Blue Jasmine

Va-et-vient entre décadence et réalité abstraite du monde, Blue Jasmine, nouvel essai cinématographique de Woody Allen, tend à rendre une critique acerbe et humoristique d’une société encline à un dualisme : la richesse contre la pauvreté — entendre la réussite contre l’échec.

Sans réelle surprise, le modus operandi du réalisateur est identique à ce qu’il nous habitue à voir ; là où réside l’intérêt du film, c’est en l’exactitude du regard porté sur l’ambition et l’amour-propre de deux sœurs positionnées aux antipodes de leur relation familiale, en marge de la réalité du monde. Réussir ou mourir ? Il semblerait que se perdre dans un spleen contemporain soit la solution à cet incessant rappel à l’ordre imposé par l’appétence ; les prémices d’une douce folie se mettent en branle.

Une insatiabilité qui se retrouve, pour l’une, en l’expression d’une sexualité désabusée et pour l’autre en un besoin de richesse et de reconnaissance. La pauvreté comme synonyme d’échec social ou comme représentant de l’imbécillité humaine ; la fortune comme témoin du bon goût ; autant d’observations qui correspondent à la doxa, à cet ensemble de préjugés populaires que décortique le réalisateur au gré du film. Blue Moon en ellipse musicale, comme un rappel à l’ordre, un électrochoc que subit Jasmine tout au long du récit. De la bande son à la fragilité du jeu d’acteur, tout est en nuances. 

Les sentiments et les expressions foisonnent. Allen n’hésite pas à faire des dialogues une synthèse entre l’ironie, l’humour et la condescendance. Par la forme cyclique du montage, on prend part aux éléments qui peu ou prou ont mené Jasmine à la peur du temps. Fuyant le passé et mal à l’aise dans le présent, c’est en l’espoir d’un futur ambitieux que cette dernière trouve refuge.

Une comédie contemporaine à ne pas manquer.

Anthony De Spiegeler

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