« But I like it (le rock et moi) » de Joe Sacco

Joe SACCO (Palestine, La grande guerre) revient dans But I like it chez Futuropolis, pour une réédition de son livre Le rock et moi, sorti chez Rackham en 2002. Le bédéiste et chroniqueur politique nous parle de ses jeunes années dans une édition pleine de planches inédites.

Le rock, le vrai

But I like it, c’est avant tout l’album d’un passionné. Mais c’est plutôt d’un double-album qu’il faudrait parler. Clin d’oeil original aux Rolling Stones, le titre évoque sa passion pour la musique. Sacco raconte ensuite, dans quatre parties, ses jeunes années comme si ces pages étaient le son d’un double LP.

Un jour, je suis parti comme roadie avec un groupe punk néo-psychédélique pour vivoter en tant que rocker à Berlin. J’imagine que je voulais devenir une rock star à part entière, et comme je ne savais pas massacrer un guitare, je me suis accroché à la scène de la seule façon que je connaissais – en dessinant.

Lui qui s’imaginait rockstar aux cheveux longs, il nous livre un album aux allures de comic underground américain. On y retrouve une collection de planches que Sacco a réalisé pour des magazines allemands, complétée par des ouvrages plus récents. Il y ajoute des affiches, couvertures de disques, logos,… réalisés à l’aube de sa carrière pour un rendu aussi surprenant qu’original. 

“Rock is dead”

La préface de Gerry MOHR, le leader des Miracle workers permet de comprendre l’idée qu’a voulu nous transmettre Sacco. Nageant entre honte et dégoût, l’oeuvre se situe entre l’autobiographie et le documentaire. Le ton est satirique et il faut relire plusieurs fois pour comprendre son amertume et sa relation amour-haine pour le rock alternatif. D’ailleurs, il n’y a jamais vraiment trouvé sa place et il nous fait comprendre sa désillusion avec autodérision. Il croque les personnages typiques de la scène alternative de l’époque : des nouveaux rockeurs aux vieux, en passant par les groupies et les journalistes.

On pourrait croire qu’il est devenu ce fan qui a tout vu et qui en veut encore plus mais l’album est pensé pour que l’on découvre entre les lignes ce qui ne s’y trouve pas; et c’est bien joué. Il tacle la contre-culture qu’il a vécue, vague anti-mainstream américanisée et normalisée par les codes de la mode d’époque.

Sa participation narrative à une tournée en Europe se situe dans une ère non globalisée où le rock alternatif n’a pas encore supplanté la guerre froide comme moteur de la géopolitique. (Mohr)

“Sex, drugs & rock’n roll”

Sur sa face A, le roman graphique s’ouvre sur ses débuts. Le lecteur se trouve à Berlin, après la chute du mur. The Miracle Workers est dépeint comme un stéréotype du rock américain : artistes fauchés, groupies nymphos et drogue à gogo. Il irait même jusqu’à les condamner aux enfers qu’on leur a tant promis dans leur carrière éphémère s’il ne communiquait pas une certaine tendresse pour le souvenir de ses découvertes. Il nous fait vivre son badtrip et malheureusement, c’est un peu répétitif.

Sur la face B par contre, Sacco rassemble essentiellement les planches qu’il a dessinées pour un magazine suisse. L’humour est grinçant et corrosif mais meilleur que dans le reste de l’album. Pourtant, l’auteur feint de ne pas les assumer et les désavoue presque dans son commentaire. Il reste fidèle à ses attitudes de rockeur dans l’âme.

Quant à la face C, elle rassemble des affiches de concerts et logos. On s’en serait bien passé, mais il se rattrape dans la face D, dans laquelle il décrit son amour pour les Rolling Stones et le blues. C’est en fan vieillissant qu’on le découvre, dans son dernier portrait, grattant le vernis de la façade du rock business. Il boucle ainsi l’à-propos ouvert par sa dédicace aux Beatles qu’il a délaissés.

Ce qu’on en a pensé

Le livre est intéressant mais inégal dans l’ensemble. Le meilleur se trouve sur la face B, comme pour tout bon album de rock qui se respecte. La méchanceté et la mauvaise foi dont Sacco fait preuve rend l’ensemble amusant lorsqu’il passe au vitriol le petit monde de l’époque. On aurait aimé qu’il mette un peu plus en contraste son histoire personnelle avec les événements d’époque. La démarche est originale mais peu divertissante. Peut-être qu’une trame de fond aurait pu être envisagée. En effet, le lecteur peine à percevoir clairement où il veut en venir.

L’album est moins bien que ce qu’il a pu faire auparavant. Sans doute est-ce parce qu’il est plus doué pour raconter les histoires des autres que les siennes. Si vous êtes fan de Sacco et habitué des comics US, c’est un incontournable. Si vous êtes amateur de rock, vous trouverez ça déloyal (surtout si vous avez un peu trop écouté George Lang). Le vrai Sacco n’est pas là, son alter ego aux longs cheveux le remplace. On y perd un peu au change, on l’avoue.

Joe SACCO – « But I like it (le rock et moi) », Futuropolis (2018) – 20€

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