Children of nowhere – Théâtre National

C’est à une armée de l’ombre que Fabrice Murgia choisit ici de donner corps, au retour d’un voyage au Chili en poursuivant sa série Ghost Road : témoigner de la barbarie d’une dictature, des absents et de la mort certes, mais surtout de la résilience d’un peuple, et des outils de sa rédemption.

L’auteur et metteur en scène qui nous avait régalés avec la précision du propos dans Notre peur de n’être, repris au Théâtre National de la Communauté Française en septembre 2015, aborde ici encore la question du difficile exercice de vivre. A Chacabuco, ancienne mine de salpêtre au milieu du désert transformée en camp de concentration, il s’agit davantage de survivre à vrai dire : après la dictature, après l’internement et le capitalisme mortifère, après la folie.

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Livrant de façon saisissante ce carnet de voyage à la manière d’un Signac, la mise en scène onirique juxtapose par petites touches de vibrantes interviews filmées de survivants du désert de l’Atacama, le témoignage las – un peu trop – de Viviane de Muynck, des poèmes de Pablo Néruda, les fantomatiques interventions chantées  de Lore Binon, les propositions poudrées du quatuor de violoncelles de Aton’ & Armide Collective, et le regard des Chiliens d’ici sur cette période noire de leur histoire. La nature protéiforme de Children of Nowhere, si elle est une force dans le sens où elle convoque une variété de sentiments, de niveaux de témoignage et d’expériences, finit pourtant par montrer ses limites en nuisant à la cohérence de l’ensemble.

Les détails sont pourtant soignés, dans les témoignages poignants transcrits comme dans l’écriture subtile et la composition musicale influente, et illustrent tant la cruauté et le cynisme du régime de Pinochet que la poésie surréaliste dont font preuve les prisonniers politiques, mus par l’énergie du désespoir.

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Car c’est par l’art et la connaissance que ces médecins, avocats, artistes, professeurs ou travailleurs, emprisonnés pour leur conviction politique, vont choisir de résister, d’espérer et de croire. Ensemble, ils vont jouer, face au régime libéral poussif développé par Pinochet et en réponse à leur privation de liberté, le petit théâtre imaginaire d’une vie sociale perdue, et constituer une université populaire, ouvrir une scène d’expression, libérer la parole et la création. Le partage et l’échange en rempart à la maltraitance physique et psychologique, belle métaphore des initiatives citoyennes actuelles en réponse à la crise financière et sociétale d’une rare violence que nous traversons.

Parce que cette page de l’Histoire du Chili et de son peuple au travers du prisme de Murgia ont beaucoup à nous apprendre de ce que nous vivons aujourd’hui, allez voir la pièce !

Children of nowhere

Jusqu’au 06 février au Théâtre National

Texte & mise en scène :  Fabrice Murgia

Avec : Viviane De Muynck

Chanteuse : Lore Binon

Quatuor de violoncelles : Aton’ & Armide Collective

Vidéo : Giacinto Caponio & Jean-François Ravagnan

Tarifs : de 11€ à 20 €

Durée du spectacle : 75’

La pièce se terminant samedi 6 à Bruxelles, il vous sera peut-être difficile d’aller la voir. Elle est néanmoins encore représentée à: Vitry-sur-Seine (FR) – Le Théâtre Jean-Vilar : les 12 et 13 février 2016
Bruges (BE) – Cultuurcentrum Brugge : le 16 février 2016
Namur (BE) Le Théâtre de Namur : les 23 et 24 février 2016
Strasbourg (FR) – Le Maillon : du 2 au 4 mars 2016
Gand (BE) – NTGent : les 8 et 9 mars 2016
Nantes (FR) – TU-Nantes : les 22 et 23 mars 2016
Saint-Nazaire (FR) – Scène Nationale : le 25 mars 2016
Rotterdam (NL) – Rotterdamse schouwburg : le 6 avril 2016

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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