Aujourd’hui, dans le train…

Chaque trajet en train amène son lot de curiosités sociales. Spectacle du jour:

7h53. Je me trouve à l’avant, dans le tout premier compartiment, juste derrière la cabine du chauffeur. J’ai l’habitude de choisir cet endroit pour sa relative tranquillité. Quelques personnes ont eu la même idée : un homme d’une cinquantaine d’années qui termine sa nuit, une femme qui, avec son attirail de maquillage, tente de se rendre présentable, une étudiante qui espère réussir prochainement son permis théorique, un employé qui lit d’un air distrait le Métro, un autre étudiant qui, écouteurs dans les oreilles, regarde le paysage défiler, et un jeune homme. Il fait calme, c’est appréciable.

J’ai pris avec moi un livre, fidèle compagnon qui défie la monotonie du trajet quotidien. Alors que je tourne tranquillement les pages, un bruit de boîte métallique que l’on visse vient perturber ma lecture. J’aperçois du coin de l’œil le dernier passager, le jeune homme, jouer avec une boîte, sans réellement y prêter attention. Deux arrêts plus tard, le bruit se fait de nouveau entendre, suivi cette fois d’une odeur caractéristique, à la fois douceâtre et piquante. Je tourne la tête. Le jeune homme se roule un joint, à l’aise. Sa boîte contient une franche dose de cannabis, qu’il étale tranquillement dans sa feuille à cigarette. Je suis sans voix.

Je ne suis pas choquée du fait que certaines personnes consomment ce genre de produits ; après tout, chacun sa vie, chacun ses choix, chacun sa santé. Non, ce qui me choque, c’est qu’aucun passager n’ait levé les yeux et n’ait été étonné, comme moi, de voir ce jeune garçon d’une quinzaine d’années préparer son pétard sans retenue ni complexe, devant tout le monde, en totale conscience. Cette royale bravade de l’interdit m’a laissée sur le cul. Et je suis convaincue que s’il avait snifé son rail de coke sur la banquette, personne ne s’en serait offusqué. Indifférence totale. Ma réaction est-elle le résultat de ma naïveté, de ma prude innocence ? Peut-être. Sûrement, à en croire l’absence de réaction des navetteurs présents.

Il n’empêche, on est en droit de se demander jusqu’où vont les limites. Que ce soit dans ce cas isolé ou de manière plus générale. Jusqu’où tolère-t-on l’interdit, et pour qui ? S’en tient-on à la loi, y a-t-il des exceptions ? Quel est réellement le risque encouru si on décide de le défier ? Acteur ou spectateur, quelle part de responsabilité a-t-on, envers qui, envers quoi ? A partir de quand peut-on, doit-on réagir ? Ces question restent ouvertes.

Je saluerai le jeune homme d’avoir eu la décence de ne pas allumer l’objet de son délit dans le compartiment, mais bien à la sortie du train, sur le chemin de l’école…

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Coordinatrice éditoriale pour Culture Remains, j'use aussi de temps à autres de ma plume. Culturellement plutôt classique, je reste toujours ouverte à d'autres horizons.

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