Au coeur des jungles de Bornéo

Bornéo? Plus qu’un lieu imaginaire qui n’existe que sur la chaîne National Geographic. Des orangs-outangs aux shamans; des jungles aux plages; ou encore d’une demande en mariage à des caves; voici mon histoire.

Mon voyage a commencé dans l’état de Sarawak, Malaisie, dans la ville de Kuching plus exactement. A mon arrivée, mon hôte de « Couchsurfing » m’attendait à l’aéroport pour me conduire chez elle où j’ai eu la chance de rencontrer Katy; une anthropologue, aventurière et passionnée de gastronomie tout comme moi avec qui j’ai voyagé par la suite.

Kuching est l’endroit idéal pour commencer son aventure dans la jungle. La ville est peu chère, assez moderne, sans trop de touristes, les facilités nécessaires et à proximité de nombreux sites d’intérêts. Et surtout, avec les locaux des plus accueillants que j’ai rencontré depuis le début de mon voyage il y a un an, ce qui fait évidemment la différence! Ils n’essaient pas de vous arnaquer ou de vous vendre quoi que ce soit. Ils veulent juste savoir votre nom et nationalité pour vous accueillir dans leur ville avec le plus grand sourire. Très vite, ils deviendront vos amis; même les employés du 7/11 m’accueillaient avec un « Bonjour Sarine! » dés que j’y allais pour faire mes courses.

Mon premier jour à commencer avec une visite au Semenggoh Wildlife Rehabilitation Centre où ils s’occupent de sauver les orangs-outangs, essentiellement du côté indonésien où on les chasse encore, et de protéger ceux qui vivent déjà dans leur jungle. On a dû arriver un peu avant 9 heures du matin, l’heure où on les nourrit. Même en arrivant tôt, il n’y a aucune garantie de les voir vu que ce n’est pas un zoo et en cas de pluie ou de forte chaleur, ils préfèrent rester dans la jungle. J’ai eu la chance dans voir 7! C’est fou comme ils nous ressemblent beaucoup et sont intéressants à observer…

La soirée s’est avérée l’une des plus intéressantes lorsque notre hôte nous a proposé de voir un shaman dans un petit temple en dehors de la ville. On pouvait lui demander ce que l’on voulait tant que ce n’était pas une question hypothétique ou concernant un lointain futur. J’avais déjà rencontré des shamans auparavant mais je me suis entièrement trompée sur ce à quoi m’attendre tellement c’était une expérience différente et intense.

Le shaman, qui se disait connecté à l’enfer, est rentré dans la pièce en hurlant à haute voix. Il a ensuite commencé à courir dans l’enceinte du petit temple en cognant sa tête à gauche à droite, en sautant en l’air, criant des mots inintelligibles et en tirant sa langue. Il était entré en transe et communiquait avec les esprits en enfer et le diable même. Il s’est ensuite assis à une table et ses assistants lui ont donné un pinceau. Un à un, ils ont appelé nos noms qu’on avait du écrire sur un morceau de papier avec notre âge avant le début de la session. Toujours en tirant sa langue, le shaman répondait à nos questions en Cantonais en utilisant sa main droite pour peindre des formes ondulées. Les réponses, nous étant traduites par notre hôte, étaient toujours positives. « La situation va se tourner en votre faveur », « Vous ne devez pas vous en faire des petites choses quand vous avez déjà plus que vous n’en n’avez besoin dans la vie » ou encore « Continuez à être un coureur de jupons tant que vous ne volez ou ne tuez pas » sont des exemples de réponses qu’il a donné.

Il nous a ensuite donné un bloc « d’argent » en papier qu’on devait progressivement brûler dans la cour arrière en remerciant Satan et le shaman pour avoir pris le temps pour nous. Notre hôte avait aussi ramené des offrandes (du poulet, du porc et du poisson) qu’on a ensuite ramené à la maison après qu’elles aient été bénies pour un grand festin. C’était certainement une soirée hors du commun et le meilleur moyen de commencer un voyage hors des sentiers battus.

Les jours suivants n’étaient peut-être pas aussi spirituellement intense mais ils étaient tout aussi gratifiants pour différentes raisons. J’ai eu la chance de visiter une tribu Bidayuh qui vit encore dans des maisons longues dans les jungles du sud de Sarawak. Ils étaient chasseurs de têtes à l’époque. Pour symboliser leur fierté et puissance, chaque famille accrochait la tête décapitée d’un de leurs ennemis Iban qu’elles avaient tué devant leur maison.

Lorsque les missionnaires anglais sont arrivés et ont convertis ce groupe indigène au Christianisme, ils leur ont demandé d’arrêter cette pratique qu’ils jugeaient barbare. Depuis, même si les Bidayuh sont chrétiens, ils ont toujours gardé les crânes quelque part dans la maison et si vous êtes assez chanceux ils vous les montreront. Sinon, vous pouvez toujours en voir quelques uns empilés dans une cage dans une maison réservée pour ça.

Une des familles a accepté de nous accueillir et de nous montrer leur mode de vie. Les hommes sont partis couper du bambou pour que par la suite on puisse cuire du riz dedans en utilisant des feuilles de pandan nottament. On a appris à jouer quelques instruments de musique locaux et à écouter le son de la forêt pluviale. On était aussi invité à boire un vin local à base de riz qu’ils appellent ‘tuak’. C’était un village très serein et relaxant où les locaux apprécient la vie en communauté en passant leur temps à fumer des pipes, à pêcher, à se baigner dans la rivière, à boire ou encore à vivre en harmonie avec la nature qui les entoure.

Une autre expérience intéressante était au Parc National de Bako qui n’était qu’à 30 minutes du centre ville en bus suivi de 20 minutes en chaloupe. Les vues étaient magnifiques et permettaient de voir des palétuviers. Si vous avez envie de ressentir que vous êtes dans la jungle mais n’avez pas vraiment de temps pour vous aventurer dans les intérieurs; alors Bako est l’endroit où aller! Il y a beaucoup d’espèces animales et végétales à découvrir. L’animal le plus intéressant pour moi étant le singe à long nez; le nasique! C’est un endroit magnifique avec différentes pistes à suivre en fonction de votre endurance et de combien de temps vous avez. Le moment le plus gratifiant était d’arriver après un trek de quelques heures à une plage déserte, rien que pour nous!

Dans la ville même, vous avez aussi quelques choses à faire comme marcher le long de la rivière, visiter des musées, etc. Mais la partie la plus intéressante pour moi était la gastronomie locale. Ce serait une grande erreur d’y aller sans essayer au moins ces 3 spécialités locales: le ‘Sarawak laksa’, le ‘3 layer tea’ et le ‘evergreen kek lapis’. Le premier est un plat à base de nouilles et de fruits de mer; le deuxième est une boisson avec une couche de thé, une de lait condensé, et enfin une dernière de pandan; le troisième est un gâteau assez moelleux à base de pandan aussi. Le pandan a été ma petite addiction là-bas! Pas seulement tout est délicieux, tout est aussi peu cher…

Il m’a fallu une semaine avant de me décider à changer de ville lorsqu’à la base je ne prévoyais que d’y passer 3 nuits. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est toujours mieux comme ça… J’ai tellement adoré la région que j’ai décider d’en voir plus! Ce pour quoi Katy et moi, on a décidé de prendre un vol avec MASwings pour Mulu pour y visiter les caves. Prendre l’avion n’était même pas une option tellement l’endroit est isolé… Le check-in pour le vol était aussi très intéressant avec un ami local qui m’a demandé en mariage en m’affirmant que mon visage lui parlait et en me demandant si j’acceptai de le rendre heureux et me marier avec lui. C’était rapide! J’ai aussi adoré la compagnie aérienne qui pour un prix aussi réduit offrait un superbe service et une vidéo de sécurité des plus drôles! Fumer était un « grand non non », pareil pour le téléphone que vous aimez « vraiment vraiment beaucoup » et en cas d’urgence, il était indispensable de retirer ses talons hauts peu importe ce qu’ils vous ont coûtés!

A présent je me trouve dans un des aéroports les plus petits du monde, prête pour une nouvelle aventure: les caves de Mulu!

Sarine Arslanian

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