Cannes Clap 2 : Elle est par où la sortie ?

Jour 2 : le réveil a sonné un peu trop tôt (7h30) compte tenu de l’heure à laquelle j’ai été dormir, mais quelque chose me dit que ça ne va pas aller en s’améliorant. Récompense: le soleil envahit les sept chambres de l’hôtel dans lequel j’ai pris mes quartiers, familial et pas très loin de la Croisette. Croissant au menu.

Le film fait son marché

Après avoir récupéré mon badge cinéphile, Louis (voir épisode précédent) m’offre un autre badge, pour le marché du film, cette fois, avec ce challenge : « Quand tu auras fait le tour du marché et de tous ces vendeurs issus des quatre coins du monde, tu me diras si c’est encore raisonnable de tourner des films ! »

 

Le marché du film, c'est un continent international où toutes les nationalités se retrouvent pour vendre leur film.
Le marché du film, c’est un continent international où toutes les nationalités se retrouvent pour vendre leur film.

En effet, ce marché est un dédale, un labyrinthe où s’affichent des centaines de publicités pour des films qui, peut-être ne verront jamais le jour. C’est le but ! Trouver des acheteurs et des diffuseurs. Ca parle toutes les langues et il y en a pour tous les goûts, du slasher au film gentiment érotique en passant par la série Z et le film d’animation pour enfants. Même Miley Cyrus et Justin Timberlake ont un film qui leur est dédié.

Dans ce palais, il y a aussi une multitude de petites salles de projection (faisant parfois à peine 15 places) où les potentiels acheteurs peuvent visionner des films finis mais pas encore distribués.  » C’est extrêmement frustrant pour le réalisateur, me dit Louis, les acheteurs ne restent jamais jusqu’à la fin du film, ils en regardent quelques minutes puis prennent la fuite vers un autre. Pourtant, ils achètent parfois, quand même, le film. Mais sans l’avoir vu jusqu’au bout. » Pour le réalisateur, ce ballet d’entrées et de sorties, ce n’est pas ce qu’il y a de plus valorisant.

Je disais hier que ce qui m’intéressait dans le cinéma, c’était l’impossibilité de le maîtriser, de le connaître dans ses moindres détours, d’avoir tout vu. Impossible ! Et au vu de tout ce qui est proposé sur ce marché, ç’en est presque déprimant. D’ailleurs, il y a, sans doute, dans ce palais, des allées que je ne trouverai jamais et d’autres dans lesquelles je suis passé cinq fois. Sans parler du sentiment profondément gêné quand j’ai cherché pendant cinq minutes la sortie.

Une chaise et un sucre

Par contre, j’ai facilement trouvé la file menant à l’ouverture de la semaine de la critique. Les pass Cinéphiles sont les plus désavantagés par rapport aux autres badges et aux invitations mais normalement, je suis arrivé suffisamment tôt pour que ça le fasse ! Fingers crossed, comme disent les milliers d’Anglais ou Anglophones présents sur le Festival. Tout d’un coup, remous dans la file, deux vigiles s’activent : une dame vient de faire un malaise et est allongée à terre. Le gars juste à côté continue sa blague, mine de rien. L’incident est vite réglé, un sucre est une chaise sont amenés près de la victime. « Il n’y a qu’un sucre et qu’une chaise, donc ce sera chacun son tour. » Un des gorilles détend l’atmosphère et tout le monde repart d’un sourire.

Tout le monde est, à présent, installé dans la salle et c’est parti (après l’arrivée du Jury de la Caméra d’Or dont Nicole Garcia, Richard Anconina et notre belge Philippe Van Leeuw) pour Piu Buio di Mezzanotte, un premier film traitant de la culture gay italienne et de la révolte d’un ado efféminé envers sa famille et son père.

Davide Capone, magnétique dans le rôle torturé de Davide.

Passionné de chant, le jeune Davide va se retrouver à la rue avec une bande de saltimbanques du sexe, totalement libérés et prônant vol et tapin. Le parfum de la décadence n’est pas loin. Le drame est glauque, tantôt fantaisiste mais sacrément bien joué. Parmi les spectateurs, certains restent, d’autres rêvent (et ronflent). D’autres encore tentent de quitter la salle sur la pointe des pieds, tandis que d’autres le font dans un grand brouhaha : ces malotrus n’ont pas aimé et ça se sait !

 

Initiation d’un enfant gâté

Repas de midi avec vue sur la mer, non loin du cinéma de la plage qui offre, chaque soir, une séance gratuite rythmée par les vagues.

Un déjeuner (il faut bien se mettre à l’heure française) plus tard, et direction la salle Bunuel, à l’intérieur du prestigieux Palais du Festival. Sur le chemin, ça sent de plus en plus le showbizz, les décapotables et les comportements de plus en plus maniérés. Louis me dit : « Ce week-end, ce sera pire, on ne saura plus marcher tellement il y aura de monde. » En attendant, j’arrive à la salle pour mon premier vrai contact avec le cinéma asiatique : Contes cruels de la jeunesse du Japonais Nagisa Oshima. L’histoire d’un couple et de ses combines pour racketter des automobilistes. Peut-être suis-je trop fatigué, peut-être le film a-t-il mal vieilli, mais en tout cas, je n’accroche pas. Pour l’initiation, c’est raté.

Pour le retour à l’hôtel, pour un pause méritée et la recharge des batteries (au sens propre comme au figuré : la joie d’avoir un Smartphone hyperconsommateur !), je passe par le vieux Cannes. Dans le square, des boulistes tapent la boule comme si rien ne pouvait les éloigner de leur habitude.

Cannes, ce sont deux univers qui rentrent en collision, tels une boule et son cochonnet: les boulistes contre les smokings.

Plus loin, c’est un calme olympien, paranormal qui règne sur les hauteurs du vieux Cannes, comme s’il faisait la gueule au Cannes d’en bas, plat et longiligne.

 

Volets clos et pas un bruissement, le vieux Cannes fait sa sieste, pas si loin des sirènes du showbiz.

Un carrosse d’or, pas une citrouille

18h30, go par des passages presque secrets à l’inauguration de la Quinzaine des réalisateurs, Festival dans le Festival, parallèle mais divergent car créé après mai 68 par la Société des réalisateurs de film en réaction à la censure et au luxe du Festival. Ici, malheur à celui qui mettra un smoking, pas de tenue correcte exigée. Mais, il n’y a pas à dire, une invitation, ça facilite la tâche, en deux temps trois mouvements, nous voilà dans l’enceinte du mythique théâtre Mariott.
Nous sommes au balcon, et Frédéric Beigbeder n’est pas loin. Arrivé un peu trop tard, il devra se contenter des places réservées au « commun des mortels » mais privilégiés quand même ! Ah non, gsm collé à l’oreille, il redescend, un ami lui a réservé une place en bas! L’inconvénient au balcon, c’est qu’on applaudit dans le vide et à l’aveugle, en accord avec les applauses du bas, sans savoir quel hôte prestigieux vient de faire irruption dans la salle.

Bref, la séance commence par la remise du Carrosse d’Or, emblématique puisqu’il s’agit de la seule récompense que les réalisateurs remettent à l’un de leurs pairs. Avec une émotion particulière, puisque ce beau carrosse revient au regretté Alain Resnais, disparu en mars dernier. Alain Resnais, le réinventeur du montage, l’iconoclaste, l’inventeur du film-prototype réconciliant les contraires. André Dussolier et Sabine Azéma (veuve et muse du réalisateur) sont présents, main dans la main. La tristesse est grande. L’hommage est formidable.

L’émotion marque Sabine Azéma et André Dussolier, proches d’Alain Resnais. L’hommage est vibrant!

Bande de filles… mais à part!

Après une petite interruption des intermittents du spectacle, Bande de filles de Céline Sciamma, le film d’ouverture, peut enfin s’étaler sur la toile. Ca commence fort avec une musique techno rythmée et entraînante. Le long-métrage raconte l’histoire de Marieme, en complète rupture avec sa famille et le milieu dans lequel elle vit, bien trop sage. Frappée par son frère, en perdition scolaire, humiliée par le boulot que fait sa mère, femme de ménage à la Défense, Marieme décide de provoquer la rupture en s’associant à trois autres jeunes filles de la même banlieue. S’ensuit une descente aux enfers loin de la réussite qu’elle pensait atteindre.

Les intermittents viennent interrompre l’ouverture de la Quinzaine, réglée jusque là comme du papier à musique. « On ose venir prendre la parole, et on la prendra de plus en plus! Ce n’est pas par plaisir mais par obligation! »

Langage de djeuns à l’appui, Bande de filles ne manque pas de qualité : la réalisation est léchée, la photographie est parfaite et les actrices très à leur aise. Pourtant le charme n’opère qu’à moitié. Un peu trop poussif, notamment dans l’agressivité du langage de certaines scènes (pas besoin d’en faire des tonnes pour montrer comment se parlent les jeunes), ce qui empêche le spectateur de vraiment d’intégrer la tribu des quatre personnages principaux. Dommage pour une bande de filles qui, au final, est plutôt une bande à part. Le long-métrage semble, aussi, interminable, de longs fondus noirs font croire, plusieurs fois, à la clôture du film, malheureusement il n’en est rien, et ça manque de rythme.

A manger et pas à boire

22h30, on mange enfin, repas de cinéphile qui bouffe du film à longueur de journée mais mange à pas d’heure. Jane Campion passe en pleine rue, la présidente du jury officiel aime la marche simple et efficace plutôt que la voiture blindée aux vitres teintées apparemment. Chapeau bas.

Ayant reçu une invitation pour la fête en l’honneur de Bande de filles, pourquoi s’en priver ? Rendez-vous sur la plage de la quinzaine. Ici, il n’y a plus d’alcool mais il reste toujours du jus de pomme et du coca, ça nous fait une belle jambe !

Y’a moyen de faire plus petit comme bouteille? 18cl, non mais!

 

Sinon rien d’idyllique. La soirée ressemble à une soirée estudiantine. A la seule différence que les pogos se font en smoking (il faut le voir pour le croire !) et que ce sont des trentenaires, voire quadras, qui se prennent pour des éternels ados. Bref, il n’y a absolument rien à voir.

En fait, les soirées cannoises n’ont rien à envier aux fiestas étudiantes belges… sauf que ça se fait avec classe et smoking… pour la sobriété, on repassera!

Nous sortons de cette soirée fissa, non sans avoir croisé Bernard Menez. Il ne nous chantera pas Jolie poupée, mais les poupées ici ne sont pas en reste, habillées telles des déesses. Pour le plaisir de nos yeux.

Les miens se ferment, il est 3h20 et je rejoins les bras de Morphée, dans la toile des étoiles de mon rêve éveillé. Bonne nuit!

« Je suis le roi de Cannes!!!! » Bon d’accord… à 1h30, c’est un peu facile. Je ferais mieux d’aller me coucher moi!
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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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