Carrie la vengeance

Adaptation du célèbre roman de Stephen King et remake du film de Brian De Palma, Carrie La vengeance de Kimberly Peirce divise le public : tandis que plusieurs fans de la version originale y voient une pâle copie ratée, reprochant aux actrices principales une pauvre qualité de jeu, d’autres félicitent la fraîcheur qu’apporte cette nouvelle version à l’histoire.

Appartenant à la deuxième catégorie, j’ai su apprécier le contexte nouveau dans lequel se restitue l’histoire, à savoir la génération à laquelle j’appartiens. Une génération qui se montre plus cruelle envers la pauvre jeune fille qui vivra une humiliation publique diffusée en plus sur internet. Bien que l’ambiance des années soixante-dix ait disparu, le sujet reste d’actualité et connaît même son apogée avec la génération dite « Y » et tous ses réseaux sociaux. En effet, là où les adolescents se cherchent et se trouvent, s’épanouissent et appartiennent à plusieurs groupes distincts, la pauvre Carrie, élevée par une mère extrémiste religieuse qui refuse de s’ouvrir au monde extérieur se voit ostracisée et humiliée, parfois même par ses professeurs.

Pour apprécier l’interprétation de la jeune première Chloë Moretz , il faudrait totalement oublier celle de Sissy Spacek qui se distinguait par un physique plus qu’original et un jeu plus que réaliste. En effet la nouvelle tête est loin d’être repoussante mais porte en elle cette innocente pureté dont a besoin son personnage. Son jeu, bien loin de celui de sa prédécesseur illustre bien le talent de l’actrice qui montre une toute nouvelle Carrie, peut-être plus adaptée aux années 2010, moins effrayée par le monde extérieur. Du reste, l’évolution du personnage est bien palpable et j’irais même jusqu’à dire que son ambiguïté se voit mieux traduite. En effet, la jeune Carrie qui avait du mal à s’exprimer au début du film développe une attitude plus confiante dès la découverte de ses nouveaux pouvoirs, et la monstruosité aperçue dans son regard lors de la célèbre scène du bal de promo relève plus de l’animosité que celle d’une Sissy Spacek reptilienne aux yeux écarquillés et au visage éteint et cruel.

Bien que la jeune première soit étonnante dans ce rôle ambigu, elle ne vole pas la vedette à son aînée Julianne Moore qui joue à merveille le rôle de Margaret White, plus mise en avant que dans la version originale. On peut alors apercevoir avec horreur la mère se scarifier volontairement sans doute pour expier le péché de toute une vie qui se trouve porter le prénom de Carrie. Le visage crispé de Julianne Moore et sa fatigue apparente ne font que rajouter à l’authenticité du personnage qui se révèle être finalement le plus terrifiant. La grandeur de ces actrices écrasent à mon sens le reste du casting qui ne se distingue pas vraiment et est digne d’un soap américain, excepté Portia Doubleday interprétant à merveille la peste superficielle Christine Hargensen.

Si la mise en scène se voit être plus proche de celle du blockbuster (abus d’effets spéciaux et hémoglobine) que de celle de la version originale, certes plus classique mais qui n’en reste pas moins innovatrice (pour l’époque), certaines scènes méritent notre attention comme celle de la mort de la cruelle « queen bee » Chris, qui vit son dernier souffle le visage encastré dans un pare-brise, maculé de bouts de verre. La scène du bal de promo, différente du chef d’oeuvre de Brian De Palma est à mon goût un peu surfaite mais laisse un arrière-goût amer de vengeance et soulage même les vieux démons du lycée. Je n’ai été réellement déçue que par la scène finale, beaucoup moins impressionnante que celle de la version originale que j’ai interprétée comme bâclée et dénuée de toute symbolique.

Car mise a part cette scène ratée, la symbolique est bien présente tout au long du film, et même plus accentuée que dans celui des années 70. L’élément du sang, rythmant à travers plusieurs événements toute l’histoire, en dit plus sur le personnage de Carrie que n’importe quel autre. L’horrible naissance de Carrie, puis l’apparition de ses règles, et enfin le bain du sang du bal de promo (déclenché par une humiliation au sang de porc, rappelons-le) marquent l’évolution de la jeune fille. La question de l’origine de la cruauté et de la monstruosité est posée à travers le personnage principal, mais aussi par le personnage de Chris. En effet, le manque de limites de la jeune adolescente traduit une réelle cruauté et laisse penser que l’origine de la violence est en réalité la violence elle-même. Là encore, le sang joue un rôle révélateur quand une goutte de sang tombe sur le visage de l’horrible jeune fille au yeux avides de vengeance et laisse un doute sur le rôle du monstre dans l’histoire. Le film plaçant la symbolique à un rang important de la mise en scène, j’ai été surprise par la grossesse de Sue dont le film aurait très bien pu se passer.

Le remake a pour moi su s’imposer malgré le côté moderne et spectaculaire qui au regard de certains déforme l’histoire et se voit orchestré à merveille par deux actrices étonnantes qui ont su donner un souffle de fraîcheur à l’histoire culte ainsi q’une interprétation différente mais néanmoins réussie.

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Future étudiante en cinéma, je serais ravie de donner mon avis sur tous les films qui me passeront sous la main!

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