BRUSSELS PHILHARMONIC – FLAGEY

On vous en parlait au travers de différents articles (ici , ici  ou encore ici ), et cela se confirme : le Studio 4 de Flagey est devenu aujourd’hui un des lieux incontournables en Belgique pour ceux qui aiment la musique classique. Les plus grands y passent ou vont y passer et il serait dommage de ne pas s’arrêter le temps d’une représentation au cœur de cet endroit magnifique à la sonorité irréprochable du centre bruxellois.

Ce samedi 14 décembre 2013, le Brussels Philharmonic nous a ramené dans le Paris des années folles à Flagey ! Le poète surréaliste Jean Cocteau et ses amis Francis Poulenc et Arthur Honegger, membres du « Groupe des Six », avaient pour coutume de se rassembler  chaque samedi soir au restaurant « Le bœuf sur le toit », rendez-vous incontournable de l’avant-garde musicale parisienne, où se côtoyaient tous les intellectuels de l’époque. Là s’échangent les dernières nouveautés et théories musicales.

En réaction à la musique atmosphérique allemande et debussyenne, les samedistes prônent le retour à la mélodie (au « dessin », dit Cocteau), à une musique simple, « de tous les jours ». On s’inspire du music-hall, du cirque, du jazz (« les orchestres américains de nègres », comme le Concerto de Ravel le laisse transparaître) que les cabarets montmartrois avaient mis à la mode. Ces modèles infléchissent l’écriture vers la simplicité, l’efficacité, la dissonance, l’ellipse : « Ici, pas de scrupules, on saute les marches ». C’est « une musique à l’image de la vie et non le reflet de poétiques surannées ou de conventions périmées » dira Cocteau. Ces « musiciens sérieux » acceptent ainsi de se mettre au service du cinéma, encore muet, tout comme le Philharmonic aujourd’hui, bien connu pour ses collaborations avec le 7ème Art, notamment sur « The Artist ».

A la poursuite de cet esprit « Années Folles du Groupe des Six», c’est un samedi soir que le Brussels Philharmonic accueille le très talentueux directeur musical du Nashville Symphony Orchestra, Giancarlo Guerrero. Réputé pour son énergie, sa créativité d’interprétation et sa vision moderne de la musique, le chef d’orchestre va mener avec maestria trois morceaux emblématiques de cette époque et de cette école française :

  • Francis Poulenc : Les Biches
  • Maurice Ravel : Concerto pour piano en sol majeur
  • Arthur Honegger : Symphonie no. 3 ‘Liturgique’

“Les Biches” de Poulenc, écrit pour les célèbres Ballets russes de Diaghilev, lui valent une reconnaissance internationale immédiate en 1924. Sensuelle, l’interprétation a comme des airs de bande originale de film à mes oreilles, et on reconnaît bien le savoir-faire du Brussels Philharmonic, internationalement réputé en ce qui concerne l’interprétation de musiques de film.

S’ensuit le Concerto pour Piano en sol majeur de Maurice Ravel et, cerise sur la cerise du gâteau, c’est encore une personne incontournable de l’école française de piano à laquelle nous avons droit pour accompagner le chef et son orchestre, Eric Le Sage. Invité des plus prestigieuses salles de concert à travers le monde, récompensé de nombreux prix depuis son plus jeune âge, le pianiste d’Aix en Provence nous a donné ce soir une prestation digne des plus grands. Sans partition mais avec une maîtrise technique et émotionnelle parfaite, Eric Le Sage semblait vivre pleinement ce moment de partage entre lui, son instrument et l’orchestre, nous faisant ressentir toutes les nuances de ce concerto de 1930, dernière œuvre de Maurice Ravel laissant déjà présager la montée en puissance du jazz, alors à la pointe de l’avant-garde de la scène musicale.

Enfin, faisant un bond dans l’histoire d’une vingtaine d’années, le Brussels Philharmonic Orchestra nous propose de clôturer la soirée sur la Symphonie no. 3 ou Symphonie liturgique d’Honegger, datée de 1945. Faisant suite à l’euphorie des années 30, la barbarie de la Seconde Guerre mondiale n’en est que plus violente et cruelle. Seule des cinq symphonies de Honegger à comporter un programme explicite d’un point de vue philosophique, le compositeur déclarera : «J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège … J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin ». D’un style totalement opposé aux deux interprétations précédentes, la troisième symphonie se singularise par la richesse de ses nuances; tantôt teintée de lyrisme, empreinte de calme et de douceur, tantôt noire et menaçante, s’achevant sur un final tonitruant, suivi par un retour au calme progressif, jusqu’au silence parfait, laissant la salle émerveillée, courte accalmie tant les applaudissements se feront longs et généreux.

Encore une fois, Flagey nous a offert ce que l’on peut trouver de mieux sur la scène internationale de la musique classique, et je ne doute pas que de tels rendez-vous immanquables rempliront cette nouvelle année à venir. A commencer par la venue prochaine du célèbre violoncelliste Pieter Wispelwey, de passage à Flagey le 25 janvier 2014 pour interpréter l’intégrale des suites pour violoncelle de Bach.

Inutile de dire que 2014 commence déjà très fort pour les amoureux de musique classique à Flagey et que nous ne manquerons pas de vous faire part de ces prochains rendez-vous exceptionnels. 

Plus d’informations sur Flagey.

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Directeur artistique en publicité, trop occupé à faire la publicité des autres pour en faire la sienne ici.

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