Birdman s’envole vers les sommets !

A l’heure où même l’animation s’inspire de l’univers des super-héros (Les Nouveaux Héros, nouvelle animation Disney, en salles depuis le 11 février), Alejandro González Iñárritu réalise avec Birdman une critique osée d’un genre, qui n’a jamais été autant à la mode que ces derniers temps…

Après Amours Chiennes (Grand Prix de la semaine de la critique à Cannes en 2000), Babel (Prix de la mise en scène à Cannes en 2007), 21 Grammes ou Biutiful (Prix d’interprétation masculine pour Javier Bardem à Cannes en 2010), le cinéaste mexicain surprend encore et toujours, et vient de remporter deux Golden Globes (Meilleur acteur et meilleur scénario) pour ce nouveau film sorti le 28 janvier. Portrait acide de l’industrie du spectacle et critique d’Hollywood, l’un des grands favoris avec 9 nominations, sortira t-il vainqueur des prochains Oscars qui auront lieu le 22 février?

A l’heure où les suites, prequels et autres reboots hollywoodiens inondent les écrans du monde entier et trustent chaque année le box office international, Inãrritu dénonce ces films qu’il considère comme « un génocide culturel contre la créativité » ,  » des films conservateurs , sans philosophie aucune, mettant en scène des personnages riches, puissants, qui font le bien et tuent les méchants … ».

L’efficacité du film réside en particulier sur son casting qui épouse son propos. On y retrouve Michael Keaton (trop rare) dans le rôle principal qui incarne Riggan Thomson, un acteur has been qui rêve de retrouver sa gloire passée.

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Après avoir incarné pendant des années au cinéma le super héros ailé Birdman (et après avoir refusé Birdman 4, il y a 20 ans) Thomson, ancienne star internationale, va tenter de retrouver le succès en adaptant une pièce à Broadway. Mais le rideau va t-il s’ouvrir ?

Au dessus du super héros fictif créé par Iñárritu, il n’aura échappé à personne que plane l’ombre de Batman, l’homme chauve-souris. Le choix de Keaton appuie avec justesse le propos du film et les références à la vraie carrière de l’acteur.
Devenu célèbre dans les années 80, dans le rôle de Batman de Tim Burton, puis retombé dans l’anonymat après quelques piètres comédies, le film s’amuse ainsi à convoquer les clins d’œil en la présence de l’acteur américain qui aussi l’un des grands favoris aux Oscars pour son rôle à la fois brillant et puissant, surprenant et décalé.

A travers cette frénétique course au succès, où l’imaginaire se dispute au réel, d’un homme habité par ses doutes et ses démons, influencé et tiraillé par son alter-ego héroïque et ailé qui refuse de mourir (telle une mauvaise conscience la voix-off de Birdman est omniprésente tout le long du film) Inãrritu nous questionne sur l’art et l’acteur et pose la question : qu’est-ce que l’art véritable?

Le propos du film tient en une phrase, celle qu’adresse à Riggan Thomson, l’une des critiques théâtrales les plus influentes aux USA, à l’issue de la 1ère représentation de What We Talk About When We Talk About Love adaptée de Raymond Carver:

« vous n’êtes pas un acteur mais une célébrité ! ».

À laquelle, Thomson pourrait répondre en citant Flaubert:

« on fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut être soldat « .

Vous l’aurez compris, Inàrritu (qui a fait des études de théâtre et suivi des cours sur la direction d’acteurs) signe ici une satire savoureuse à l’humour noir sur les acteurs hollywoodiens, les effets dévastateurs du show business et comment la célébrité peut créer des dommages collatéraux sur la santé mentale lorsque l’unique obsession est le succès et la gloire.

Entre illusions et déceptions, ambitions et réalité, narcissisme et vanité, Iñárritu parvient de manière magistrale (en parallèle avec l’oeuvre de Raymond Carver jouée sur scène) à nous faire pénétrer dans les coulisses d’un des plus célèbres théâtres de Broadway, le Saint James Theater.

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Sa mise en scène captivante et habile, virevoltante et inventive (grâce à un unique et impressionnant plan-séquence de quasi 2h) suit l’action non-stop dans les méandres du théâtre (au coeur de l’âme) comme si tout se passait en temps réel.
Jamais encore au cinéma on avait franchit de la sorte, la barrière entre les coulisses et les loges, la scène et le public. Et ici, le fond épouse toujours la forme : la performance technique loin d’être gratuite sert la fiction même lorsque Iñárritu use d’effets spéciaux : Thomson / Birdman survole la ville de New York, remet un cadre ou referme une porte à distance ou que le film bascule sous les explosifs.

Bien plus qu’une critique des films de super héros, culture du divertissement, Birdman offre de manière plus large une satire du milieu du spectacle, une critique de l’acteur, de ses failles, fragilités et ses faiblesses, de son égocentrisme mêlée à sa mégalomanie et sa quête insatisfaite d’être admiré.
Birdman, retenez bien ce film car voici d’ores et déjà l’un des meilleurs films de ce que sera 2015. Il réunit un casting haut de gamme : Emma Stone, teenager borderline, Naomi Watts, actrice fragile, Edward Norton, « en pleine forme » et un Keaton qui va s’envoler à nouveau vers les sommets!

Sortie le 28 janvier.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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