Béliers, un voyage en Islande

Dans une immense vallée d’Islande, deux hommes élèvent chacun leur troupeau de moutons. Ils vivent sur les mêmes terres, au milieu de nulle part, libérés de tout chahut urbain, absolument seuls entre les montagnes et les prairies sauvages avec pour unique moyen de recouvrer la civilisation un quad et un tracteur. Pas de femmes, pas d’enfants, pas de cousins, pas de parents. Quelques amis et collègues éleveurs ou vétérinaires passent de temps à autre. Leurs moutons et un chien de berger sont leur unique compagnie, le sifflement du vent percutant les collines leur seule musique et leur cheminée seule source de chaleur (bon, nous sommes en 2016 hein, donc les radiateurs existent mais c’est plus charmant le feu de bois !).

Ce drame de Grímur Hákonarson, quasi documentaire (comme ce que ce réalisateur d’à peine 40 ans a fait auparavant), est sorti en Belgique le 9 novembre dernier. Il s’agit de son premier long métrage. Il nous présente en effet aux premiers abords la vie quotidienne des éleveurs mais rentre aussi très vite dans leur vie intime, leur jardin secret, leur faille, et leur talon d’Achille : leurs béliers. Qu’ils soient belges, islandais chinois ou argentins, le métier reste le même partout. Dur. Peut-être pas avec les mêmes climats. Ils vivent chacun dans une petite maison offrant le minimum du confort. Celles-là même se voient enfouies dans de rugueux et longs hivers (moment de la narration).

Les deux hommes semblent appartenir à la même tranche d’âge. Ils sont juste voisins de quelques pas. Pourtant, ils ne se parlent plus depuis quarante ans. Le seul modérateur entre les deux : le chien, qui amène de petits mots. Quelle est leur histoire ? On découvre le mépris que chacun alimente pour l’autre. Pourquoi ? Ce film – que j’ai trouvé en tout et pour tout absolument sublime – arrive à préserver jusqu’au bout notre pleine attention, mêlée de compassion, de tracas intense et d’admiration. Au final, le passé de ces deux hommes importe peu. Le présent, le pardon – apparaissant à la toute fin de l’oeuvre – surprennent de beauté. Qu’importe d’où l’on vient, ce qui compte est où l’on va.

Il est difficile d’écrire sur ce film sans dévoiler son intrigue, car celle-ci est vraiment subtile et intelligemment nourrie. La première chose que je vous conseille est de ne surtout pas lire des résumés de l’oeuvre. Surtout pas. Je suis d’ailleurs heureuse de ne pas avoir lu le communiqué de presse que l’on m’a donné en début de séance ! Je me suis assise, et j’ai voyagé dès les premières images. Le froid, la neige, le vent, les bêtes et la douceur que ces deux bûcherons, barbus, robustes, aux gros pulls et gros bonnets, manifestent pour elles comme si elles étaient leurs enfants. Les photos, cadrage, choix des couleurs et lumières dans ce film attestent d’un œil sensible, fin et qui relate la vie de ces éleveurs avec une grande élégance, une certaine noblesse. Un combat, une lutte, plus que respectables et bien loin de nos réalités citadines. Dire non (car on ne peut simplement pas faire autrement) au Ministère de l’Agriculture, de la Santé ou autre qui imposent ce qu’ils pensent être le meilleur sans même apercevoir une once de l’importance que représentent ces béliers pour l’humain. A la fois un patrimoine islandais, ces béliers sont aussi leur gagne-pain, leur héritage, les traces de leurs descendants.

Rams

Ce film sélectionné au festival de Cannes et à Toronto libère l’esprit, met la larme à l’œil tant l’humain y est dans toute sa véracité crue, sa simplicité, son tel-quel où se révèlent aussi bien égoïsme que solidarité, autant de haine que d’amour. Outre le fait qu’il offre un cadre hors du commun, d’un pays encore fort méconnu et discret sur le plan culturel, il est de ces films lents comme je les aime, poétiques, silencieux et pourtant d’un bruit si fracassant.

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En Belgique depuis deux ans, j'ai travaillé à la Maison de l'Amérique Latine puis à la Jazz Station à Bruxelles. Vous me trouvez surtout dans la rubrique musique. Mon dada? Les musiques trad et électro. J'aime aussi beaucoup le milieu muséal et le septième art. Quand je n'ai pas de la musique dans ma tête, c'est voyage dont je rêve. Je parle fort et suis un peu j'tée, mais si vous me lisez, ça va mieux ! Très malheureusement, l'aventure Culture Remains est bientôt finie pour moi : je pars à Montréal pour un master d'Ethnomusicologie. En attendant, c'est depuis Liège que je profite de mes derniers moments en Begique.

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