Bastien Vivès, Sanlaville et Balak – Lastman, Tome 1

« Adrian Velba est haut comme trois pommes et fort comme une fiotte. Mais il rêve de remporter le grand tournoi annuel organisé par son village afin de rapporter la coupe pleine de pièces d’or à sa jolie mère célibataire. Il a bossé dur toute l’année dans l’école de Maître Jansen pour pouvoir participer aux combats où s’affrontent des challengers de tout poil. Manque de pot, le jour dit, son co-équipier fait défection. La mort dans l’âme, notre petit bonhomme s’apprête à déclarer forfait lorsque survient un personnage hors du commun et tout aussi déterminé à remporter le tournoi. Avec Richard Aldana à ses côtés, Adrian se reprend à espérer… »

Et l’espoir fait vendre. KSTR l’a bien compris qui a donné entière liberté à Balak, Sanlaville et Vivès pour mener à bien un projet ambitieux : un manga à la française dont le rythme de narration et de production est censé tenir en haleine des milliers de lecteur. Pour ce faire, c’est simple. Prenez trois jeunes auteurs dans le vent, copains comme cochons, imbibés de culture manga et débordant d’imagination. Enfermez-les dans un atelier pendant un an. Secouez-les avec la venue d’une actrice porno japonaise. Et le tour est joué. Soit trois tomes de deux cents pages chacun, bouclés en une année de travail acharné.

 

 

 

Car pour rester dans le thème BD façon soleil levant, les auteurs ont tenu à s’infliger le rythme démentiel pratiqué par les dessinateurs de manga. Ils se sont donc fixé vingt planches par semaine, pour un tome par trimestre. S’ils ont tenu le coup pour les deux premiers, le troisième tome leur a donné plus de fil à retordre et a demandé le double du temps. Mais qu’à cela ne tienne, à l’heure (13 mars) où sort le premier tome dans les bacs, Balak, Sanlaville et Vivès peuvent se féliciter d’avoir quelques longueurs d’avance sur le lecteur qui découvre médusé ce mélange explosif d’action à la japonaise et d’humour à la française. Que ceux qui l’ont déjà dévoré en avant-première sur Delitoon se rassurent, donc, l’aventure Lastman ne fait que commencer. La suite c’est déjà emballé c’est pesé. En partie, du moins. Le trio de choc espère bien allonger la sauce et atteindre la douzaine de tomes mais cela dépendra bien entendu de l’accueil réservé par le public.

« Je n’ai jamais autant flippé avant la sortie d’un bouquin », confie un Bastien Vivès pourtant serein. « Si ça se plante, ce que ce sera vraiment de notre faute. On a eu une telle liberté et un tel soutien de l’éditeur qu’on ne pourra s’en prendre qu’à nous si le public ne suit pas. C’est stressant mais en même temps c’est une responsabilité plus saine. », explique l’auteur multitâches rencontré dans les locaux de Casterman. Ce n’est pas qu’il est pendu aux desideratas du public, non, loin de là même. Le dessinateur de 29 ans, encensé et flingué, a déjà prouvé qu’il n’avait cure de flatter ses lecteurs. Passant allègrement de la fiction post-adolescente romantique, aux notes de blog trash ou à la bande-dessinée porno, l’étoile montante du neuvième art garde la même philosophie de création décomplexée : « Je n’ai jamais fait en fonction du public. Je choisis le genre d’histoire et de dessin en fonction de ce que je pense être le plus approprié. Après, je peux me planter. Si les gens n’aiment pas, tant pis. Ce n’est pas ça le plus important. Le seul truc qui m’intéresse, c’est que ce soit lisible. »

Haro sur le dessin pour le dessin. Comme tout bon auteur qui se respecte, Vivès sait que faire de la bande dessinée c’est d’abord raconter une histoire. Aussi, « le beau dessin, c’est l’ennemi n°1. Cela ne sert à rien de passer des heures sur un dessin qui sera peut-être superbe mais qui ne racontera rien. Le dessin doit rester un moyen, pas une fin en soi. » A ce propos, ses notes de blog en sont la démonstration suprême puisque le dessinateur s’y révèle capable de tenir des gags par la seule puissance du dialogue, qu’il maîtrise toujours autant. Pas étonnant qu’avec l’ami Balak, la narration ait été soignée.

Pas étonnant non plus qu’avec l’ami Sanlaville, l’efficacité du dessin ait été peaufinée. Pas de temps mort. Un rythme qui prend à la gorge dès la première case. Les dialogues sont ciselés, voire drôles. Les personnages sont consistants, voire attachants. Bref, le premier tome se boit comme du petit lait, tant l’intrigue est bien pensée. Tout a été chapitré comme un shonen classique, « même si Richard apparaît très vite comme l’élément perturbateur qui va chambouler ce qui semblait être un manga classique » précise Vivès. En effet, si on accepte volontiers que l’histoire se déroule dans un village indéfini à une époque indéfinie qui paraissent cependant plus tenir du bled médiéval qu’autre chose, l’arrivée de Richard avec moto et clopes remet tout en question. Et il faudra sans doute attendre plusieurs tomes pour que les réponses tombent. « C’est ça qui nous plaît », raconte l’enfant terrible de la BD, «on part d’un petit cercle, une maman et son fils, un petit village, puis on agrandit, on agrandit, on monte la sauce au fur et à mesure. Par exemple, Adrian n’a pas de père mais on ne l’explicite pas du tout dans le premier tome. On ne voulait pas tout de suite expliquer pourquoi il vit seul avec sa mère. Non, le lecteur doit le prendre comme ça, puis petit à petit on lâche des indices. Pareil pour Richard. Pour le moment, on ne sait rien de ce type. Mais ça va venir en son temps. » Et d’ajouter : « Ce qui nous intéressait aussi c’était de regarder les événements à travers les yeux d’Adrian, et puis de prendre le temps de poser la relation entre Richard et Marianne. Et on se retrouve avec Plus Belle la Vie (rires) »

Blague à part, le pari semble bien parti. Les plus finauds d’entre vous auront sûrement eu l’occasion de découvrir les premiers épisodes de Lastman sur la plate-forme de Didier Borg, Delitoon. Ils auront certainement souri devant la parodie de making of de la bande-dessinée…s’ils ont compris qu’il s’agissait d’une parodie… Malgré les invraisemblances délirantes servies dans ces quatre épisodes, moult internautes s’y sont déjà laissé prendre. Ceux qui connaissent les trois larrons auront tôt fait de repérer leur humour distillé de ci de là.

Pour les amateurs d’autocollants, la version papier du seul shonen où les baguettes sont en pain en propose, bien que je n’aie toujours pas saisi l’intérêt de les décoller de devant pour les recoller au derrière. En bonus papier, il y a aussi du journal de bord rigolo et puis bien sûr des éditions collector sinon c’est pas drôle. Ah, et dans bientôt sortira également le jeu vidéo Lastman sur lequel bosse encore Khao (et un peu Vivès).

Plus pragmatiquement, le premier tome de la maison Casterman est dans les bacs depuis le 13 mars et ses mensurations sont, suivant le site de la maison d’édition :

Collection : KSTR

Serie : KSTR

Tome : 1

Pages : 204

Prix : 12,50 €

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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