Burn the Witch! Les + terribles affaires de sorcellerie

Dans l’imaginaire associé au Moyen Âge, le bûcher des sorcières figure sans doute en bonne place, à côté des chevaliers, des croisades et des châteaux forts. Pourtant, avant le XIVe siècle, les autorités se préoccupent finalement assez peu des sorcières, car ce sont davantage les hérétiques qui les inquiètent. L’âge d’or de la chasse aux sorcières appartient plutôt à l’époque moderne, entre les XVIe et XVIIIe siècles. Soit à partir de la fin de la Renaissance. Grâce à l’invention de l’imprimerie, les traités de démonologie et autres manuels destinés à assister les inquisiteurs se multiplient, tandis que les bûchers sont alimentés par l’atmosphère de tensions politiques et sociales causées par les Guerres de Religion entre catholiques et protestants.

La collection Les +… éditée par la Boîte à Pandore vise à offrir au lecteur une approche vulgarisée d’un sujet qui, on s’en doute, sera un brin sensationnaliste, sans pour autant être dépourvu d’intérêt ou de complexité (Alexi Néel vous parlait ici des Couples de tueurs en série les plus monstrueux). Ainsi en est-il pour les procès en sorcellerie, racontés ici par l’historienne Louise-Marie Libert.
Son livre est divisé en quatre grandes parties. La première, Le diable dans tous ses états, nous présente essentiellement les institutions et les personnes ayant « combattu » la sorcellerie, des différentes inquisitions jusqu’aux figures célèbres telles que Bernard Gui ou Nicolas Rémy.
La deuxième partie, Le diable, l’argent et le pouvoir s’intéresse, comme on peut s’en douter, aux accusations et procès en sorcellerie ayant impliqué des personnages puissants. Gilles de Rais, Jeanne d’Arc, Élizabeth Báthory, bien sûr, mais aussi des personnages plus inattendus, comme l’empereur Frédéric II ou le pape Boniface VIII.
La troisième partie traite des liens entre sorcellerie et rapport de genres, ou comment la perception de ce que devait être le bon rôle de la femme dans la société a pu mener à l’accusation de personnes aux mœurs plus marginales. Le fantasme de la femme diabolique à la sexualité débridée n’est ici jamais loin.
Enfin, dans une quatrième et dernière partie, l’auteure aborde brièvement quelques affaires de sorcellerie ayant secoué notre société contemporaine entre les XIXe et XXIe siècles.

Difficile de traiter des procès en sorcellerie sur plus de cinq siècles en moins de 400 pages écrites en grand caractères! Sans doute encouragée par le format de la série Les +…, Louise-Marie Libert a ici fait le choix de la compilation, en présentant les unes après les autres diverses affaires, suivant un plan plus ou moins thématique. Ce sera ici le principal reproche que je ferai à ce livre qui selon moi manque un peu d’esprit de synthèse. À nous présenter à la suite de très nombreuses affaires, l’auteure a certainement eu la volonté de nous plonger au plus près de la réalité de l’époque. Sauf qu’aligner les cas ne permet pas d’avoir un tableau d’ensemble du phénomène de la perception et répression de la sorcellerie. Sans entrer dans des discussions érudites propres aux ouvrages destinés à un public d’académiques, j’aurais ici aimé que l’historienne se permette quelques considérations plus générales qui auraient permis, par exemple, de comprendre comment des hommes et des femmes de parfois très grande culture ont pu si facilement céder à la peur de la magie noire. Las, Louise-Marie Libert a plutôt privilégié un style sensationnaliste, expliquant les actes des inquisiteurs et autres persécuteurs de sorcières par leur naïveté, leur sadisme, ou leur perversion sexuelle. Soit. C’est rigolo à lire, mais j’ai tout de même quelques doutes quant à la possibilité réelle, pour l’historienne, de se plonger en détail dans la psyché de ces figures pour leur diagnostiquer l’une ou l’autre pathologie en se basant seulement sur les manuels d’inquisiteur qu’ils ont écrit, ou sur les pièces de procès qu’ils nous ont laissé. Les jugements de valeurs ne sont malheureusement pas rares dans l’ouvrage, ce qui donne parfois au texte des faux airs d’article de presse à scandale plutôt que de travail historique de vulgarisation, ce que renforce encore le travail de mise en page minimaliste de l’éditeur. Enfin, malgré la grande accumulation de cas présentés dans le livre, j’ai été surpris que l’auteure ne consacre que quatre pages au fameux procès des sorcières de Salem qui secoua la jeune société américaine à la fin du XVIIe siècle et qui, encore aujourd’hui, imprègne très largement l’imaginaire des États-Unis.

En résumé, on trouvera dans Les + terribles affaires de sorcellerie un petit « best of » divertissant des histoires de procès de sorcières. On en retiendra une introduction sympathique au sujet, mais qui manque tout de même singulièrement de consistance.

Louise-Marie Libert, Les + terribles affaires de sorcellerie, La Boîte à Pandore, 2016, 18,90€.

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Passionné de cinéma, de bandes dessinées en tout genre et de littérature de science-fiction, quand je n’alimente pas mon propre blog j’essaie de faire un peu d’histoire…

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