrestation : c’était devant le palais de Justice de Bruxelles, le 24 mars 2016, deux jours après le drame du métro et celui de l’aéroport de Zaventem. Il ne savait pas pourquoi mais il n’a pas tardé à le savoir : on le soupçonnait d’être l’homme au chapeau, le troisième terroriste, seul survivant, qui avait pris la fuite juste après les explosions. Trois chefs d’inculpation pesaient sur Fayçal Cheffou le militant de la dignité humaine : « participation aux activités d’un groupe terroriste, assassinats terroristes et tentative d’assassinats terroristes ».

Dans son livre, il raconte les heures et les jours qui ont suivi son arrestation musclée au cours de laquelle il a failli être abattu par la police. Il a passé deux jours au commissariat de la rue Royale 202A et deux jours à la prison de Forest. Quatre jours durant lesquels, on lui a fait subir des sévices allant de l’humiliation verbale et l’injure à la menace de mort avec arme posée sur le crâne par un représentant des forces de l’ordre en passant par les coups en réunion dans sa cellule du commissariat.

Fayçal Cheffou, place Royale, et le palais de Justice au loin © R.M.

D’aucuns se seraient dit que cela n’existe pas en Belgique s’ils n’avaient pas entendu le récit de Fayçal Cheffou. « Les preuves étaient pourtant sous leur nez, les policiers n’ont pas pris la peine de comparer mes empreintes avec celles du chariot du troisième terroriste. Pire, ils avaient complètement oublié d’analyser cette pièce majeure de l’enquête. C’est le juge qui leur a requis de le faire, sur demande étonnée de mon avocat, que cela n’avait pas encore été fait. Ajouté à cela, l’impossibilité temporelle de me retrouver – même en courant – à la fois à l’aéroport vers 8 heures et à Maelbeek, comme montré sur des photos, moins de deux heures plus tard, où je me suis rendu en tant que journaliste indépendant. Et rien non plus concernant la position de mon GSM et des appels que j’ai reçus quand j’étais chez moi ce matin-là, auprès de mon opérateur téléphonique !« , s’étonne-t-il encore aujourd’hui. « Ces éléments m’auraient disqualifié séance tenante. Ils ont travaillé comme des amateurs et j’en ai fait les frais.« 

Fayçal Cheffou a, suite à sa libération de la prison et de la reconnaissance de son innocence par le juge d’instruction en charge de l’enquête, eut à subir nombre de déboires encore. Il s’est fait arrêter plusieurs fois après, notamment pour l’alerte à la bombe de l’Ancienne Belgique en début de soirée, où des policiers sont venus en pleine nuit (le même soir) dans son domicile, fusils d’assaut braqués. Ce n’était pas lui, le responsable : il a dénoncé le même procédé bancal d’une enquête faite en quelques heures. Sans compter les multiples convocations dans les bureaux de la police, toujours pour « soupçon de terrorisme ». Son compte en banque a été fermé et « ce fut un réel parcours du combattant pour trouver une banque qui accepte de lui en ouvrir un. Il a fallu l’aide d’un avocat pour cela« , explique-t-il. À ce jour, il est toujours inculpé. Les trois chefs d’inculpation pèsent encore sur lui, l’empêchent de trouver un emploi et une vie sociale digne de ce nom. Il doit attendre

Ce livre se veut être un témoignage d’une mise à l’écart forcée et injuste de la société et une dénonciation d’une anomie juridique, à savoir la non-possibilité de lever une inculpation dans l’immédiat pour toute personne inculpée par erreur, sans attendre le procès du vrai responsable et la décision de la Chambre du Conseil.

Livre disponible sur le site des éditions Antidote. Il sera disponible en ligne et dans les librairies dans le courant du mois de mars.

Toutes les informations sur le livre sur la page Facebook Ils m’ont fait porter le chapeau.

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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