Cannes : Clap 5 et de fin : la fin d’un rêve !

Pas de réveil en catastrophe, cette fois ! J’ai pris mes dispositions pour me lever tôt et faire mes bagages : 10 kilos en plus vu le nombre de revues que je ramène (chaque jour, Variety, Le Film Français, Hollywood Reporter et les autres publient un magazine gratuit revenant sur le Festival de Cannes et le monde du cinéma, alors forcément, ça fait de la lecture).

It Follows à jamais sans fin ?

Je mange au calme en me disant que je vais essayer de voir, quand même, la fin de l’excellent film d’horreur It Follows (voir Clap 4).

Another (and a last) day in paradise #Cannes2014 #FestivaldeCannes #perfecttrip
Another (and a last) day in paradise #Cannes2014 #FestivaldeCannes #perfecttrip

Deux kilomètres de marche plus tard, j’arrive devant le Miramar (ce prestigieux palais, ancien hôtel restauré, qui abrite les projections des films de la Semaine de la Critique). Il est 9h, le film commençait à 8h30, mais bon, j’ai vu une bonne heure de film hier donc ça va ! Ah ben non, ça ne va pas, les vigiles ne l’entendent pas de cette oreille : « On ne fait plus rentrer personne une fois que le film est commencé. » Bon, va falloir ruser et négocier : « Oui mais bon, j’ai dû partir hier plus vite pour pouvoir accéder au tapis rouge. Tapis rouge qui, lui-même, avait pris du retard, donc au final j’aurais pu voir la fin de ce film. En plus, peut-être qu’il ne sortira jamais en salle. Que je suis condamné à ne jamais connaître la fin. Un film d’horreur dans le film d’horreur : je pourrais être hanté, à jamais, par cette fin que je serai condamné à imaginer. » Bref j’en fais des tonnes, et malheureusement, je resterai sur le pas de la porte. Dommage !

Eva au jogging, Mads à la plage et une équipe de choc au Carlton

J’ai du temps à tuer donc je flâne un peu le long de la plage. Un petit attroupement se forme devant l’hôtel Carlton. J’approche, un espace est réservé aux photographes, comme dans un enclos à bestiaux. Ils auront la plus belle des vues pour l’événement qui se prépare. Les passants, les curieux et les autres photographes non accrédités ont leur place de l’autre côté de la route. Ce qu’ils verront dépendra de ce que les journalistes et photographes « officiels » en laisseront entrevoir après avoir dressé leurs escabelles. Je me joins au groupe de curieux, il n’y a pas encore trop de monde et je suis idéalement placé. Je discute avec un papa qui a emmené sa fille dans sa course aux stars : « Quand vous verrez passer un cycliste aux lunettes vertes, c’est le signal que les vedettes vont bientôt arriver. Sinon, on a vu Eva Longoria qui faisait son jogging. Un garde du corps l’accompagnait, mais l’anonymat était quasi parfait. On a aussi vu Mads Mikkelsen qui descendait à la plage, avec pour unique protection sa serviette. » Et oui, même les stars ont besoin de décompresser. Enfin, toutes ne sont pas comme ça ! « Gérard Depardieu et Deneuve sont au Martinez mais bonne chance pour les voir ! »

Autre rencontre, in English cette fois. Au début pas rassuré, je me laisse finalement aller à la langue de Shakespeare. Erlen vient d’Estonie. Tout juste débarqué, il débute son premier Cannes : « Là, c’est du bonus, je viens juste de retirer mes accréditations et cet après-midi, je commencerai mon travail pour un magazine. That’s amazing ! » Pourtant, il ne verra aucun film, cloisonné derrière son téléobjectif.

DSCN0834
Du bruit, des cris, des mains tendues et des appareils photo qui s’élèvent, mais qui arrive?

Mais qui attendent-ils ?

Soudain, remous dans la foule (car oui des gens nous ont rejoints, nous sommes compressés contre les barrières qui, en plus, s’enfoncent dans la terre tendre du terre-plein. Ca peut basculer à tout moment.), l’équipe de choc arrive… derrière nous ! Ce n’était pas prévu. Et quand je vous dis équipe de choc, n’allez pas croire que je vous mens! Imaginez plutôt : Sylvester Stallone, Arnold Schwarzeneger, Antonio Banderas, Jason Statham, Mel Gibson, Harrison Ford ou encore Dolph Lundgren. Un casting explosif et surtout EXPENDABLES.

 

Sylvester Stallone, Mel Gibson, Wesley Snipes, prophètes (semant la bonne parole à coup de baïonnettes) au pays du cinéma.
Sylvester Stallone, Mel Gibson, Wesley Snipes, prophètes (semant la bonne parole à coup de baïonnettes) au pays du cinéma.

Car oui si cette fine équipe de légendes de films d’action est réunie, c’est pour promouvoir la sortie d’Expendables III prévue pour août. Les EXPENDABLES!!! Pas en affiche, pas même en photos, non ! De chair, de muscles et d’os! L’ambiance est de folie, les cris font sourire les acteurs perchés et répartis sur deux tanks. Une fois arrivées devant l’hôtel, les vedettes descendent de leurs chars pour rejoindre le podium à quelques mètres de nous. C’est dingue. Ce qui est moins dingue, c’est l’avancée des tanks qui vont complètement boucher la vue des spectateurs lambda. De coup, plus moyen d’apercevoir les idoles.

DSCN0841

DSCN0842

DSCN0839
Mel Gibson, plus en mode « Barbe Max » que Mad Max.
Harrison Ford, Mel Gibson et Sylvester Stallone pour une tournée des légendes.
Harrison Ford, Mel Gibson et Sylvester Stallone pour une tournée des légendes.

DSCN0902

DSCN0914
Les gros muscles du cinéma ont-ils leurs limites en réalité?

Et le gars qui se la joue, planté au-dessus de la machine de guerre, scotché à son talkie-walkie, s’amuse des huées du public qui ne voit plus rien. « How much will you pay to be in my place ? » Erlen propose une somme. Et l’autre de lui dire : « Forget it ! » Ca ne résout pas le problème, on ne voit toujours pas les stars, et quand les tanks avancent enfin, elles se sont volatilisées.

"How Much will you pay to seat in my place?"
« How Much will you pay to sit in my place? »

Retour vers le Marché du film pour un dernier tour avant de rendre mon badge à Louis qui a vraiment fait un travail énorme pour que mon séjour soit le meilleur qui soit ! Je pense que sans lui, j’aurais plus passé mon temps à angoisser et à chercher des bons plans qu’à vivre réellement ce festival !

Frustration mais… Respire

Après un verre d’adieu, je tente de voir un dernier film, celui de Mélanie Laurent, Respire. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’arrive 1h20 à l’avance. La file côté « pass Cinéphile » est déjà bien longue, mais normalement, ça passera. Du moins, si les badges privilégiés (presse, marché, festival…) ne sont pas trop nombreux et comme ils ont tendance à arriver en dernière minute… rien n’est jamais sûr.

–           Pourquoi ceux de la presse ne vont pas voir les films dans leurs bunkers ?

–          Parce que quand on a un privilège, on aime bien l’utiliser et le montrer !

L’avantage d’être si tôt dans la file, c’est que, encore une fois, on fait des connaissances. Dont certains grand noms, ou presque : Luc, non pas Besson mais Buisson, celui qui élevait tantôt la voix, est venu avec sa femme Anne et un ami, Laurent. Ils ont profité d’un voyage organisé par une association. Ils viennent de Grenoble et, après trois jours à Cannes, c’est leur dernier jour, leur dernier film. « On a payé plus de 400€ rien que sur place, et au final, on est plutôt déçu. Je ne reviendrai plus ! », explique Luc. « Le pass cinéphile c’est un truc pour les chiens. On est traité comme des chiens, on doit faire la file 1h30 à l’avance et, quand bien même, on se fait encore parfois refouler. Le système des files est absolument incohérent. C’est un festival de privilèges, ça me révolte ! »

Anne et Luc, un peu dégoûté, mais avec le sourire, par cette première (et dernière?) expérience cannoise.
Anne et Luc, un peu dégoûtés, mais avec le sourire, par cette première (et dernière?) expérience cannoise.

Anne essaie de le tempérer et explique, pendant que Luc compte le nombre de personnes dans la file : « Il est de mauvaise humeur à chaque fois qu’il faut faire la file. Mais après, il dit à chaque fois que c’était chouette, il ressort comme un gosse. » Mais là, Luc n’est pas calmé : « Le système n’est pas adapté. Et à chaque fois que je n’ai pas été adapté au système, le système s’est effondré ! » Puis, plus réaliste : « Il faut faire une enquête, constater comment ça se passe dans les autres grands festivals : Venise, Berlin, etc. Et si on voit que c’est mieux, là Cannes pourra bien faire des efforts ! » Et il n’a pas tort. Laurent regarde son ami s’énerver et relativise, amusé : « On verra, c’est du bonus, si on rentre, ce sera une bonne surprise. » En attendant, au fur et à mesure que les « privilégiés » passent et que ça sent le roussi, le trio grenoblois négocie déjà le retour : par les Alpes en risquant de croiser des camions et camping-cars ? Ou par un autre itinéraire ? Le choix est cornélien.

Cannes, c’est du gâteau (d’anniversaire)

Juste derrière, il y en a une qui n’a rien perdu de la scène : Marie. Cette jeune Bretonne, étudiante en cinéma vient fêter son vingt-et-unième anniversaire au Festival : « Je suis vraiment contente, ma famille m’a payé le voyage jusqu’ici, je loge chez mon cousin et je cherche des combines pour avoir accès aux films ». En effet, elle n’a aucun pass et prône le système D ! Ce matin, on lui a donné deux places. Il y a aussi des places qu’elle peut se procurer gratuitement ou pour 4€, ça dépend des salles. Mais son rêve absolu, c’est le tapis rouge, bien sûr. Elle va essayer de dégotter des invitations. D’ailleurs, elle récupère le pass cinéphile d’Anne qui n’en aura plus besoin puisque pour Respire c’est foutu (et mon compteur restera bloqué!). Marie va essayer d’accoler au badge salvateur, une photo d’elle. On trafique comme on peut.

J.B. comme… ?

Je prends congé de tous ces joyeux drilles et tue le temps en retournant sur la promenade en bord de plage, bondée d’ailleurs. C’est le plus chaud des cinq jours que j’ai passés ici. Puis, sur un coup de tête, je décide de tuer le temps devant le Martinez. La foule est opaque et attend les stars. Il en faut de la patience, ce n’est pas mon truc, mais puisque ça fait partie des rituels de Cannes, je me prête au jeu. Après 20 minutes, Monica Bellucci entre furtivement dans une voiture teintée. Le signe qu’elle adresse aux anonymes est timide. Mais on s’en contente. De toute façon, ce n’est pas elle qui est attendue par des centaines de fans ayant suivi la rumeur comme quoi un certain J.B. serait dans cet hôtel (juste en face du plateau du Grand Journal). J.B comme James Bond ? James Brown ? Joan Baez ? Jacques Brel ? Ou l’inégalable Justin Bridou ? Rien de tout ça : Justin Bieber, la star interplanétaire.

Tous, devant le prestigieux hôtel Martinez, attendent de voir passer les stars!
Tous, devant le prestigieux hôtel Martinez, attendent de voir passer les stars!
Monica en mode furtive!
Monica en mode furtive!

Au moment où toutes les fans reprennent en cœur les chansons de la vedette adulescente, c’en est trop pour mes oreilles. Je quitte le Martinez et retrouve le calme de la Croisette sans m’empêcher de penser aux autres stars (certainement pas moins méritantes) qui passent inaperçues (comme Djimon Hounsou, pourtant l’incroyable compère esclave de Maximus dans Gladiator) et ne demanderaient pas mieux d’être accostées (car oui certains acteurs sont bien abordables), mais non ! On en attend un autre, né avec une cuiller en or dans la bouche. La vie est parfois injuste, même chez les stars.

Les artistes crèvent la toile

Encore un peu de temps avant le grand retour, j’en profite pour me balader une dernière fois sur la Croisette. Louis avait raison quand il me disait que Cannes serait bondé ce week-end. La ville l’est ! On marche à deux de tension et de grands attroupements se font autour d’artistes. De la danseuse du ventre aux hommes-statues, en passant par le clown ou les illusionnistes en lévitation, Cannes cultive aussi les arts de rue, pas riches et à la lisière du luxe des palaces. En venant ici, se font-ils rêver autant qu’ils nous font rêver ? Sont-ils le revers subversif de la classe des stars ? Toujours est-il qu’ils mettent dans les yeux des festivaliers d’autres étoiles que celles des grands boulevards, c’est déjà ça.

DSCN1055

 

 

DSCN1066

DSCN1074

DSCN1096

DSCN1103

 

J’ai, désespérément, abandonné la recherche de souvenirs, tous plus empreints de manque d’originalité les uns que les autres (puis à 15€ le misérable porte-clés, faut pas déconner !) et me suis décidé à noyer mon regard dans la beauté de la mer, une mer océano-cinématographique. Au loin, on distingue les montagnes. Les stars de la vie quotidienne vont se baigner, sans smoking ou maillot de prestige. Cannes, c’est vraiment la collision de deux mondes, deux vagues qui se croisent et se frôlent, entre ceux pour qui le Festival n’est qu’une perturbation de la tranquillité (et se réfugient à l’ombre des hauteurs du vieux village) et ceux qui vivent du showbiz (pour qui les salles obscures ne sont qu’une excuse). C’est ce micmac, ce mélange des styles et des genres (n’est-ce pas d’ailleurs la raison d’être du Cinéma ?), qui font de Cannes un Festival à part, le plus grand du monde, qui plaît ou ne plaît pas, mais qui  ne laisse pas indifférent.

DSCN1061

DSCN1069

DSCN1110

DSCN1119

DSCN1141

DSCN1151

Pas de Palme, mais des cloques !

Quelques clichés plus tard, je me dirige tout doucement vers mon hôtel, aux Couleurs du Sud (il n’a jamais aussi bien porté son nom que sous ce soleil brillant). Les derniers pas sont difficiles : moi qui étais content et fier de ne pas souffrir des pieds, j’en reviens. Non, avec « 12 à 15 kms par jour » comme le disait Louis (voir Clap 1), pas sûr que ce soit le meilleur moyen pour avoir les pieds palmés, et encore moins d’or. Par contre, pour les avoir cloqués, ça marche à tous les coups !

En faisant mes adieux au duo d’hôtes qui m’ont accueilli dans ce petit hôtel sympathique, je comprends à quel point j’étais bien heureux. Heureux de me retrouver le soir, la nuit plutôt, dans cette chambre au calme, sans rien avoir à demander à personne, loin des reflets de l’argent, de l’étalage des richesses et des sirènes du protocole à suivre à la lettre. Le rendez-vous est pris pour un prochain festival (car oui, il y en aura un). Juste avant de repartir, je croise l’équipe Wallonie-Bruxelles International, mieux vaut tard que jamais, les emplois du temps étant tant chargés. Après une brève mais bien chouette rencontre, l’équipe de choc (ils n’ont rien à envier aux Expendables) prend la route du Cocktail Belge. Malheureusement pour moi, malgré mon envie d’y être, c’est le bus qui m’attend.

The End ?

Dans le bus, le chauffeur moustachu a la gouaille d’un second rôle récurrent. Avec humour, il prend faussement la mouche avec ses passagers de tous horizons : « Ils vont me finir ! La moitié du festival, je ne tiendrai pas. Mais non monsieur, puisque je vous dis que les cartes étrangères ne fonctionnent pas. Ah vous ne savez pas où vous allez ? Eh bien, je vais vous dire quelque chose que vous pouvez noter : Quand on ne sait pas où on va, on n’y va pas ! »

Le sourire au beau fixe, les yeux un peu cernés par la folie de mes nuits de cinéma, je n’ai pas l’ombre d’un regret. Ce périple continuera à vivre dans mes souvenirs (pour l’éternité) et dans mes rêves. Puis, la prochaine fois que je reviendrai, je serai moins novice et vous ferai vivre ce Festival d’une autre manière (en tant que vrai journaliste ?).

En attendant, peu à peu, je passe du champ au contre-champ, je m’évade de la plus grande et la plus belle des prisons de l’obscur (intemporelle, allant de l’intime aux blockbusters, de salles de quelques places aux 2409 places du Grand Théâtre Lumière), je réintègre mon affiche et je quitte… la fine pellicule de Cannes.

Arrivé à l’aéroport, au moment d’entrer dans la voiture, je demande à mon papa : « Quoi de neuf en Belgique ? » Car oui, à seulement 800 kms de Bruxelles, j’ai été complètement déconnecté; le cinéma est tellement plus beau que la réalité. Il me faudra, sans doute, quelques jours, pour dé »cannes »cter, cette fois !

 

J'ai regagné mon affiche, ou plutôt la vie réelle, avec des souvenirs plein la tête!
J’ai regagné mon affiche, ou plutôt la vie réelle, avec des souvenirs plein la tête!
Tags from the story
Written By

Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *