Ces mots désuets de la langue française sont le miroir de notre histoire !

Qui a déjà prononcé les mots « redingote« , « aigue« , « coche« , « nacaire« , « goguette » ou « nice » (non, pas le nom de la ville du sud de la France !) en 2018 ? Peu de gens, même parmi les plus érudits d’entre nous. Pourtant, il s’agit de mots de la langue française qui furent très usités à une époque ou à une autre… (et pas très loin de la nôtre).

Storytelling d’une langue millénaire

Le français est un descendant direct du latin. Il s’agit en fait de la langue latine la plus éloignée de l’idiome que parlaient et écrivaient les Romains et autres habitants du Latium à l’époque de l’Antiquité. Par effet d’invasion militaire puis culturelle, le latin s’est imposé comme langue au fur et à mesure, tout en se mêlant aux patois locaux de Gaule. Mais ces patois se sont mis à tourner le latin à leur sauce et à le transformer, chacun à sa manière dans l’empire déchu. Si bien qu’en 842, un document officiel s’est vu rédigé, non pas en latin comme à l’accoutumée, mais en français (de l’époque) : ce sont les Serments de Strasbourg. Il est considéré comme le début de la langue française.

Fragment des Serments de Strabourg

Par la suite, la langue française s’est peu à peu forgée, au fil des siècles, pour atteindre les oeuvres écrites littéraires comme la Chanson de Roland écrite présumément par Turold en 1090, puis les Chevaliers de la Table Ronde de Chrétien de Troyes, et Adam de la Halle et Rutebeuf. Il s’agissait bien sûr d’ancien français ou de patois locaux tels que la langue d’oïl mais ils sont considérés comme initiateurs de l’héritage littéraire français. Le tournant vers la littérature « pure » se fait avec François Villon et François Rabelais.

A la suite de ces deux grands noms, la littérature s’est ancrée pour de bon dans le paysage culturel et artistique de la France (dans les frontières qu’elle avait à chaque époque, mais de plus en large) au point d’en devenir un pilier identitaire et de se présenter parfois comme le « pays de la littérature« . L’époque de gloire de la création littéraire a lieu lors de la seconde moitié du 18ème siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres (avant de passer aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale). Et, aujourd’hui, la langue française a évolué (et évolue encore) dans le sens de la simplification.

Petit panel sorti du placard

Voici quelques exemples de mots désuets qui feront plaisir aux amateurs d’histoire et de l’esprit d’une époque ou d’une autre, ou tout simplement des linguistes et sociologues qui savent bien que le vocabulaire est un symbole de l’esprit de son temps.

  • Eubage : On part, avec ce terme de genre masculin, en époque gauloise et dans ses fondements de hiérarchie sociale. En effet, ce mot désigne la classe (assez prestigieuse) entre les druides et les bardes. Cette dernière avait pour principale occupation l’étude de l’astronomie, des choses naturelles et de la divination. (Oui, la science du ciel existait déjà à l’époque de Vercingétorix,… en toute logique humaine).
  • Acétabule : On reste en Antiquité avec ce mot qui peut paraître technique au premier abord. En réalité, il ne l’est pas tant que ça puisqu’il désigne une sorte de vase destiné à conserver du vinaigre.
  • Exeat : C’est la permission que l’évêque donne à un ecclésiastique, son diocésain, d’aller exercer dans un autre diocèse. Un genre de mutation, en quelque sorte. On est donc ici, à la naissance de ce mot, au temps de domination de l’Eglise. Certainement au Moyen-Age. Ce terme est toujours utilisé au sein des institutions ecclésiastiques aujourd’hui mais n’a plus la force qu’il avait à l’époque.
  • Fruition : Ce mot d’antan désigne ni plus ni moins que l’action de jouir. Ce terme est symptomatique de la littérature de la fin du 18ème siècle. L’exemple le plus connu de cette expression est celui d’une lettre de Chaulieu (poète libertin français 1639-1720) à une certaine Madame D. avec qui il entretenait des rapports plutôt… intimes.

Homme portant une redingote à la mode de la fin du 19ème siècle © D.R.

  • Redingote : Ce mot est plus connu que les précédents. On est ici dans le domaine de la couture. Il s’agit d’un vieux manteau pour homme à longues basques, il était très à la mode à une certaine époque. Son pendant féminin est également nommé redingote et désigne un long manteau cintré à la taille. Ce terme est très utilisé dans la littérature du 19ème siècle, notamment celle de ses derniers années, comme chez Hugo et Zola.
  • Frelampier : C’est un homme « de peu » (autrement dit quelqu’un de la basse classe) et qui n’est bon à rien, ou décrit comme tel par la société dans laquelle il n’a pas trouvé sa place.
  • Aigue : Ce terme n’est plus du tout utilisé dans la langue française courante. Pourtant, quand on observe sa racine, on peut déceler des indices sur sa signification. Aigue… Agua,… Aqua. Aigue, c’est donc le nom ancien pour désigner l’eau.
  • Coche : C’est un peu l’ancêtre du taxi, on peut dire. Ou même du Uber. Le coche était la grande voiture qu’une personne (le cocher) était chargée de conduire pour amener des clients d’un endroit à un autre. Le coche servait aussi à transporter les marchandises. Elles ont été remplacées par les dilligences. A noter que le « coche » signifie également un bateau tiré par des chevaux.
  • Nacaire : On s’intéresse à la musique avec ce mot. Il désigne un instrument de percussion qui se rapproche des timbales jouées dans les armées sarrasines.

Des nacaires de plusieurs types différents sur un présentoir

  • Incaguer : Ce terme à la frontière du langage familier signifie défier quelqu’un, le braver, en lui témoignant beaucoup de mépris.
  • Faguenas : Terme familier et vieilli qui désigne une odeur rebutante qui sort d’un corps échauffé.
  • Figaro : Ce mot, qui aura donné, dans la première moitié du 19ème siècle, son nom à un célèbre journal français, désigne un barbier spirituel et malin, un valet adroit et peu gêné par sa conscience.
  • Grippe-coquin : Autrefois il s’agissait d’un nom plaisant donné à tous les agents chargés d’arrêter les malfaiteurs, particulièrement aux gendarmes.
  • Nice : C’est un adjectif désuet mais qui a eu son « heure de gloire » il y a plusieurs siècles. Il désigne quelqu’un qui ne sait pas, qui est dans l’ignorance. Pendant la période historique des Temps Modernes, La Fontaine s’en servit de base pour un vers « Tant ne fut nice, encor que nice fût, Madame Alix, que le jeu ne lui plût« .
  • Hennin : Il s’agit d’une coiffure de femme à la mode aux XIVe et XVe siècles ; elle était très élevée et surmontée d’un voile flottant à son sommet.

Et toute une série à découvrir dans ce petit dictionnaire des mots rares et anciens de la langue française.

A notre époque, on a également des mots que l’on connaît, qu’on a déjà entendus mais qu’on considère déjà comme dépassés alors qu’ils étaient à la mode il y a quelques années à peine. Par exemple, « être bath« , expression très utilisée dans les années 80 signifiait « être cool ». Qui sait si demain le mot « enjailler » ne sera pas de l’histoire ancienne ?

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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