Du cabaret « rive gauche » de l’Os à Moelle à Meurtr(e)s in progress de Maxime Anselin

Dans Meurtre(s) in progress, Maxime Anselin tient le public de l’Os à Moelle en haleine jusqu’à la dernière seconde. Si cette cave de Schaerbeek ne vous dit rien, il s’agit simplement du plus ancien cabaret bruxellois. Il a ouvert ses portes en 1960 sous l’impulsion d’une poignée de joyeux illuminés. De l’audace, de la folie et un peu d’inconscience, ils en avaient tous à n’en pas douter. 55 ans plus tard, ce ne sont plus les mêmes, mais l’espace connaît une nouvelle vie et Marie-Paule est toujours fidèle au poste derrière le bar.

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Cabaret rive gauche versus rive droite, plutôt Léo Ferré ou les filles du Crazy Horse ?

Si les cabarets les plus célèbres et anciens sont à Paris (Les Folies Bergères, Le Moulin Rouge, Le Lido, Le Crazy Horse, Chez Michou), le cabaret ne se limite pas uniquement à la femme et au « music-hall ». Dès sa naissance, l’Os à Moelle s’inscrit plutôt dans la mouvance du cabaret « rive gauche » que l’on oppose généralement à celui de la « rive droite » (ref: Gilles Schlesser, le cabaret rive gauche). Le « rive gauche » ne vise pas les masses et la capacité de la salle dépasse rarement les 50 spectateurs. L’ambition n’est pas commerciale mais plutôt culturelle. C’est le laboratoire ouvert à toutes les expérimentations. Il se veut pourvoyeur de jeunes talents. Dans une certaine mesure, il se définit comme plus intellectuel que son homologue de la rive droite. On peut même déceler une forme d’élitisme saupoudré d’une dose de pauvreté dans la façon de se définir. Léo Ferré est probablement l’une des figures emblématiques qui incarnent le mieux le cabaret « rive gauche ».

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A contrario, le « rive droite » revendique sa capacité à vendre du rêve. Les strass et les paillettes ainsi que le champagne en sont les garants. Le luxe y est prépondérant avec ses drapés de velours et ses entraîneuses. Les spectacles sont plus impressionnants les uns que les autres et les salles doivent être à la hauteur du public qui les fréquente, de haut standing. Ce qui est certain, c’est qu’une rive ne va pas sans l’autre et que les deux forment un tout qui contribue à la culture populaire et au mythe du cabaret. Que ce soit sur la rive droite ou sur la rive gauche de Paris, et finalement partout dans le monde, des jeunes talents sont montés sur les planches des cabarets en tant qu’artistes. De nos jours, l’opposition géographique entre la rive gauche et droite a peut être perdu de sa pertinence mais le concept demeure toujours d’actualité pour définir l’ambition du cabaret et ce dont il se revendique.

L’Os à la Moelle depuis toujours à la recherche de jeunes talents

Comme expliqué sur le site de l’Os à Moelle, dans les années soixante, cette cave encore enfumée à l’époque a vu des artistes tels que les légendaires musiciens de jazz Bobby Jaspar et René Thomas, la « dame en noir » Barbara, Wes Montgomery (délocalisé pour l’occasion), Los Incas qui ont enregistré El Condor Pasa avec Simon et Garfunkel ou encore l’incroyable Toots Tielemans.

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Durant les seventies et les eighties, le cadre de l’Os à Moelle devient plus feutré et des artistes d’un autre type font leur apparition. Citons un certain Phillippe Lafontaine qui s’illustre de temps à autres à l’aide de sa guitare mais aussi Claude Maurane décrite comme « une emmerdeuse au grand cœur, généreuse, sensible, courageuse, à l’inculture abyssale et au talent exceptionnel ». Des artistes tels que Arno, Bruno Coppens, Marc Herman, les Frères Taloche y passeront également à leurs débuts, tout comme « une inquiétante inconnue qui dissertait sur la scène de l’Os à Moelle sur un mari qu’elle venait de trucider », la désormais célèbre Yolande Moreau. Le lieu compte des milliers d’anecdotes grâce à ces artistes plus renommés mais également à tous les autres dont le nom a été omis dans cet article. Tous ont contribué et continuent de façonner l’histoire de cette scène schaerbeekoise au cours des 55 années qui se sont écoulées depuis sa création.

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Le renouveau de l’Os à Moelle

Dans les années nonante, l’Os à Moelle se refuse toujours à solliciter des subsides et la fin de l’aventure est proche. Après une brève pause, une bande d’artistes et non des moindres se mobiliseront pour sauver la salle de la banqueroute. Depuis quelques années, Samuel et Aurélie ont pris le relais. Des bénévoles ont renforcé l’équipe d’animateurs pour apporter au lieu un souffle nouveau: soirée cabaret, concerts, soirées dansantes, théâtre, ligue d’impro,… L’espace revit, comme Marie-Paule me l’a expliqué au bar avant la deuxième de Meurtre(s) in progress.

Meurtre(s) in progress de Maxime Anselin

« Un romancier peine à trouver l’inspiration afin de boucler sa dernière oeuvre. Il sait qu’il DOIT tuer un personnage pour en finir. Mais lequel choisir? Et qui est vraiment cet homme qui vient lui demander de ne pas le tuer? A force d’apparitions et de remises en cause, il comprendra vite que son roman renferme bien plus de secrets qu’il ne l’imaginait. »

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Comme souvent dans les thrillers, un moment clé à gérer est la fin de l’histoire. Si le grand final est loupé, on dira que c’était pas mal mais que la fin était moyenne et on sera forcément déçu. A l’inverse, une bonne fin peut sauver un thriller moyen. La pièce de Maxime m’a accroché dès le départ mais au plus le temps passait, au plus je redoutais ce fameux finish prévisible et décevant. Mais ohhh surprise, la fin a tenu ses promesses et les a même surpassées. La force de la conclusion est qu’elle pousse le public à porter un regard nouveau sur l’ensemble du spectacle. Ce qui pouvait sembler drôle ou même futile prend soudain une autre dimension. En me repassant le film du spectacle a posteriori, je l’ai compris d’une autre manière. Un peu comme quand on découvre qui est Keyser Söze dans Usual Suspects.

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De film, c’est justement de ça qu’il s’agit… ou presque. On assiste à un polar sombre et drôle digne de la fameuse Maxbuster Company. Et si vous ne la connaissez pas encore, vous risquez fort de la connaître un jour. Les concepts de réalités fugaces et multiples d’une situation donnée ainsi que les thèmes de la mort et de l’isolement sont abordés de façon légère par moments et beaucoup moins à d’autres. Le tout dans une ambiance digne des « comics strips américains » des années trente à la Dick Tracy.

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Ce spectacle ne connaît que peu de longueurs avec des acteurs qui vont puiser dans différents registres tout au long du spectacle. On saute de l’humour à l’intrigue en passant par la tragédie. Si ça peut être un peu déstabilisant par moment, on ne sait pas toujours si l’on doit rire ou non, les dialogues et le mouvement permanent des acteurs donnent une fluidité au spectacle et on ne s’ennuie pas un instant. Les effets spéciaux « Made in Isadora » apportent également un vrai plus à l’ambiance générale et sont un vrai plus pour faire prendre la sauce. Si les mecs (Arnaud, Maxime, Bertrand et Vincent) ont assuré du début à la fin, c’est l’émotion dégagée par Sarah Dupré qui est a déclenché le basculement d’ambiance qui m’a tellement plu à quelques instants du dénouement final.

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Heureusement, en vous disant ça, je ne dévoile rien et je ne vous gâcherai pas le plaisir de découvrir tout cela par vous même en vous rendant à l’Os à Moelle jusqu’au 14 novembre à 20h30 ou le dimanche 8 novembre à 15h00.

Une chose est certaine, je retournerai à l’Os à Moelle dans les prochains mois et nous entendrons encore parler de Maxime, Xavier et Arnaud dans Culture Remains.

Meurtr(e)s in progress 

Dates: du 03 au 14 novembre à 20h30, le dimanche 08 novembre à 15h00, fermé le lundi

De: Maxime Anselin

Mise en scène: Xavier Elsen

Assistanat: Matthieu Meunier

Avec: Arnaud Van Parys, Sarah Dupré, Maxime Anselin, Bertrand Daine et Vincent Doms

Régie: Julie Dieu

Création lumières: André Beeckmans

Flyer: Roberto Salvador

Photos de la pièce: Douglas Linge

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