Christophe au Théâtre Royal de Mons le 14 novembre

Christophe sera à Mons le 14 novembre au Théâtre Royal pour un concert qui promet d’être, à l’image de son dernier album, sublime.

Combien ils prirent quelque chose de plus individuel encore, d’être désignés par des noms, des noms qui n’étaient que pour eux, des noms comme en ont les personnes. (Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Gallimard : Folio, 1977, p. 458)

A une époque où l’embrasement général provient d’un prénom, dans un monde qui a vu éclore le talent d’un certain Shahnourh Varinag Aznavourian, le dernier des Bevilacqua continue ses tournées, loin de la nostalgie mortifère qui gangrène notre époque. Long est le chemin qui mène jusqu’à l’ironie suprême. En 1974, dans son album « Les mots bleus » l’interprète des Paradis perdus cherchait déjà à se réapproprier ce nom. Il n’y avait plus de place pour moi, pour le dernier des Bevilacqua. Tout part d’un nom, d’une désignation dissimulée derrière un pseudonyme. Daniel Bevilacqua est devenu Christophe à l’instar d’Aznavourian devenu Aznavour. Et si ce patronyme ne se méritait pas mais devait se gagner, à la force des bras parfois ? Comme au temps de l’immigration italienne et espagnole où les Francesco se faisaient appeler François pour masquer leur “marqueur identitaire”.

L’imposture suprême ne serait-elle pas de revendiquer ce nom que Christophe, lui, n’a eu de cesse de reconquérir ? D’abord en 1974 avec son titre « Le dernier des Bevilacqua », puis en 1996 dans son Album patronymique « Bevilacqua » et jusqu’à « E justo », chanson composée avec sa fille, Lucie Bevilacqua, dans son sublime album « Les vestiges du chaos ». Combien de générations avant d’atteindre et transcender cette arbitraire hérédité ? Combien d’albums pour se retrouver, pour se trouver, enfin ? J’ai bientôt 30 ans, j’ai bientôt 30 ans. Je fais maintenant la musique que j’aime. J’ai bientôt 30 ans, j’ai bientôt 30 ans. Et je resterai, resterai le même…

 

Le dernier des Bevilacqua aura éprouvé le besoin de changer de prénom pour se faire un nom, le comprendre et le revendiquer.

Mais les noms présentent des personnes – et des villes qu’ils nous habituent à croire individuelles, uniques comme des personnes – une image confuse qui tire d’eux, de leur sonorité éclatante ou sombre, la couleur dont elle est peinte uniformément, comme une de ces affiches, entièrement bleues ou entièrement rouges, dans lesquelles, à cause des limites du procédé employé ou par un caprice du décorateur, sont bleues ou rouge, non seulement le ciel et la mer, mais les barques, l’église, les passants. (Marcel Proust, Du côté de chez Swann. Gallimard : Folio, 1977, p. 458)

Après avoir vu son très beau concert à la Luna (Manège de Maubeuge), dont je vous avais parlé ici en 2017, je serai à nouveau dans le public le 14 novembre au Théâtre Royal de Mons. Et vous ?

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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