Bernard Lentéric – La nuit des enfants rois

« Ils sont Sept. Pendant des années, ils se sont cherchés sans se trouver, errant comme des âmes en peine. Grâce à Jimbo Farrar, un être doté, tout comme eux, d’une intelligence exceptionnelle, ils vont réaliser leur rêve. Hélas, le bonheur immense des Sept fera bientôt place au cauchemar. Et à ce moment-là, les Sept sortiront de l’ombre et feront régner le chaos. Avec ou sans l’aide de Jimbo.« 

La nuit des enfants rois est un roman du début des années 80 qu’il m’est arrivé de lire vite fait lorsque j’avais quinze ans. Je ne sais même plus si je l’ai lu jusqu’au bout, toujours est-il qu’en me le procurant récemment, je n’en avais que des bribes de souvenir.

Après avoir lu les premières pages, je savais que je dévorerais les autres à une vitesse incroyable. Je n’ai pas eu tort. Très moderne pour l’époque, Lentéric parvient avec un style simple mais efficace à nous immerger totalement dans l’univers de ces adolescents éclatés et de cet homme-enfant, informaticien et surdoué, à la recherche de ses semblables. L’atmosphère est captivante du début à la fin, la terminologie scientifique suffisamment bien vulgarisée pour que nous puissions en saisir les tenants et aboutissants, et le portrait physique et psychologique des personnages fort bien dressé.

La relation est omniprésente autour du personnage central de Jimbo, ce qui rend sans doute l’attache à l’histoire encore plus grande, du moins dans mon cas. Relation entre Jimbo et les Sept, entre Jimbo et sa femme, entre Jimbo et sa patronne (et entre sa femme et sa patronne), entre Jimbo et Fozzy, son ordinateur super sophistiqué qu’il considère comme une version informatisée de lui-même à qui il parle régulièrement. Le héros n’a rien du stéréotype de beauté que l’on retrouve dans la majorité des romans; il mesure plus de deux mètres, n’a que peu de muscles, dispose de tous les attributs du geek informaticien de base (en beaucoup plus intelligent, quand même) mais possède néanmoins une personnalité des plus attachantes.

La question du bien et du mal se pose également ; les personnages ont une vision beaucoup plus large de ces notions, si bien que même dans des situations anodines, on peut se sentir mal à l’aise à la lecture de certains détails. L’auteur ne nous épargne rien : ni les relations de couple atypiques, ni les viols, ni les détournements de mineur, ni le meurtre, quel que soit l’âge des victimes. On ne censure pas la mort de jeunes fillettes, on l’expose avec des balles dans la tête.

Seul regret peut-être, une fin que l’on attend depuis le début avec avidité, mais que l’on nous sert, hélas, bâclée un peu trop brutalement, ce qui nous frustre suffisamment pour éprouver une légère déception mais pas assez pour oublier le génie des pages précédentes.

Une découverte à faire sans plus tarder et, pour les réticents, il est toujours possible de jeter un coup d’œil au film d’animation The Prodigies adapté (assez librement, précisons-le) du roman, qui est loin d’être un chef-d’œuvre mais qui pourrait susciter en vous l’envie de redécouvrir l’histoire, en mille fois mieux.

La nuit des enfants rois, de Bernard Lentéric, chez Le Livre de Poche.

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