Cambrioleurs Tome 2, Les Hommes-Léopards

Perplexe. La lecture et relecture de cet album, deuxième volet d’un premier cycle, dontl’intrigue ne suit en rien celle du premier volet, qui se terminait pourtant sur une fin ouverte et pleine de questionnements, me laisse perplexe.

Un polar étant de nature toujours noir, le terme de polar obscur cadre idéalement avec ce récit (se déroulant à peu de chose près intégralement de nuit), tant l’intrigue est nébuleuse, en raison d’un découpage suffisant qui ne facilite pas la compréhension de l’action et de dialogues pontifiants qui complexifient une histoire somme toute assez simple : A Paris, sur fond de conflit somalien, trois cambrioleurs partenaires, mais aux objectifs divergents, tentent de court-circuiter une transaction entre un collectionneur véreux d’art africain, des Américains peu définis, un intermédiaire africain au double jeu et un représentant de la justice africaine, mandaté par l’ONU pour récupérer des bons au porteur, objets de la transaction.

C’est assez confus, mais aucun personnage n’est bien distinct. Chacun apparaît et disparaît avec une désinvolture curieuse qui empêche le lecteur d’accrocher au récit.

Les trois protagonistes en perpétuel questionnement métaphysique, surtout quand le moment ne s’y prête pas, comme pendant un cambriolage par exemple, en deviennent horripilants : «J’aime ça ! Est-ce que tu n’aimes plus ça ? », « Quoi ça ? », « La nuit, le silence, la trouille, (…), est-ce que tu n’aimes plus ça ? », « Tu n’as jamais parlé comme ça, non, c’est Elias et toi que j’aime, on pourrait avoir un business normal ». Mouais, on se croirait dans une parodie du cinéma français par les Inconnus.

L’auteur talentueux, Jake Raynal, qui est seul à la manœuvre sur cette série, donne l’impression de vouloir livrer une œuvre hermétique, prétentieuse, qui ne soit accessible qu’à un lectorat averti et digne de son talent. C’est assez exaspérant.

Et pourtant j’ai envie de l’aimer cette bande dessinée, parce qu’il se dégage de ces planches au dessin à la fois élégant et déroutant, à la mise en couleur en aplat du meilleur effet, une atmosphère ténébreuse qui convient parfaitement au polar. Las, l’intrigue, le découpage et les dialogues desservent la qualité du dessin.

Pourquoi ne pas s’épauler d’un scénariste dans le chef de Jake Raynal? Il s’aide bien d’Elmore Leonard, dont il emprunte les dix règles du voleur, pour étoffer son récit. Pourquoi ne pas franchir le pas pour permettre à sa série de franchir un cap ?

Cambrioleurs tome 2, éditions Casterman
Auteur : Jake Raynal
Prix : 13,95 euros
Plus d’infos sur Casterman

Tags from the story
Written By

Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *