Chaumière (un film d’Emmanuel Marre)

Un collage poétique de courtes séquences, filmées au hasard de rencontres faites dans les hôtels Formule 1 : un riche raccourci d’une humanité très contrastée, voguant à coût réduit dans des espaces anonymes totalement indifférenciés.

Pour son premier long-métrage documentaire, le réalisateur belge Emmanuel Marre a choisi un sujet assez léger, non pas en terme d’affect — car il faut bien dire que ce film, montrant un microcosme éclectique évoluant dans un univers aseptisé des plus déprimants, ne redonne pas de baume au coeur, en cette période de printemps hivernal — mais simplement au niveau de l’ambition que propose le sujet. En effet, le film ne montera pas plus haut que son point de départ, un regard sur les hôtels Formule 1 et leurs clients. N’y voyez pas là une critique péjorative mais le film part d’un sujet modeste et livre donc une oeuvre de cet acabit. Le titre-même en témoigne, une chaumière est un modeste abri pour les gens simples ou perdus.

Emmanuel Marre réalise donc un portrait tendre et humble de cette faune allant de la famille d’émigrés qui semble en transit, au groupe du troisième âge en quête de nouveauté pittoresque, du VRP qui travaille et va au plus efficace au maghrébin qui alterne ce type d’endroit et sa voiture comme logement, non pas que son travail le réclame mais n’ayant pas d’autres choix financiers. Il convient de dire que le dispositif de capture de petits fragments de vie voit ici sa limite du fait que l’on ne comprend pas forcément les tenants et aboutissants de chaque personnage puisqu’on ne le suit qu’un court moment. Ce type de lieu étant uniformisé, nous n’avons pas non plus d’idée en ce qui concerne les relations directes entre ces personnages car le film pourrait avoir été tourné au même endroit comme en quinze. L’identification du spectateur se fait donc aléatoire en fonction du temps accordé à chacun, qui n’est pas le même.

Le film, je vous rassure, n’est pas complètement déprimant et un certain regard narquois d’entomologiste sensible se retrouve à certains moments, notamment avec les petits vieux, perdus dans cet univers tout automatisé, et tout prêt à l’emploi, principe du Formule 1 qui permet un tarif préférentiel, ainsi que les gros plans sur les panneaux publicitaires qui parsèment ces hôtels et tentent de justifier de manière humoristique l’aspect rudimentaire et minimal des lieux. Quelques exemples : « Elles sont dans votre chambre les toilettes, chez vous ? », « Vous profitez de la vue sur la mer quand vous dormez ? ».

On appréciera particulièrement le montage du film qui dynamise fortement l’ensemble par l’efficacité des coupes et le rythme alternant temps morts, réveil, et même fête avec une des dernières séquences, tournées le jour de l’an. La grande qualité à ce niveau-là s’explique très facilement par le fait que le réalisateur s’est entouré de la fine fleur des monteurs belges : Rudi Maerten pour l’image (voir les très beaux documentaires poétiques d’Eric Pauwels) et David Vranken pour le son (Van Dormael, Audiard). Le résultat est donc excellent à ce niveau-là et participe grandement à la qualité sensitive nécessaire à ce genre de film, qui ne serait sans cela qu’un reportage un peu chiant, auquel il faut rajouter un sens certain de l’utilisation du plan fixe comme du panoramique quand cela est nécessaire et possible, à savoir en dehors des chambres qui sont bien trop étroites pour ce genre de manipulations.

Une petite chaumière un peu froide donc mais dans laquelle on peut se reposer quelques instants sans être incommodé.

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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