BRNS comme un fruit du hasard fameux et grandiose

Leur premier album Patine est sorti vendredi. Pourtant, des quatre talentueux gars de BRNS, on en parle depuis des mois, si pas des années. Le groupe pop rock belge explose littéralement et dépasse les belles promesses qu’ils nous avaient laissé entrevoir. Rencontre, entre bonbons et une plaisanterie sur le boucher de Floreffe (qu’ils verraient bien dans un de leurs clips), avec Antoine, César, Diego et Timothée.

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Mon premier contact avec vous a eu lieu à Namur, au Verdur’Rock. Ce jour-là, j’ai raté votre concert pour le concours tremplin. Pourtant, la ferveur était telle que je me suis dit que quelque chose se passait. 3-4 ans après, premier album (après un long 7-titres) qu’est-ce qu’il s’est passé entretemps?

Diego Leyder: Eh bien pas grand chose…

César Laloux: C’est marrant ce que tu dis, parce que je n’étais pas encore dans le groupe au moment du Verdur’. Et je les ai vus aussi. Le groupe s’est pas mal développé depuis. Il y a eu Wounded, le premier mini-album. On a fait quasiment 200 concerts depuis, en jouant quasiment partout en Europe. En Russie.

C’est incroyable quand même, vous sortez votre premier « vrai » album et il y a déjà un engouement absolument fantastique. Les Inrocks ne parlent quasiment plus que de vous. Qu’est-ce que vous ressentez? Il y a des peurs, des craintes de décevoir?

Timothée Philippe: On se demande comment l’album va être reçu, c’est sûr. Mais il n’y a pas dedans le nouveau Mexico. On va probablement perdre une partie de notre public, pour en gagner une autre part. Mais c’est vrai qu’on a une très bonne presse en général. Les Inrocks sont très sympathiques à notre égard et ils ont eu l’exclusivité du dernier clip de cet album.

Antoine Meersseman: On n’a pas spécialement de pression particulière, à fond la caisse. On fait ce qu’on aime bien. Si ça devait décevoir, c’est le jeu. On fait ce qu’on aime et on ne va pas se dire « on fait un maximum de pognon avec cet album-là. Si ça marche tant mieux, si ça marche moins bien, tant pis. Mais, en tout cas, on ne changera rien.

Pourquoi « perdre une partie du public », j’ai quand même l’impression que vous restez dans la lignée de ce que vous avez proposé jusqu’à maintenant, non?

Timothée Philippe: Non je ne sais pas, mais on propose quelque chose de sans doute moins direct. Il y a peut-être des gens qui s’y retrouveront moins, c’est le jeu du rock.

C’est vrai que c’est fort progressif, je l’ai écouté en boucle. Et quand on découvre un artiste émergent, on a tendance à le relier à d’autres artistes confirmés, ça ressemble à ça et à ça… Ici, on a l’impression de la pureté d’un style à part entière avec une singularité. 

Antoine Meersseman: C’est un peu le fruit du hasard, sans calcul. On n’a pas eu l’envie de ressembler à des choses qu’on connaissait déjà. On a pris ce qu’on avait sous la main, comme instruments, original ou pas. Et on a réuni tout ce qu’on pouvait placer comme sons dans notre environnement. Et ça a donné ce que le groupe est maintenant, aussi fruit d’un concours de circonstances: on récupère tel truc, on va faire un petit arrangement comme-ci. Mais, en aucun cas, nous ne nous sommes réunis et nous sommes dits, on va faire un groupe comme ça avec deux synthés et être comme ça sur scène. Ça s’est construit à tâtons et aujourd’hui, on décide de garder ce son-là. C’est marrant et ce fut une découverte pour nous aussi! Plutôt qu’une espèce de vision.

Au niveau de cet album, vous vous attendiez à ce résultat-là? Ou ça s’est créé progressivement aussi?

Diego Leyder: Entre les moments sans concerts, on a toujours continué à créer et composer, on s’était dit qu’un jour, une partie de toutes ces chansons allaient se retrouver sur un disque. Mais on avait deux, trois directions dans lesquelles aller: on voulait du puissant, que ce soit un peu aéré, tout en étant lié, plus construit, moins haché, moins brouillé et hypercompressé, pas à fond tout le temps. Mais au-delà de ces quelques lignes, ça va de vingt secondes en vingt secondes, on trouve un truc bien, on voit ce qu’on peut faire après. On fonctionne par essais-erreurs, on tâtonne. Il n’y a pas de ligne directrice, on s’est juste dit on va continuer à faire des morceaux, on verra.

Patine, le titre de votre album, qu’est ce que ça évoque?

César Laloux: En fait, on a fait l’album sans en trouver le titre. On a envoyé les morceaux à un ami, Boris Görtz, qui est graphiste. On lui a demandé de réfléchir à une pochette. Il nous a proposé de réaliser une maquette métallique et d’y mettre différents produits pour que le métal s’use et d’en faire des photos. La musique l’y faisait penser.

Timothée Philippe: Toutes ces couches de matériaux travaillées de manières différentes ça fait penser à la patine.

Diego Leyder: C’est l’usure et la couleur que prennent différents matériaux. L’altération du matériau de base. En voyant le travail de Boris, nous avons choisi ce nom qui fait référence aussi à la musique: le temps qui passe, les couleurs, les couches.

C’est vrai que quand on écoute l’album, chez certains ça aurait pu faire fouilli, partir dans tous les sens tant la richesse instrumentale est fort présente. Ici, c’est collégial, tout se met bien ensemble, sans rien de trop. Ce sont ces couches-là qui donnent ce goût patiné?

Diego Leyder: C’est vrai qu’il y a ce côté où plusieurs éléments distincts et simples s’associent, s’imbriquent pour donner un résultat  plus complexe. Mais pour le mieux.

Des influences?

Antoine Meersseman: Pop et indie pop dans leurs sens les plus larges, du jazz, du hip hop, on se retrouve sur certains groupes mais chacun écoute des trucs très différents.

Tantôt je disais ne pas arriver à vous trouver d’influences, mais l’inverse n’est pas vrai: il y a déjà des groupes qui se revendiquent un peu de BRNS, ou en tout cas on y trouve votre influence. Marrant quand on sait que ça ne fait que quatre ans que vous jouez.

Timothée Philippe: C’est vrai qu’on a un pote namurois, sélectionneur pour le Verdur’Rock qui nous a dit que des groupes mettaient dans leurs influences BRNS. C’est marrant.

Diego Leyder: C’est flatteur.

Antoine Meersseman: On a déjà notre progéniture.

Vous avez parcouru pas mal de kilomètres, non? Pour vos clips, vos concerts (Moscou notamment). C’est dingue! Est-ce que ça forge aussi un groupe?

César Laloux: C’est vrai qu’on est souvent ensemble, la moitié de l’année. On  était déjà potes avant.

Timothée Philippe: On a bien de la chance de bien s’entendre. C’est cool, on touche à plein d’aspects du projet, on a beaucoup de discussions. On s’échange des idées, du son dans le van…

César Laloux: … nos femmes aussi… (rire général)

Timothée Philippe: Mais j’ai l’impression qu’on a un groupe vraiment sain.

Le premier cd, Wounded, avait été composé à 2-3, ici à quatre, chacun a apporté sa touche?

Diego Leyder: Ici, il y a plus eu un travail de groupe sur l’ensemble du disque. À la base, BRNS c’était vraiment Tim et Antoine, moi je les ai rejoints après quelques mois: les bonnes parties et le bon squelette de Wounded étaient déjà en place. Et puis, je me suis rajouté, on a continué à trois. Sur ce nouvel album, on est parti quelques semaines au vert, à Bioul (ndlr. village d’origine de César) pour composer plus à quatre, même si certains ont eu des idées indépendamment, dans le calme. Il y a plus de trucs qui naissent d’improvisation collective.

Je lisais dans votre biographie « On ne cherche pas à faire des chansons à textes, ni à rimes ». Par contre, vous faites des chansons à images, vu vos clips, il y a des images, des histoires à chaque fois. Un besoin d’illustrer vos chansons?

Antoine Meersseman: C’est un peu le fruit du hasard, il y a rarement des clips abstraits, c’est souvent assez romancé. À chaque fois, on a laissé quartier libre aux réalisateurs, qu’il se lâchent et y aillent franco. On ne donnait pas de direction à prendre, et malgré notre droit de regard, on donnait facilement notre aval. C’est vrai que tous sont allés vers des trucs de fiction. Alors, oui forcément, notre musique doit évoquer ce genre d’images chez les gens. Après, on est mal placé pour pouvoir y répondre. On connaît trop bien les morceaux pour qu’ils nous fassent rêver. On voit trop les caisses de nos guitares quand on entend notre chanson que pour voir ces terres isolées, ces lieux américains qui sont le décor de notre clip.

Diego Leyder: Mais peut-être que nos chansons ont quelque chose de narratif dans leurs parties, plusieurs émotions, des harmonies. Peut-être que ça fait voyager l’esprit.

Au tout début, il y avait ce bonhomme à la tête bleue qui était votre logo. C’est fini, on n’identifiera plus BRNS à ça?

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Diego Leyder: Ah oui, j’avais oublié, c’est super vieux ça!

Timothée Philippe: Ca ça a duré un an, c’était notre photo de presse, l’artwork, du premier 45 tours, des 3 premiers morceaux sortis sur internet. On avait fait avec nos mimines les premiers cd’s promos. Très jolis. Et un pote à nous a fait ce logo. Mais ça fait vraiment partie de  notre histoire.

Diego Leyder: On ne l’a plus utilisé. Mais c’est vrai qu’au début, on ne voulait pas avoir une photo de presse qui était une photo de nous. On utilisait donc cette image-là et une image de nous complètement retravaillée. On ne nous reconnaissait pas.

Timothée Philippe: C’était un vrai dessin, inspiré d’une photo où on étranglait Diego (rire).

Il y a quand même ce mystère qui est resté. Là dans vos débuts, maintenant dans votre musique. On peut écouter cet album 36 fois, j’ai l’impression qu’on tombera toujours sur quelque chose qu’on n’avait pas entendu la fois précédente.

Diego Leyder: Il y a un peu cette idée de faire un truc accessible dès le début pour l’écouter une première fois et, je l’espère, l’aimer. Et après découvrir d’autres petites choses.

Timothée Philippe: C’est peut-être aussi un album à écouter en plusieurs temps car il est fort long, on me l’a déjà dit: « Il est cool mais il est long! » Il faut prendre le temps.

Cool mais long, mais quand un artiste sort un album de 25-30 minutes, c’est une impression de vol!

Timothée Philippe: Moi aussi! C’est vrai qu’il y a quelque chose qui s’est perdu dans les nineties. Avant, 50 minutes-1 heure, ça ne posait de problème à personne. après, c’est devenu plus court.

À certains moments, les plages musicales submergent une voix qui s’efface. Important de laisser parler la musique seule? D’ailleurs, je crois que vous considérer la voix comme une sorte de musique, non?

Timothée Philippe: Parfois, il n’y a pas besoin de voix pour porter la mélodie. par exemple, la fin de Void, quand la basse prend la portée de la mélodie, on aime bien.

Et les choeurs, fort présents partout dans l’album et sans appel à des choristes extérieurs?

Antoine Meersseman: En fait, sur l’album, les choeurs c’est Tim qui les a faits.

Diego Leyder: Il y a deux-trois prises où on est tous ensemble, deux voix ou trois qu’Antoine a faites.

Timothée Philippe: On trouvait plus ça sur Wounded, en fait. On aime bien le coté frontal des voix. Mais sur le nouvel album y’a moins ça. Avant sur Our Lights, on gueulait tous ensemble pour envoyer un bon steak. Sur My head is into you, on chante ensemble et ça monte, ça monte, on aime bien ça!

César Laloux: Ca fait aussi partie de l’esthétique du groupe.

Timothée Philippe: On aime les harmonies vocales.

Un certain sens des percussions aussi, des placements qui font vraiment votre identité. On vous identifie par chaque instrument différencié, puis par l’ensemble. C’est assez remarquable.

Timothée Philippe: Depuis le tout début du groupe, on se sert de petits instruments insolites, des cloches, un xylo à moitié faux. On aime ce petit côté exotique pour vraiment élaborer le son.

Une chose est sûre, BRNS a élaboré un album sublime, à nul autre pareil qui risque d’aller très très loin tant il explore et explose les codes de la pop classique. Frontal et inspiré, Patine est un premier chef-d’oeuvre.

BRNS sera en concert le 4 décembre à l’Eden de Charleroi, le 18 décembre au Stuk de Leuven et le 10 janvier à la Maison de la Culture de Namur dans le cadre de Panama goes to MCN. Ainsi que de nombreuses dates en France.

L’album Patine est sorti le 10 octobre, chez Pias

Pour plus d’infos sur le groupe BRNS, consultez leur site.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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