Brabançonne? Pas de quoi fanfaronner!

Voilà sans doute le film belge événement de cette année. Avec un budget de plus de 3 millions d’euros, Brabançonne se donne l’ambition de réunir Wallons et Flamands autour d’un film musical, une première en Belgique! Non, mieux que ça, la première comédie musicale filmée jamais produite en ce plat pays. Plutôt réjouissant… au premier abord.

brabançonne1-1200x710

On a dû les prendre pour des fous, les Vincent Bal, Peter Bouckaert et autres Pierre de Clerck (respectivement réalisateur, producteur et scénariste) quand, dans le climat actuel (pour le moins tendu), ils ont proposé un film bilingue rassemblant autant de Wallons que de Flamands autour d’une histoire de querelle de clochers ou plutôt de fanfares. Brabançonne conte ainsi l’histoire de deux petits villages de part et d’autre de la frontière linguistique, Staaikerke et Vierlemont qui s’opposent par fanfares interposées, via l’Harmonie Royale Sint-Cecilia et l’Harmonie En avant F.O.C. (Fanfare ouvrière combattante), afin de savoir qui représentera la Belgique au concours du Meilleur Orchestre de la Communauté Européenne. Et alors qu’En Avant possède en ces rangs un formidable trompettiste soliste en la personne d’Hugues (Arthur Dupont), Sint-Cecilia fait s’époumoner son soliste pour être à la hauteur. Au prix d’un effort démesuré, l’harmonie de Staaikerke se hisse en finale, ex-æquo avec En Avant, les deux sont donc qualifiés pour représenter la Belgique. Problème pourtant, s’étouffant au son de la trompette de la renommée, Willy, le soliste et réel artisan de cette victoire de Sint-Cecilia, pousse son dernier souffle. Sans soliste, comment l’harmonie flamande va-t-elle pouvoir rivaliser avec l’ennemi de toujours, francophone et talentueux comme jamais? À moins d’un miracle, les Flamands feront pâle figure face à En avant. Mais c’est sans compter les dissensions entre Hugues et son frère, également chef d’orchestre de Vierlemont. Et le trompettiste qui se rêve grand jazzman, de franchir le Rubicond pour rejoindre l’ennemi, aussi harmonieux soit-il, et tomber amoureux de la fille de l’autre chef d’orchestre.

63134-setbezoek-verfilming-brabanconne-993984

Réjouissante comédie musicale que ce Brabançonne, frais, très ambitieux et énergique. Les gags fonctionnent bien, les dialogues valsent entre français et néerlandais et sont cohérents. Et si l’attrait principal est de voir les personnages déambuler dans cette première comédie musicale à la belge, le film se défend bien de bout en bout, sans lasser, et est sérieusement rythmé par une musique au final très jazzy. Avec des acteurs qui poussent plutôt bien la chansonnette et dont certains crèvent l’écran (Arthur Dupont est vraiment très bien dans son rôle de jeune prodige suffisant et macho qui tombe en émoi devant la tout aussi pétillante Amaryllis Uitterlinden, Philippe Résimont ou l’excellent et très soucieux Tom Audenaert). L’occasion aussi d’avoir un beau panorama d’acteurs qui ne sont pas parmi les plus populaires en Wallonie mais ont vraiment beaucoup de talent (quel réservoir d’acteurs formidable la Flandre possède!). Et si quelques chansons  sont quelquefois fort courtes (un couplet, un refrain), elles ont le mérite de ne pas en faire de trop, occasionnant même quelques scènes mémorables (un Ça plane pour moi revu et corrigé par Arthur Dupont…) et de voltigeuses chorégraphies. Pari réussi qui plaira autant aux hommes, malgré ses dehors de comédie romantique, qu’aux femmes, donc…

b2_1

… et pourtant, si la forme se montre impeccable, le fond ne suit malheureusement pas. La faute à un contrat pas vraiment respecté du côté de la formule « 50% wallon, 50% flamand, 100% belge ». Ainsi, 80% du film se passe finalement du côté flamand et, pire, le film n’évite pas les clichés, que du contraire: les Flamands véhiculent pas mal de blagues vaseuses sur les préjugés qu’ils ont des Wallons auxquels finalement les Francophones ne répondent jamais. Mieux, alors que pas mal de personnages de Sint-Cecilia font ce qu’ils peuvent pour être bilingues et parler français (et même le chanter), aucun, je dis bien aucun (si ce n’est 3 mots bredouillés par Arthur Dupont, le Français de l’histoire), personnage francophone ne parle un mot de néerlandais! Interpellant quand on sait les débats actuels. Enfin, lors d’un final plus que poussif, les deux harmonies se rejoignent et poussent la chansonnette ensemble, comme si les deux hémisphères du pays ne pouvaient s’entendre et se rejoindre que dans la défaite.

Est-ce voulu et affirmé? Non, mais cela résulte sans doute de maladresse d’un film peut-être trop flamand (tant au niveau de la production que du scénario) malgré son identité prônée comme belgo-belge. Le film aurait sans doute gagné à être affiné dans une double-réalisation autant flamande que wallonne. Car, là, le pari réussi de la comédie musicale est rattrapé par celui, raté, de la multiculturalité belge.  Et au lieu d’être salvateur, le film de Vincent Bal reste au stade de gentille comédie, à condition de ne pas trop y regarder. On en espérait beaucoup mieux, et ce malgré les éclats de rire qu’il nourrit, ce film rate sa tentative de mettre publics wallon comme flamand dans la même poche. Car le comble de cette Brabançonne est de manquer cruellement d’… harmonie. Ce qui nous empêchera de fanfaronner.

02-800x423

Brabançonne, un film de Vincent Bal avec Amaryllis Uitterlinden, Arthur Dupont, Jos Verbist, Tom Audenaert, Marc Peeters, Koen Van Impe, Kasper Vandenberghe, Rilke Eyckermans, Erika Sainte, Marc Weiss, Ivan Pecnik, Fabrice Boutique…

Written By

Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *