Béatrice Bottet – Les Dieux de l’Olympe

Tout chaud sorti de novembre, Les Dieux de l’Olympe signe le troisième tome de la collection « Docu BD, c’est leur histoire ». Le concept reste le même : cinq chapitres divisés à chaque fois en trois parties : une textuelle à tendance fictionnelle, une bande-dessinée de quatre planches et une documentaire composée d’une double page d’éclairage plus rigoureux, à coups de post-it surlignés et de photos d’œuvres d’art.

Le sujet qui nous intéresse, c’est donc les dieux de l’Olympe, j’ai nommé : Zeus, Héra, Poséidon, Hadès, Aphrodite, Athéna, Apollon, Artémis et le reste de la bande. Avec toutes les histoires dont regorge la mythologie grecque, la commande faite à Bénédicte Bottet et Lucy Mazel (Luky) avait un goût de pain bénit. C’était déjà tellement Dallas dans l’antiquité qu’il y avait largement matière à. Tellement d’ailleurs, qu’il est parfois difficile de voir émerger les légendes de ce mic mac impitoyable d’incestes, d’adultères, de vengeance, d’orgueil, etc.

C’est surtout le cas dans les premières parties, composées de six pages de texte narré par Hermès. Faire du dieu messager le narrateur est en soi une excellente idée, justifiable à tout point de vue. Mais la manière est maladroite. Ainsi, le discours fait souvent fake. On sent trop derrière les efforts de l’ancienne professeure d’histoire pour faire passer la pilule à coups d’apostrophes cools au lecteur. Particulièrement, les interventions des autres dieux dans les contes d’Hermès sont souvent pauvres de sens. Mais surtout, Bottet se contente d’effleurer une zone bien trop dense pour la traiter avec autant de superficialité. Plusieurs fois, le narrateur fait référence à des créatures mythologiques sans plus expliciter le phénomène, se contentant d’effleurer des noms tels que Hécatonchires dont on ne sait pas une seule seconde à quoi ils renvoient.

Ce genre de détour n’est guère aidé par les illustrations, pas toujours des plus pertinentes. Il eût fallu plus de dessins pour représenter le propos, plus d’explications. Au lieu de cela, le flou, le simplisme, l’incomplet. Bottet caresse par trop ses personnages adorés et ne prend pas assez la peine d’expliciter tous les noms extirpés de sa mémoire de professionnelle. Certes, le sujet est complexe et ne manque pas de ramifications. Et le format Docu BD ne laisse pas tellement de place aux développements généalogiques infinis de la mythologie grecque. Mais si déjà, Hermès ne perdait pas tellement de temps – et Bottet de place – en procédés narratifs… … D’autant que ce ne sont pas les deuxièmes parties qui rattrapent l’affaire.

Présentées comme la suite logique du discours d’Hermès, les bandes dessinées sont censées compléter celui-ci. Ainsi aux six pages consacrées à Apollon, sont raccrochées quatre pages de « bande-dessinée », contant un épisode de la vie d’Artémis censé nous mettre bien avec la chasseresse vierge. L’ennui, c’est que pour le coup, la narration se fait désolante, particulièrement dans les planches sur Artémis. Cela ne marche pas. On sent trop l’ambition de raconter beaucoup en peu de cases. Résultat peu concluant. Mal raconté, mal amené, mal représenté, le propos se perd en vaines conjonctures, le récit s’appauvrit. Par contre, nul doute que le dessin moderne de Luky plaira aux plus jeunes, malgré sa tendance à roussifier tous ses personnages, à son image.

Les dernières parties, tendance manuel scolaire, permettent de refaire un petit topo des éléments d’informations balancés épars dans les précédentes parties, mais à nouveau avec un goût de trop peu.

Reste que l’initiative est toujours louable. Tenter d’intéresser la jeunesse à l’histoire ou à la mythologie relève de plus en plus de la gageure. En la matière, bien mieux a déjà été fait, ne fût ce que Rififi sur le Mont Olympe, par la même Béatrice Bottet et qui semble mieux pensé. Ceci dit, les 9-12 y trouveront sans doute leur compte…

Les Dieux de l’Olympe de Béatrice Bottet, paru chez Casterman.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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