Automotiv, Forever Meulen

Très automotivement.

La dédicace est simple et souriante, comme l’est son auteur. Eddy Vermeulen, aka Ever Meulen, semble particulièrement heureux de la publication en français de son livre Automotiv, précédemment publié en Néerlandais, sa langue natale, comme on dit. Il y a de quoi. L’ouvrage soigné signé Editions Champaka Brussels sent l’huile de moteur à plein nez. C’est que l’automobile, c’est la passion absolue d’Ever Meulen, avec le dessin, faut-il le préciser? Donc, 175 pages de bagnoles, des classes, des cassées, des rondes, des anguleuses, des croquignolles, dessinées avec amour et humour. Soit plus de 200 dessins vrombissants : la somme d’une carrière dans le rétroviseur.

Et la carrière d’Ever Meulen, on ne la présente plus. De la couv’ du New Yorker, en passant par les pages d’Humo ou les affiches d’Angoulême ou les pochettes de disques, la patte belge a marqué son époque, distillant une quintessence en clin d’œil, tout en malice, pertinence, références. De l’avis de beaucoup, il a su capturer le « zeitgeist » des années 70 à nos jours dans un graphisme impeccable et un renouvellement incessant. « J’essaie toujours de faire ce que je n’ai jamais fait », confie l’artiste,  en feuilletant habilement son livre d’où émergent les souvenirs.

De sa jeunesse, nourrie aux magazines Tintin et Spirou lui reste une admiration pour Will et Franquin, ses deux maîtres de l’époque. Le dernier, surtout, dont il a appris le style, puis à s’en détacher en expérimentant ses propres talents à Saint-Luc où il est poussé à développer sa voie. Cette voie prend d’abord un aspect tout en rondeur dans les années 70, « assez années ’50 en fait, américain dans ce côté ambiance californienne qu’on retrouve dans la pop et le rock », puis plus stylisé dans les années ’80, « pas vraiment des voitures qu’on voit dans la rue parce que quand je choisis une voiture c’est qu’elle vient bien dans le dessin ». Démonstration éclatante que cette compilation de recherches, de croquis, de dessins techniques parsemant son livre, où se côtoient des autos de tous bords, des personnages contaminés par la même stylisation, des décors inspirés par l’architecture avant-gardiste des années ’30, et un « lien très fort avec l’histoire de l’art », le tout saupoudré d’influences musicales. Dans ce tourbillon de création que constitue chaque illustration, la voiture trouve une place centrale, tout en se prêtant aux formes requises par l’exercice.

C’est donc sous l’angle automobile qu’Eddy Vermeulen revient sur son parcours graphique, de l’enfance à l’âge adulte, commentaires autobiographiques à l’appui. Cela coulait de source pour ce féru de voitures, heureux propriétaire et même inventeur de ces engins roulants, voire volants. Chapitré par thématiques – introduites par des plumes telles que Schuiten, Swaarte, Benoît, ce « roadbook » offre une mise en perspective originale parsemée d’expériences édifiantes sur le dessin et sa perspective. De ses dessins d’enfants jusqu’à ses dernières affiches, on comprend combien l’objet d’étude a accompagné sa vie; au point qu’il en invente une lui-même, après ce qu’on imagine être des milliers de crobards des modèles existants. La Nisiov a même pris vie en trois dimensions, comme une conclusion éclatante à toutes ces années passées à plier la deuxième dimension.

A l’occasion de la sortie du livre, la Galerie Champaka organise une exposition d’originaux à Paris jusqu’au 11 janvier et par ailleurs une exposition d’encres pigmentaires à Bruxelles jusqu’au 18 janvier. Plus de renseignements sur le site de la Galerie.

Automotiv, Ever Meulen, Éditions Champaka Brussel, 196 p., 49,90 €.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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