Cannes Clap 1 : De la marche avant les marches

Nice, 16h. Tout va pour le mieux malgré le léger retard de l’avion. Le bagage est léger et récupéré. Et l’excitation, l’adrénaline des grandes premières me fait oublier la nuit trop courte de la veille. Cerise sur le gâteau, j’ai retrouvé des figures connues : Frédéric de Goldschmidt, producteur déjà rencontré lors d’un précédent reportage et Nicole Gillet, Madame la déléguée générale du FIFF où j’ai fait mes premières armes. Je suis en territoire inconnu, mais pas seul.

Loin d’être seul, même. Dans la longue file d’attente qui mène à la navette, certains y vont de leur ego (« Y’a une file de Dieu » dit l’ineffable bonhomme au canotier revendiqué qui souffle son mécontentement). La première navette part, je ne suis pas sûr d’avoir la deuxième, patience est le mot d’ordre. A côté de moi, une scénariste anglaise s’acharne à la relecture de son scénario. Quelque chose se trame !

10357172_299848813514532_721700112960508450_n

Deux gsm et vingt festivals

Heureusement pour moi, Frédéric de Goldschmidt (le producteur de Madeleine Films rencontré un peu plus tôt) me hèle et m’embarque dans son taxi privé. Enfin, avant d’embarquer, il faut encore le trouver! Le soleil de mai tape un peu et une guerre des taxis et des nerfs s’annonce. Qui sera le plus efficace à hameçonner le client ?

Au final, nous trouvons Isham, taximan indépendant de Paris (vive le GPS pour trouver son chemin dans la Mecque du Ciné), réquisitionné par une société privée pour la quinzaine. Enjoué, il lance : « Le soleil est là et il n’y a pas de bagarre ». Pas de bagarre, pas de bagarre, la police n’est quand même pas loin ! Branle-bas de combat, même : une star arrive-t-elle ? On ne le saura pas.

50 minutes de trajet ponctuées de bouchons et de klaxons, l’occasion de discuter un peu avec Frédéric. C’est son vingtième Festival, il en a fait 9 entre 0 et 10 ans car ses parents étaient des mordus ! « Ma mère en a fait 50, elle a participé au tout premier. Pour les derniers, elle commençait à en avoir marre ! ». Vivant entre Paris et Bruxelles, le producteur jongle avec ses deux smartphones : « un français, un belge ».

J’arrive enfin à la perle des palaces, je téléphone à Louis Héliot, mon contact de Wallonie-Bruxelles International. « Trop tard pour la surprise, ton guichet fermait à 17h30 ». Il est 17h45 et je râle sur le retard de l’avion, sur les bouchons… et sur cette montée des marches postposée mais qui ne se fera pas en état de grâce. Grace oui, mais de Monaco, le film d’Olivier Dahan polémique présenté en ouverture avec une Nicole Kidman rayonnante. Mais ça, je le vois à la télé du coup. Le dégoût est vite passé, et Louis m’explique son plan d’attaque et sa bataille pour obtenir des invitations. « Je devais voir Timbuktu demain, mais c’est l’ordinateur qui choisit, et je n’ai pas eu d’invit’ ». Car oui, les invitations, c’est la loterie : sur les 60 000 accrédités, il n’y a que 2500 places au Grand Théâtre Lumière. La place de cinéma est gratuite… mais chère à la fois.

10311857_299849133514500_8877796710305222762_n

Pourquoi tout le monde veut-il aller à Cannes? Drôle d’idée, non?

Louis, majordome du Cinéma belge

A la télé, Lambert Wilson a fini son (joli et émouvant) numéro, il est temps d’aller manger avec Louis. Louis, c’est un gars jovial qui pourrait faire un second rôle bien reconnaissable et dont on ne saurait pas se passer au cinéma. Ça tombe bien, c’est son métier, à un détail  près, il l’exerce dans l’ombre ! C’est l’homme à tout faire du cinéma belge : « Je travaille au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris. Ici au Festival, en plus de soutenir les films belges, j’aide les réalisateurs à concrétiser leur projet. Cela va de la recherche de producteurs à l’obtention d’un acteur spécifique. On participe aussi aux frais de réception et aux soirées pour nos films. On règle les problèmes aussi liés aux invitations, quand nous en disposons de 20 et qu’une soixantaine de personnes veulent leur place. Pas possible de satisfaire tout le monde. » 

Louis, c’est aussi un raconteur d’anecdotes hors pair. « Tu devrais écrire un livre » lui dis-je. « Plus tard, plus tard ». Car oui, le Cinéma belge fourmille d’histoires quasi légendaires. « Le soir où Rosetta a eu la Palme d’Or, nous avons téléphoné en catastrophe à l’Hôtel Carlton, pour obtenir le petit salon afin de fêter ça avec l’équipe. Le patron, bien content, prépare des flûtes de champagne, offertes. Olivier Gourmet dit alors, avec sa gouaille légendaire : toujours du champagne, pourquoi pas de la bière?! » Fêter une Palme d’Or à la bière, du jamais vu ! Le serveur est effaré mais s’exécute. « L’équipe a soif et le Carlton est désormais à court de bière. Ils ont dû aller faire l’aumône et payer l’hôtel d’à côté pour ravitailler le groupe. Depuis, à chaque sélection d’un film des Dardenne, vous pouvez être sûr qu’il y aura de la bière en suffisance au Carlton !». La passion anime toutes les histoires qu’il raconte.

Cannes de tous les possibles

La nuit a enveloppé la reine du Cinéma, et ce n’est pas les quelques gouttes de pluie qui font peur aux gentlemen en smokings qui prennent la direction du tapis rouge. La soirée se poursuit à la découverte de la Croisette et en repérage stratégique des hauts lieux du Festival. On a l’impression que tout est permis. Un gamin bien sapé fume une chicha sur un muret, à une centaine de mètres des policiers. Les gens sont si bien habillés, de la robe de soirée classique à la tenue plus provocatrice, qu’ils font presque figure de stars. On ne les connaît pas, mais on ferait bien un selfie avec eux. Devant le tapis rouge, les photographes ont abandonné leurs dizaines d’escabelles bien cadenassées aux barrières. Elles aussi se reposent.

10271521_299849570181123_152755654997994011_n

Les photographes, flasheurs de stars ont cadenassé leur place.

L’heure est au retour, la ville est plutôt calme, les soirées ne prendront cours que demain. C’est l’heure de rentrer. En voiture, grosses cylindrées et vitres teintée ou… en vélo bien aéré mais en smoking.  Louis et moi, on ne fait pas mieux, on rentre à pied. Mon guide m’assure : « Cannes, c’est par jour, entre douze et quinze kilomètres à pied ». Pas sûr que ce soit le meilleur moyen pour les avoir palmés !

Tags from the story
Written By

Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *