Beau Séjour, belle série

La tendance est à la série qui singe sans scrupules True Detective ou Broadchurch. Quand c’est fait avec talent et intelligence ça donne un petit bijou comme Beau Séjour, une série Made in Flanders qui fleure bon le terroir limbourgeois et se laisse dévorer comme un paquet de frites de chez Palma sise place Saint-Josse à Bruxelles, les meilleures.

Kato se réveille un matin à l’hôtel Beau séjour, couverte de sang. Elle n’a aucun souvenir de la nuit passée. Peu à peu, elle découvre que les autres, autour d’elle, à l’exception de quelques-uns, ne sont plus en mesure de la voir ni de l’entendre. La jeune fille, apparemment assassinée dans des conditions mystérieuses, assiste, impuissante, au choc émotionnel traversé par ses proches et tente de résoudre l’énigme de sa propre mort…

Avant d’être reconnue pour son cinéma social incarné par les frères Dardenne, c’est pour un genre différent que la Belgique cinématographique a obtenu une reconnaissance certaine dans les années septante. Avec le cinéaste André Delvaux comme figure de proue et des films tels Un soir, un train  ou L’Homme au crâne rasé, c’est du réalisme magique dont il est ici question. D’une certaine manière, Beau Séjour revendique cette filiation étant donné que ce mouvement artistique cherche à tisser des liens entre les courants opposées du naturalisme et du fantastique.

D’un autre côté, Beau Séjour propose une vision très personnelle de la variable naturaliste de cette équation artistique en ce sens que le cadre naturaliste de cette série est temporellement indistinct.
Géographiquement situé dans un Limbourg marqué par ses usages et son folklore, c’est par ses décors, principalement intérieurs, et ses costumes que la temporalité apparaît comme indéfinie. Ainsi, certains décors et costumes sont résolument contemporains, tandis que d’autres font distinctement partie de l’imagerie des années quatre-vingts. L’association d’une intrigue délicatement fantastique et d’un univers à la fois réaliste et insaisissable, anime cette mini-série de 10 épisodes d’un souffle paranormal particulièrement efficace.

Le scénario exploite merveilleusement les possibilités d’un tel postulat et développe une intrigue solide, soutenue par une galerie de personnages bien développés. Du flic ripoux au père alcoolique en passant par la demi-sœur jalouse et le jeune homme sortant d’un institut psychiatrique, la jeune Kato a bien du mal à démêler le vrai du faux, le mensonge de la vérité, l’évidence de l’incertitude pour découvrir la vérité sur sa mort et aider d’outre-tombe les enquêteurs à faire aboutir l’enquête.
Aussi, les scènes fortes sont légion sans jamais être gratuites ou sensationnalistes. Si Beau Séjour accorde le mot « mérite » au pluriel, c’est grâce à l’accomplissement du subtil  équilibre propre au réalisme magique que la série a, de plus, le mérite de transcender.

Côté casting, il faut être familier du paysage audiovisuel flamand pour reconnaître un visage, si ce n’est celui de Jan Hammenecker, acteur flamand qui n’hésite pas à passer la frontière linguistique et même française pour exprimer son talent. Il a, entre autres, été dirigé par Arnaud Desplechin dans Rois et Reine, Jaco Van Dormael dans Mr Nobody ou encore par Frédéric Fonteyne dans Tango Libre. Habituellement cantonné à des rôles en lien avec sa bonhomie naturelle, Jan Hammenecker trouve avec le personnage sombre et complexe de Marcus, beau-père de Kato, un rôle à la mesure de son talent.
C’est la non moins talentueuse, mais plus tellement adolescente Lynn Van Royen qui interprète le personnage de la jeune Kato. Incarner serait un terme plus approprié, au regard de la prestation cinq étoiles de cette actrice confirmée, aperçue dans De helaasheid der dingen (le titre original de La Merditude des choses est un chef-d’œuvre en soi) et Little Black Spiders, et mère de deux enfants dans le rôle d’une ado de 18 ans.
Le reste du casting est à la hauteur de tout le bien qu’inspire cette série : Kris Cuppens, Johan Van Assche, Joren Seldeslachts, Katrin Lohmann,…
Autant d’acteurs méconnus du côté francophone de la frontière linguistique pour autant de talents qui confirment, si besoin était, l’incroyable vivier d’acteurs qu’est la Flandre.

Forte de son succès autant critique que public, la série pourrait bien connaître une deuxième saison. Pas question heureusement pour les deux créatrices de la série, Kaat Beels et Nathalie Basteyns, de prolonger artificiellement l’intrigue accomplie de cette première saison. Si une deuxième saison doit voir le jour, c’est dans le cadre d’une anthologie télévisée à la façon True Detective (Oh, la belle boucle).

Pour l’heure, la première saison de Beau Séjour est à savourer sans attendre. Et en version originale de préférence, bien entendu.

Disponible sur Netflix et en DVD/Bluray Arte

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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