LA BIBLE SELON LE CHAT, PHILIPPE GELUCK & DIEU

Dans la lignée de son « essai » contournable Peut-on rire de tout?Philippe Geluck a publié ce 9 octobre La Bible selon Le Chat, soit l’Ancien Testament revisité par son personnage trentenaire sur 96 pages en format italien et en deux livres s’il vous plaît. [Inspiration] En mode vive la liberté d’expression et à bas la religion.

La cible n’est pas nouvelle, Philippe Geluck l’assume pleinement : « La religion tient une place privilégiée dans mon indignation. Je trouve que toutes les religions, qui se disent d’amour, ont généré beaucoup de violence, beaucoup de frustrations, beaucoup d’oppressions. Elles ont participé à l’élaboration des sociétés et se sont très vite retrouvées associées au pouvoir… C’est dommage qu’elles aient contribué à maintenir les gens dans la peur et dans la menace, avec par exemple les promesses de Paradis ou d’Enfer… D’ailleurs, vous avez reçu mes ‘Indulgences exceptionnelles’ avec votre exemplaire ? » Euh, non, point d’indulgences dédicacées. « ‘Tendez, je vais vous en donner alors… C’est à quel nom ? » [Moment dédicace].

Il va falloir dire du bien du bouquin maintenant, étant donné que lesdites indulgences se présentent sous la forme de bons de réduction à présenter au moment du jugement dernier en fonction de « l’ardeur » mise à critiquer ce dix-huitième tome du Chat, étant entendu que pour un papier dithyrambique c’est l’absolution générale, et pour un méchant papier c’est la damnation éternelle. [Expiration]

Pour éviter de rejoindre Klaus Kinski, on rassurera les fans du félin irrévérencieux. Certes, ce dernier tome diverge des précédents par le format et la narration (quoique) mais on y retrouve tout ce qui fait le sel du matou qui sévit (attention, passé simple) dans les pages du Soir pendant trente ans. Il ira de ce bon vieux rire gras qui arrive sans crier gare durant un trajet en tram, obligeant le ricaneur à maquiller sa honte sous un « il est con ! » sonnant et trébuchant. C’est l’effet Geluck. Humour lourd et gros calembours qui réveillent le rire primaire. Ou pas.

Et le fait qu’il se lance dans un récit long ne change en vérité pas grand chose à la donne. Chaque page (ou presque) est issue de la production quotidienne pour l’appliSmartphone du Chat. [« Vous connaissez l’appli du Chat? » « Non? » « ‘Tendez, je vais vous montrer… » « Vous savez qu’en trois ans, 11.000 dessins ont déjà été publiés sur cette appli? »]. La Bible selon Le Chat n’a donc pas été pensée au départ comme un album mais plutôt comme un trip de plus de l’artiste protéiforme qui chaque jour essayait de rebondir sur le dessin de la veille. A force, l’idée s’est imposée de publier le tout comme un récit suivi. Après bénédiction de la maison Casterman, Geluck a fignolé la mécanique, ajouté de l’huile pour que les joints ne grincent pas et empaqueté ses dessins dans une marketing box dont il a le secret, dans le sillage, en prime, de son coup de gueule sur la liberté d’excrétion.

Cela se sent, si on « pay attention ». L’enchaînement n’est pas toujours heureux, à coups de « et«  par trop présents pour pouvoir prétendre à l’effet de style : « Et donc, il se prit le râteau », « Et il fit deux corps lumineux », « Et le cinquième jour, Dieu créa les poissons », « EtDieu qui avait un petit creux », « Et Dieu était bien parti », « Et Dieu créa les oiseaux qui volent dans le ciel », « Et de fut le soir du cinquième jour » et j’en passe…

L’exercice revient finalement à l’apposition de gags du Chat, version longue, à la différence que toutes les aventures inhérentes au récit biblique ont obligé le dessinateur à travailler l’expressivité graphique de son personnage. Dépossédé de son masque impassible, Le Chat prend enfin vie ! Geluck confie avoir travaillé très instinctivement, sautant parfois l’étape du crayonné quand il était pressé. Car, oui, Docteur G. travaille encore sur papier, même si le nettoyage et la couleur se font désormais sur ordinateur. « Le dessin sur papier est vraiment un plaisir pour moi, ça me reste chevillé au corps. C’est une mémoire qui risque de disparaître. Mais moi, je resterai au papier. J’aime trop ça ! », s’exclame cet artiste qui a su dès le début s’aménager la liberté de ne faire que ce qui lui plaît, chose assez rare pour être mentionnée.

En résumé, si on aime Le Chat, on aimera sa bible. Sinon, on n’achète pas.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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