Charlie Mortdecaï, la moustache et…la barbe!

On connaît le goût de Johnny Depp pour les personnages hauts en couleur. Avec ce Charlie Mortdecaï l’acteur ajoute un nouveau rôle taillé sur mesure à son impressionnant tableau de métamorphoses. Cheveux teints, dents du bonheur, moustache soignée, Johnny se la joue « so british ». Un peu trop peut-être.

Charlie Mortdecaï est un aristocrate excentrique, marchand d’art, escroc à ses heures et espion occasionnel. Lorsqu’un Goya disparaît de chez une restauratrice d’art assassinée, l’inspecteur Martland (Ewan McGregor) confie à Mortdecaï la mission de retrouver l’œuvre qui suscite de nombreuses convoitises.

Car ce Goya n’est pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’une œuvre disparue, volée par le régime nazi et dont la réapparition relance la perspective de mettre la main sur un magot nazi planqué dans un coffre suisse dont le numéro aurait été noté à l’arrière de la toile.

MORTDECAI

Cette intrigue qui réunit Américains, Russes, Nazis, le MI-5, des terroristes internationaux et j’en passe se révèle somme toute assez peu intéressante. Bâtie sur de vieux principes, elle ne surprend pas, pire elle rappelle en moins bien certaines comédies policières « so british » ultérieures. De Johnny English à Austin Powers, (voir James Bond), Charlie Mortdecaï semble emprunter à ses glorieux aînés la plupart de ses idées.

David Koepp, connu principalement pour ses scénarios (Jurrasic Parc, La guerre des mondes, Spiderman, Mission : Impossible,…) porte à l’écran le personnage crée par Kyril Bonfiglioli dans les années septante et décliné en trilogie, et ne ménage pas sa peine pour dynamiser le récit, mais à l’image de son interprète principal, l’excès et la redondance des effets de style nuisent plutôt que de soutenir une intrigue dont la désuétude est patente.

En définitive, l’intrigue principale du film n’est peut-être pas celle que l’on croit, parce que la belle moustache en guidon de vélo de Charlie Mortdecaï monopolise beaucoup l’attention des protagonistes. Moustache or not moustache, Johnny gardera-t-il ses bacchantes jusqu’au bout du film? Telle est peut-être la question que le spectateur doit se poser. Cet attribut d’élégance familial déplaisant fortement à sa femme.

Encadré par un casting britannique somptueux : Ewan McGregor, Gwyneth Paltrow (qui n’est pas un sujet de sa majesté, mais le vaut bien), Paul Bettany, l’acteur américain en fait-il des tonnes pour se glisser dans la peau d’un lord anglais désargenté ? Non, pensez-vous, il est là pour ça, alors pourquoi se priver, d’autant que monsieur co-produit son…ce divertissement. Gestuelle, mimiques, accent, il nous sort la panoplie complète histoire de se renouveler un peu. Trêve d’ironie, malgré une tendance au cabotinage, Johnny Depp nous réserve néanmoins quelques moments savoureux, comme lorsque très fier de sa moustache son personnage est confronté à une demi-douzaine de hipsters américains, ou encore à la manière dont Charlie Mortdecaï parle des États-Unis comme d’une colonie britannique. Mais quelques bons moments ne suffisent pas à contenir la lassitude qu’inspire ce personnage vampirisé par la personnalité de son interprète, qui à force de lasser, risque de finir par agacer les moins obstinés de ses admirateurs.

MORTDECAI

Gwyneth Paltrow en épouse au caractère fort, Ewan McGregor en amoureux transi de la femme de Charlie Mortdecaï et Paul Bettany en domestique rugueux amènent un peu de finesse bienvenue face à un Johnny Depp en plein exercice d’exubérance incontrôlée. Et que dire du plaisir de retrouver le trop rare Jeff Goldblum qui prête ses traits à un millionnaire américain. Son apparition est courte, son personnage presque anodin, mais Jeff assure.

A la vue d’une Aston Martin DB5, plantée au milieu d’une scène de fusillade, terne clin d’œil au célèbre agent double zéro, l’on se dit que malgré le second degré de la formule qui accompagne l’affiche, le raffinement a bien un nom, et ce n’est pas Charlie Mortdecaï.

Si Johnny Depp a manifestement pris son pied durant le tournage, le plaisir du spectateur est loin d’être une évidence.

A voir dès le 21 janvier 2015.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

2 Comments

  • « le plaisir du spectateur est loin d’être une évidence.

    A voir dès le 21 janvier 2015. »

    Alors, verdict, à voir ou à ne (surtout) pas voir ? 🙂

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