Cécila

Niché à deux pas de la Grand-Place, un gourmand non-avisé pourrait presque passer à côté du restaurant Cecila. Même si la faune locale (ou exotique quand on parle des touristes) a plutôt l’habitude de se réjouir des petits pains pittas de la « fameuse » rue voisine, les vrais gastronomes savent où se rendre. Rendez-vous donc un vendredi midi entre copines pour un lunch plutôt sympa.

Dans cet ancien petit bistro bruxellois complètement transformé, on retrouve la cheffe Melanie Englebin derrière les fourneaux (de la minuscule cuisine, il faut le dire… je me demande bien comment ils font pour bosser dans là-dedans). Après avoir été formée dans de très très jolies maisons (telle qu’au Sea Grill, au Chalet de la Foret ou encore chez Robuchon), celle-ci décide de se lancer seule dans l’incroyable aventure qu’est d’avoir son propre restaurant. Joliment nommé « découverte de l’année » par le Gault & Millaut en 2014, elle stagnera malheureusement pendant deux ans sur la note de 14/20 avant d’être, enfin, reconnue « jeune chef de l’année » (sur Bruxelles) par le G&M il y a quelques semaines. Une reconnaissance longue à arriver, mais tellement méritée.

D’ordinaire assez discrète, Melanie Englebin aura toutefois bien fait le buzz en avril dernier après avoir refusé de servir Yvan Majeur, le bourgmestre de la ville de Bruxelles, car elle ne souhaitait pas cuisiner pour quelqu’un qui « coule son commerce » (faisant donc référence à ce fameux piétonnier du centre-ville qui asphyxie petit à petit les restaurateurs de l’îlot sacré et des ruelles aux alentours). Un geste impulsif certes, mais à l’évidence pas calculé car le buzz aurait pu tout aussi bien se retourner contre elle par après. En tout cas, buzz ou pas, le Cécila était sur ma ‘to do’ list depuis un bon moment et j’ai enfin eu le temps d’y aller.

Pour le lunch, il y a le choix entre le menu surprise en 3 services (à 49 €) ou en 4 (59 €) et nous nous laisserons tenter par la formule complète. On commence par deux petites mises-en-bouches aux saveurs bien prononcées ; une petite ‘ »salade » de courgette (comme de mini spaghetti très fin) au vinaigre de myrte accompagné d’un jus de bouillabaisse (ça goûte bien la mer), puis du râble de lièvre servi avec quelques lamelles de lomo iberico et un jus de poisson de roche. Ce dernier étant vraiment d’une finesse incroyable, aux textures fondantes en bouche.

Le menu n’offre pas de formule vin, l’accord es proposé au verre et les gens décident eux-mêmes combien ils veulent boire. Chose qui peut parfois revenir plus cher, dépendant de sa soif. Heureusement, on est là pour le lunch donc un ou deux verres devraient aller (puis je dois retourner au boulot juste après). Le verre de blanc servi, place à la première entrée. Maquereau mariné, duo de purée de brocoli et de chou-fleur, tuiles de yaourt et petites pointes de baies d’argousiers.

Le contraste se retrouve aussi bien dans l’assiette qu’à la dégustation ; une jolie présentation, des saveurs bien balancées.

Pour suivre, nous avons droit à un œuf de ferme cuit basse température. Je dois avouer que dernièrement (disons depuis au moins un an), partout où je vais, j’ai droit à une version revisité de cet œuf ‘parfait’. Comme si tout le monde devait avoir SA recette (au panais chez Bouchéry, avec de la truffe chez Pei & Mei, version automne au Volta, etc.). Une chose est certaine, celle de Melanie Englebin surpasse ce que j’ai pu goûter auparavant. L’œuf ici est accompagné d’une crème de racine de persil, d’une émulsion de haddock et d’une réduction au vin rouge. Ce dernier donne presque un côté animal au plat. Sous l’émulsion se cachent quelques petits croûtons ainsi que 2 – 3 crosnes marinés au vinaigre de riz (que j’avais fièrement devinés à leur forme en les mangeant). Un plat moins sexy à la vue, mais tellement remarquable en bouche.

Le plat principal aura peut-être été ma seule déception du menu. Quand on sait que la cheffe s’inspire des produits de la mer, on s’attend peut-être à un peu plus de ‘poissons’ dans l’assiette. En tout cas, c’est ce que j’aurais aimé. Pourtant rien de négatif à dire sur ce carpaccio de gambero rosso, accompagné de sots l’y laisse de dinde caramélisés aux épices, chicons et cacahuètes. C’est bon, mais c’est tout. Rien de bien transcendant à mon avis, alors que de l’autre côté de la table on a adoré le plat.

Le lunch touche doucement à sa fin et nous terminons par un dessert assez rafraîchissant. La combinaison coco & mandarine est agréable, c’est joliment dressé mais ça manque un peu de gourmandise (à force de me répéter, les desserts c’est sacré chez moi). Puis de base, je n’aime pas beaucoup les desserts trop stylisés, j’aime la simplicité dans l’assiette tant que le goût y est. Pas de fausse note donc, juste pas mon truc.

Au final, nous avons passé un très bon moment entre filles (même que le serveur nous a demandé en rigolant si nous faisions de l’espionnage industriel avec toutes nos photos) et l’endroit fut une très jolie découverte. A lire d’autres articles sur la cheffe, il est clair qu’elle ne fait qu’évoluer et il ne me tarde de voir où cela va la mener. Une étoile qui sait?

Cécila – Restaurant Gastronomique 

16 rue des chapeliers, 1000 Bruxelles
02 503 44 74

Fermé le dimanche lundi
Ouvert tout les soirs ainsi que les jeudis et vendredis midis

Article initialement publié sur Broccolicious

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