Benoît Duteurtre – Service Clientèle

 » Des caisses d’hypermarchés aux péages autoroutiers, des halls d’aéroports aux guichets d’ex-services-publics-privatisés, il fallait continuellement attendre son tour pour se renseigner, attendre son tour pour payer, attendre son tour pour retirer la marchandise, embarquer très en retard sur des vols surchargés, franchir très lentement des kilomètres d’embouteillages. Et si, par malheur, votre cas finissait par échapper aux cases prévues automatiquement, alors commençait le cycle beaucoup plus long des vaines réclamations à un personnel dépassé, lui-même, par la logique aveugle de cette organisation.  » A travers la parabole d’un homme et son téléphone mobile, Benoît Duteurtre pourfend avec humour les travers de notre société occidentale, obsédée par le temps, le profit et la vitesse. Un roman bref, incisif et iconoclaste contre le diktat du  » tout-communication ».

Service clientèle est un roman pamphlétaire plutôt court, c’est le moins qu’on puisse dire. Pamphlétaire car il s’avère que Benoît Duteurtre nous narre – non sans un plaisir certain, nous semble-t-il – les aventures (ou plutôt les mésaventures) d’un rédacteur pris dans les rouages de notre société capitaliste au personnel et aux frais réduits, ou le désarroi du client lorsqu’il voit ses droits qu’il pensait inaliénables quelques peu maltraités, voire un tantinet bafoués

Du sommet de ses 109 pages, le roman se lit vite et ce, malgré le côté parfois pédant du narrateur. Ses déboires sont toutefois, dès le départ, tellement caricaturaux qu’ils nous semblent si pas totalement faux au moins un brin… exagérés. C’est cette exagération qui nous empêche purement et simplement de nous identifier au personnage, restant constamment en dehors de la situation, un sourire aux lèvres, serein, alors qu’on aurait peut-être aimé être nous aussi révoltés, laminés, frustrés et amers.

Non pas que ce soit des sentiments qu’on apprécie tout particulièrement ressentir mais la lecture, surtout lorsqu’elle est fictionnelle, se doit tout de même de nous emmener avec elle à travers une kyrielle d’émotions pour qu’elle ait, selon moi, tout son sens. Sinon, autant se taper un documentaire sur TF1 (quoique, les grandes chaînes offrant de plus en plus de pathos et de sensationnalisme sous couvert de documentaires, qu’on se verrait peut-être plus ému et attristé devant ce genre d’émission qu’en lisant notre roman).

Outre ce sentiment d’indifférence, la fin est pour le moins surprenante. Après avoir bavassé sur l’absence d’efficacité du service clientèle actuel pendant 85 pages, Benoît Duteutre nous serre sur un plateau d’argent l’autre pendant du discours, celui du chef d’entreprise, du responsable du service, de celui qui croit dur comme fer que pour que ce monde continue à s’améliorer et que, pour qu’il puisse offrir le meilleur à ses citoyens, il faut faire des sacrifices. Tels que la réduction du personnel et la diminution de tous les frais possibles et imaginables.

Un retournement de situation qui constitue une baffe tellement déconcertante et saugrenue qu’il nous est impossible, en refermant le livre, d’affirmer avec puissance avoir pleinement compris le message de l’auteur.

Bref, Service clientèle, malgré son incontestable potentiel, m’a personnellement donné l’impression de ne pas vraiment savoir à quel saint se vouer : l’absurde, la satire, l’humour noir ou la parodie. Et, à force d’osciller, force est de constater que le lecteur ne se sent que moyennement concerné.

Tags from the story
Written By

I'm always curious about new things, I love learning and I'm a creative person. That means I need to use my creativity to feel good and happy. That's why I've created Culture Remains and my other website, Naïra.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *