Chien de Samuel Benchetrit: un film qui se mérite!

Après Asphalte en 2015, l’auteur et réalisateur Samuel Benchetrit adapte à nouveau un des ses romans avec Chien, son 6ème film qui réunit Vincent Macaigne, canin à souhait !, Bouli Lanners, dresseur tortionnaire, et Vanessa Paradis, à contre-emploi.

Comme dans ses précédents films (et romans), Asphalte (conte en apesanteur) ou J’ai toujours rêvé d’être un gangster (Meilleur Scénario au festival du film de Sundance en 2008), on retrouve l’univers singulier et insolite du cinéaste qui casse tous les codes: un cinéma absurde, violent mais touchant. 

Violent, comme ce qui arrive à Jacques Blanchot (incarné par Vincent Macaigne) qui va tout perdre: sa femme – qui soufre d’une « blanchoïte aigue » maladie de peau très rare qui lui donne des démangeaisons au contact de son mari -, son travail -suite à l’arrivée d’un jeune plus performant -, et son logement.

Dans tous les films de Benchetrit, il y a toujours une part autobiographique: il confie ainsi avoir écrit ce roman à une période difficile de sa vie, en pleine dépression, au point de s’être imaginé dans la peau d’un… chien. Etranger au monde qui l’entoure, éjecté du mécanisme tel une pièce rouillée et inutile, Jacques Blanchot va lentement se métamorphoser en…chien.

Vanessa Paradis & Vincent Macaigne, MK2 Bibliothèque / Paris (5 mars 2018).
Vanessa Paradis, MK2 Bibliothèque à Paris (5 mars 2018).

Derrière, cette idée un peu naïve (quand la vie te traite comme un chien autant le devenir), le film contient un fond politique et social fort. Politique car il y est question d’exclusion, de place dans la société et de comment la (re)trouver. Toutes les questions soulevés par le film sont là: en avoir ou pas …(du chien)? Être ou ne pas être…(chien)?

C’est aussi une comédie sociale (car on rit aussi) à ne pas prendre au premier degré (un homme qui devient chien), mais comme une métaphore pessimiste du monde, d’un monde qui s’effondre: les magasins sont en liquidation totale, les parkings de supermarché déserts, aucun client dans les hôtels; et se déshumanise: tous les personnages sont inextricablement seuls comme perdus dans l’immensité des plans filmés en scope.

Chien n’est certainement pas un film qui fera l’unanimité -ce n’est pas son but- mais c’est avant tout un film honnête qui se mérite et se digère (l’affiche du film annonce la couleur!). Sa violence, son cynisme, sa cruauté aussi et sa froideur pourront en choquer certains. S’il secoue et dérange de prime abord, c’est un film qui touche pour parler de la société, la solitude et l’amour (comment retrouver sa place auprès de celle qu’on aime) porté par un acteur qui a du chien!

Pour ce rôle canin, seul le formidable Vincent Macaigne (et son regard de chien battu) pouvait entrer dans la peau d’un chien, «un acteur punk qui n’est pas attaché à son confort contrairement à beaucoup d’acteurs » comme le définit Benchetrit. Après Maryline (dans le rôle d’une actrice) et avant Frost (elle y incarne une journaliste), on retrouve ici Vanessa Paradis à contre-emploi en épouse lâche et égoiste: un rôle secondaire, entre cruauté et humour, mais pivot et révélateur.

Entre le conte cruel et le road-movie scandinave (on pense beaucoup au cinéma baroque, épuré et mélancolique de Kaurismäki), ce Chien nous dérange mais touche et trouble aussi. Comme une bonne friandise, Chien est un film qui se mérite 

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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