B-Astre nous offre une chanson sur le canal de Bruxelles… et un clip !

On connait trop peu les artistes de notre plat pays. Pourtant, ce sont eux qui sont les plus proches de nous et qui content et racontent notre réalité avec le plus de précision. Ils savent repérer les éléments de décors urbains qui symbolisent une ville, qui fondent une identité parmi les habitants. B-Astre s’y est adonnée. C’est la capitale belge qui a intéressé la Bruxelloise. Elle en a fait une peinture musicale pas comme les autres. Avec brio, on peut le dire. Le résultat, c’est un clip tourné pour le concours de speed-clipping du VKRS ! Il est sorti, il est originalement mélodique et il s’appelle « Les rues de Bruxelles ». Nous sommes allé à la rencontre de la chanteuse aux cheveux bleus pour en savoir plus.

Commençons par le début : B-Astre. Comment cela a-t-il commencé? Racontez-nous votre histoire !

Alors, tout commence en traînant dans les cafés à chanter, improviser, sur tout ce qui me vient du dedans en sortant du milieu rigide de mon éducation musicale. Un peu à la manière du blues ou encore du bleu du romantisme… L’adolescente qui tague à la gouache un oiseau abstrait de liberté, et qui se retrouve prise par les flics et amenée chez le curé qui lui demandera de le nettoyer sans la poursuivre. Avec ces jeunes qui sortent jusqu’à pas d’heure parce qu’ils sont pris en charge par les parents alors que moi j’ai juste déserté l’école pour m’épanouir librement. Je suis la fille qui longe les rues, les explore de sa condition et qui pourtant travaille de manière acharnée, enfermée le reste de la semaine à devenir pianiste classique, à écrire, à chanter, danser, et qui rêve d’en faire carrière. Ma mère ne me laissait un toit que si je la complaisais dans son besoin d’enfant génial et soumis : pourtant on se rend malade de s’enfermer à cet âge. J’ai dû donc me socialiser pour éviter mon bégaiement  – ce qui m’a finalement bien vite jetée à la rue.

J’y ai rencontré les autres, et moi-même. On y apprend à utiliser son cœur sans filtre, à devenir franche et extravertie, bref, à dépasser ses limites personnelles. Au final, on y gagne l’amour de l’autre et l’artiste est mû de volonté d’aller vers autrui. La règle c’est de vivre, de comprendre et de traduire pour offrir quelque chose de personnel et ainsi se donner des chances de vraiment toucher. Bref, de se dévoiler en enfilant tous les voiles qui interpellent, pour que le message passe.

C’est là qu’apparaît B-Astre. Le désir de communiquer l’énergie nécessaire et la conviction qu’il est possible de devenir sa propre étoile. À ce moment, le besoin de créer se fait plus personnel et pourtant la cible du projet se met à englober tout le monde. Attiser la flamme qui danse intensément au sein de chaque expérience, heureuse ou douloureuse, faire ressortir le tableau du dépassement, dans le respect de la lueur portée par le cœur humain.

B-Astre, Eric Boni et Hessam Loco à la projection du VKRS au cinéma Le Palace – Rita Ansone Photograpy

Au balbutiement c’étaient des textes, des mélodies, et puis peu à peu des histoires… Il y a quelques années, j’essayais de changer le monde en manifestant, en plantant des semences reproductibles, mais j’y ai découvert que pour moi la révolution se ferait avant tout par l’art. L’art qui parle par son intimité, parle plus que toute les idées et les valeurs brandies. Pour non pas changer le monde pour le monde, mais en dressant un miroir où certains s’y verraient transportés, et ainsi dépasser leurs limites. Mettre à nu des histoires pour les sublimer. Briller de l’intérieur de les avoir dépassées. Le piano est mon instrument principal, ainsi que le chant. Les chansons viennent assez naturellement… il fallait donc rallier ces arts et leur trouver une rue vers les autres. Le public est le moteur de l’expression. Créer c’est donc prendre une responsabilité, travailler sur le contenu autant que la forme, mais dans un souci libre où la forme sert le contenu. Que le tout crée un univers.

Depuis quand ?

Le projet est né en 2015. Il n’a cessé d’évoluer et a maintenant pas mal de vécu et de chansons qui ne demandent qu’à éclore au grand public.

À quel genre de musique vous adonnez-vous le plus souvent, d’habitude ?

Je viens tout d’abord du classique, avec une éducation stricte et passionnée des compositeurs anciens. Me dirigeant beaucoup vers le romantisme, autant que le vieux jazz, le blues et rock ainsi que la pop actuelle. Le mélange s’est donc fait de lui-même.

Comment avez-vous eu l’idée de faire une chanson sur Bruxelles ? Pourquoi ?

Parce que je connais Bruxelles comme ma poche. De mon adolescence à errer dans la ville, à connaître ses bas-fonds comme ses hauteurs. Des rencontres belles qui ont comblé ma vie. Parce que c’est une ville où je ne cesse de revenir car c’est un grand village où je me sens vraiment chez moi.

Dans cette chanson, « Les rues de Bruxelles », on peut sentir une certaine critique de la société, une dénonciation de l’ennui et de la solitude mélangeant à la fois des paroles plus mélancoliques. Est-ce un bon résumé ?

Très juste, camouflé sous des sons très kitsch ! Une dénonciation de l’ennui : c’est là, la contradiction ! Pourquoi s’ennuie-t-on si ce n’est pour se plaindre ? Parce qu’on a pas toujours ce qu’on veut alors qu’il y a tellement de choses magnifiques pour combler ce manque. En fait, avec légèreté on se plaint tous. Mais l’esprit c’est que rien n’est grave puisque c’est festif. Il y a une suggestion aux fois où on sort pour oublier les bêtises quotidiennes. La rue nous permet de les oublier. Dans le côté rigolard de la chanson, c’est rire de celui qui critique la société pour la critiquer, même s’il souffre de « l’humour qui est la politesse du désespoir ». J’ai connu les clochards qu’on voit assis, je me suis assise avec eux. Je dois dire que je rigolais bien plus qu’avec les passants. Bref, un hommage à tous les gens incroyables qu’on rencontre au coin d’une rue … et qui nous raniment le cœur.

Dans les paroles, il est question plus particulièrement des rues « près du canal ». Qu’ont-elles de particulier à vos yeux ?

Ah ça ! Jacques Brel disait de notre pays «aussi gris qu’un canal s’est pendu». Bien sûr, le canal suggère le suicide… mais aussi de prendre le large. Et puis, à propos de Bruxelles, il ne faut pas oublier qu’à côté de notre beau canal se logeaient toutes les soirées undergrounds. C’est là qu’on peut admirer le merveilleux lever de soleil en crachant nos vœux de bonheur sur le monde ! Et surtout, c’est comme ça que j’ai pu dédramatiser et dépasser mon enfance difficile. M’épanouir en toute liberté mais en restant éthique et bienveillante.

Les mots de fin sont « Bruxelles ma belge ». Que pensez-vous de la Belgique d’aujourd’hui et de Bruxelles en particulier ?

Difficile à dire, avec tout ce qui se passe politiquement. Mais le politique vient du social, de l’éthique individuelle mis ensemble. L’art travaille plutôt sur cela. Des gens meilleurs, un monde meilleur ?

B-Astre présentant son projet devant une audience – Rita Ansone Photograpy

La Belgique est en tout cas un pays où il y fait bon rire. Le surréalisme et le patriotisme bienveillant m’enlèvera mille fois l’idée de me laisser aller à de mauvaises pensées. C’est un pays ouvert qui a certes son passé, mais pour son peuple il y a de belles choses. La politique n’est pas le pays ni la conquête, pour moi c’est le peuple qui vit en bas. Et l’honnêteté et la ténacité à vivre heureux demeurera ce qu’il y a de plus beau, où qu’on soit. Il est certes petit, comme certaines opinions… mais il est grand par sa sensibilité et sa liberté de paroles. Ici, les différends, on les règle en rigolant sans calculer. Cela rend les choses plus simples, même si au final, le compliqué revient toujours au galop. D’où l’éthique.

Vous avez été finaliste du concours « Bruxelles je t’aime » organisé par la Maison de la Francité. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, une sacrée Maison que celle-là ! Celle de promouvoir la langue française en Belgique, alors que les Français la brandissent comme un étendard ! Le concours a été l’occasion de belles rencontres, et l’occasion d’immortaliser cette chanson qui est plutôt « cabaret » vers un enregistrement studio. En effet sur scène la basse lance le thème pendant que je file dans le public pour simuler une rencontre de rue. Ce fût l’occasion de performer devant un public passionné de littérature, de le venir le titiller par le texte. Et du coup cela donne beaucoup de bonheur de voir le public ému et transcendé par les mots.

Qu’avez-vous fait, B-Astre, comme autre(s) morceau(x) ?

Il y en a beaucoup qui attendent sauvagement… nous allons préparer leur sortie en clippant tous les morceaux. Tout est dans le coffre et bientôt il explosera!

Du coup le clip, c’est un speed-clipping ?

Oui, ma chanson a été sélectionnée pour participer à une expérience complètement folle, de se rencontrer, tourner et monter un clip avec une équipe tirée au sort en trois jours ! C’est l’initiative du superbe nouveau festival du clip VKRS, qui ont créé un nouveau concept qui met en valeur deux arts contemporains : le visuel et la musique.  Durant la durée du festival, nous courions dans tous les sens pour tourner notre défi. Le tout a été projeté au merveilleux Cinéma Palace au dernier jour. Tout le monde a été génial dans l’organisation, et c’était l’occasion de découvrir beaucoup d’artistes. Pourtant il fallait courir tout le temps, être présente pour rendre cohérente l’histoire. C’était très demandant mais ça va valait vraiment la peine ! Le stress, le manque de sommeil et la course n’ont pas permis de vraiment échanger profondément, mais c’est réellement l’occasion de découvrir le paysage belge fertile de notre contrée créative.

Vous qui avez déjà tourné plusieurs clips, Eric Boni et Hessam Loco (SnowVision), comment avez-vous vécu la rapidité d’un tel challenge ?

Eric Boni : C’est comme un marathon. On n’a pas beaucoup de temps pour réfléchir, s’organiser ou se reposer. Il y a un facteur de chance quand on constitue l’équipe, le groupe est tiré d’un chapeau, les acteurs qui sont disponibles, les lieux de tournage et l’organisation en général. Il faut avoir de la chance, être bien organisés et ne pas vouloir faire un projet trop complexe dans un laps de temps si court.

B-Astre, Eric Boni et Hessam Loco en plein tournage devant le canal au niveau du MIMA – Rita Ansone Photograpy

C’est un super challenge pour apprendre à travailler plus rapidement et sous pression. J’ai également eu l’occasion de rencontrer des nouvelles personnes que je n’aurai peut-être pas eu l’occasion de côtoyer ou avec qui travailler. C’est une manière de s’améliorer et de sortir de sa zone de confort.

Qu’est-ce que l’expérience vous a apporté?

Hessam Loco : Ce que que ça m’a apporté avant tout, c’est d’être plus efficace avec des artistes qu’on ne connaît pas encore et de savoir gérer ce temps si court pour en tirer le meilleur ! Et ce n’est pas rien !

Eric Boni : C’était fun de filmer dans les rues de Bruxelles complètement vides, j’avais l’impression qu’on avait le centre-ville à notre disposition. Faire un montage pendant environ 18 heures non-stop pour qu’après Hesam et B-Astre prennent le relais, c’était pas facile. Pas toujours évident non plus de travailler en équipe mais il y a une très grosse satisfaction quand le projet est fini et abouti dans un si petit laps de temps. J’ai réalisé qu’on a eu beaucoup de chance avec ce tournage. Des gens nous ont aidés sans qu’on ne leur demande rien : par exemple le Théatre Vaudeville et tous les acteurs et figurants qu’on voulait. Je suis très reconnaissant de cette chance, qui a fait que tout s’emboîte et que le projet puisse se fructifier si rapidement.

B-Astre, chantant – Rita Ansone Photograpy.

Le tournage du clip de la chanson « Les rues de Bruxelles » n’est pas la seule oeuvre de B-Astre. Bien d’autres sont à découvrir sur son site Soundcloud ! On vous invite à y faire un tour. La culture est au coin de la rue, découvrez-la. Et pour en savoir plus sur l’artiste, il y a sa page Facebook.

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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