Brux…sel (et poivre)

 Culture et Compagnie n’a pas l’habitude de parler politique. A notre sens, la culture n’a ni couleur ni identité linguistique. La culture n’est que paix et amour… Hum, je m’emporte. Disons simplement que la culture a beau être plurielle et très hétérogène, elle n’en est pas moins universelle et devrait, d’ailleurs, idéalement réunir les gens, les peuples, les nations.

C’est justement à quoi nous voulions arriver : la nation. Notre Nation. Vous savez, la si belle « Belgique ». Pays officiellement trilingue aux trois communautés qui jamais ne se mélangent – ou presque. Que la langue soit une barrière, je n’en disconviens pas. Qu’elle soit une frontière, j’en doute fortement. Comment expliquer alors, par exemple, la rapidité à laquelle les idées et inventions se sont propagées au fil des siècles ? L’imprimerie, la réforme, les lumières, l’informatique, … Toutes firent fi des difficultés linguistiques. Alors, pourquoi pas nous?

La vérité c’est que nous sommes cloisonnés, cantonnés dans notre communauté linguistique, sans nous en rendre compte. Cette constatation m’a d’autant plus heurtée que je ne m’en étais moi-même jamais rendu compte auparavant. Avant quoi, me demanderez-vous ? Avant ces puérilités politiques qu’on nous a infligées, bien sûr, BHV et compagnie, mais aussi avant d’avoir des contacts quotidiens avec des membres de la communauté flamande et de me rendre compte qu’il nous était très difficile de partager notre « belgicultude », à moins de toucher à un sujet international ou utilisant une langue tierce. Incroyable, non ?

Perturbée et quelque peu désolée, je me suis demandé comment faire pour nous rapprocher… Des événements nationaux, bien sûr, il y en a, mais rien qui nous confronte à « l’autre ». Les pièces de théâtre « sous-titrées » dans la deuxième langue nationale ? Une initiative plus que louable mais est-ce suffisant ?

La réponse est évidemment non. Les barrières devraient (au moins à Bruxelles, dirons-nous) être abolies dès… l’école. Et c’est en me renseignant sur les possibilités linguistiques scolaires à Bruxelles que je suis tombée sur ce texte à mon sens plutôt… sidérant.

« Une très large majorité de familles bruxelloises* souhaite un enseignement bilingue à Bruxelles, seule Région dont le statut bilingue est inscrit dans la Constitution, où de nombreux emplois exigent la connaissance du français et du néerlandais.

Cela est INTERDIT par la Constitution et les lois spéciales sur l’emploi des langues. D’une part, il est interdit à la Région de s’occuper d’enseignement : ce sont la Communauté française et la Communauté flamande, exclusivement et en toute ignorance l’une de l’autre, qui en ont la compétence. Mais, d’autre part, il est INTERDIT aux Communautés de créer un réel réseau bilingue d’enseignement à Bruxelles**. Tout au plus les Communautés peuvent-elles proposer, dans un cadre soit francophone, soit néerlandophone selon le cas, d’organiser un enseignement avec immersion linguistique dans l’autre langue. Concrètement, les Communautés n’ont pas voulu dans ce cadre étroit répondre à la demande des familles bruxelloises : la preuve, sur 132 écoles primaires offrant l’immersion en Communauté française, seulement neuf sont situées en Région bruxelloise, soit à peine 4% de l’offre d’écoles à Bruxelles!

Rien, dans l’actuelle proposition de réforme de l’Etat, rien n’a été prévu pour corriger cette aberration : les huit partis qui ont signé cette proposition (Ecolo, Groen !, PS, sp.a, cdH, CD&V, MR, Open-VLD) ) semblent satisfaits de la situation de l’enseignement à Bruxelles et de sa totale dépendance des Communautés, flamande et française.

C’est pourquoi Pro Bruxsel milite pour la Régionalisation de l’enseignement et pour le droit de créer un réseau d’écoles bilingues à Bruxelles.

* De 59 à 75% selon les groupes linguistiques : voir Rudi Janssens : Van Brussel Gesproken. Taalgebruik, taalverschuivingen en tallidentitei in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest (Taalbarometer II) : Brusselse Thema’s 15, VUB press, 2007, p.141.

** En fait, il est une institution qui est autorisée à organiser et subsidier un enseignement bilingue à Bruxelles : c’est l’Etat fédéral, compétent à Bruxelles pour les matières dites bi-éducatives. Il n’en a jamais rien fait – qui s’en étonnera ? »
J’avoue sans gène ma totale ignorance non seulement concernant ces lois mais aussi de ce parti politique bruxellois (car, comme on dit, « mieux vaut tard que jamais »). Et comme peut-être que, vous aussi, le décloisonnement linguistique vous intéresse, je vous laisse prendre connaissance de leur site web probruxsel.be et de leur page facebook.

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