Ciao Ciao Bambino

« Voici la belle histoire de Ciccio Bello, le nouveau joyau de Sébastien Ministru. C’est une veillée funèbre, puisque Ciccio vient de nous quitter dans de mystérieuses circonstances. Ils sont venus, ils sont tous là : Charles, le jules de Ciccio, mais aussi la famille, Carmelo, Nancy, Eric et Silvana, le professeur de Zumba. Rien que leurs prénoms et on comprend qu’on va très très bien s’amuser. Bref une réunion de famille italo-belge où on ne sait plus très bien ce qui est italo et ce qui est belge. Vive le cosmopolitisme ! »

Le TTO avait mis les petits plats dans les grands pour cette première de Ciao Ciao Bambino : petits chocolats de bienvenue, verre offert par la maison…L’impatience était palpable, et on pouvait sentir que le public, patientant autour du bar avant la représentation, était content d’être là et avait hâte de voir la dernière création de Sébastien Ministru – qui lui aussi avait l’air d’attendre impatiemment que les acteurs entrent en scène. Et moi donc ! Fraîchement débarquée en Belgique (traduction : aucune culture du plat pays « de quoi ou qu’est-ce » comme on dit ici, à l’exception notable d’Annie Cordy et de Plastic Bertrand pour son inoubliable chanson « Astérix » – et je ne parle que des vivants bien entendu – oui je connais Brel, quand même), les réactions à l’évocation de cette pièce m’avaient déjà mis la puce à l’oreille : « La nouvelle pièce de Ministru ???!!! Avec Laurence Bibot ???!!! T’as des plaaaaaaces pour la premièèèèèère??!! Naaaan mais c’est énorme, ce sont les meilleurs !! ». Ok, allons donc voir ça…

Et oui, qu’est-ce qu’on rit ! Dès l’entrée des personnages, on rit… Ils sont dans la caricature, dans l’excès, dans le too much, mais on rit ! La belle-sœur Nancy, interprétée par Laurence Bibot, tient ici le haut du pavé : affublée pendant toute la durée de la pièce d’un accent « flamant de Vilvoorde » à couper au couteau, ses attitudes, sa gestuelle, ses réflexions idiotes et outrancières, ses chaussures et son sac à main, tout est prétexte au rire. Le talentueux Aurelio Mergola, qui interprète Charles, veuf du regretté Ciccio, est également remarquable, tant son maniérisme et sa maniaquerie vous exaspèrent et vous attendrissent à la fois dès les premières minutes. C’en devient nerveux, on rit.La mise en scène, durant les premières minutes du spectacle, est particulièrement habile : la famille est rassemblée au grand complet autour du corps du défunt, lors de la veillée funèbre. On est dans l’excès de drame et de pathos, au dernier degré. Presque aucun mot (si ce n’est les jérémiades italo-flamande de Nancy), mais l’outrance des gestes, les ressorts comiques à la Comedia del’Arte, plantent le décor.

Ces funérailles sont prétextes à évoquer quelques tranches de la courte vie de Ciccio (interprété par Antoine Guillaume), qui commente, avec son style intellectuel et raffiné, ses propres funérailles et revient du royaume des morts pour nous faire revivre certaines moments hauts en couleurs de son existence. Les souvenirs personnels de l’auteur sont palpables : né en Belgique d’un père sarde et d’une mère sicilienne, il puise dans ses propres références et anecdotes, en forçant quelque peu le trait pour faire rire : on parle de Trapani d’où l’on ramène des cendriers-colisée en souvenir, de bouffe (de cucuzze exactement, qui permettront au beau-frère Eric, interprété par Fredéric Nyssen, de dévoiler son humour si délicat d’ouvrier dans une usine automobile), de la nonna qui ne se déplaçait jamais sans ses 8 kilos d’or autour du cou. Autant de détails, de petites choses, trop précises et justes pour n’être que le fruit de l’imagination de l’auteur, et qui rendent ce milieu populaire d’immigrés italiens tellement touchant. Ministru voulait sans doute leur rendre hommage, c’est fait avec brio.

Les flash-backs sur la vie de Ciccio seront ainsi l’occasion de mieux connaitre sa famille, son histoire, aux travers de situations tout aussi cocasses les unes que les autres. Mais le mariage de Sylvanna, la prof de zumba survoltée interprétée par Anna Cervinka et d’Eric, la séance chez le coiffeur, l’épisode de l’école (excellentissime !!) ou encore les discussions entre Charles et Ciccio sont autant de prétextes pour l’auteur de revenir, avec toujours beaucoup d’humour, sur l’immigration, sur l’amour et le couple, ou encore sur l’acceptation de l’homosexualité. Ministru déclarait dans un entretien à Agenda qu’il ne fallait pas y voir une volonté militante, mais que si cela pouvait contribuer à faire avancer les mentalités, ce serait pour le mieux. C’est exactement ce qui m’a plu dans cette pièce : on rit tant et plus, l’écriture est juste et ne sombre pas dans l’humour facile, l’interprétation des acteurs (tous) est flamboyante, et EN PLUS, de (toutes) petites pistes de réflexion sur des sujets très actuels sont lancées.

En bref, les acteurs, de manière évidente, s’amusent beaucoup sur scène, et leur plaisir est contagieux ! Allez-y, je vous le recommande chaudement !

Du 17/04/2013 au 31/05/2013 au Théâtre de la Toison d’Or (TTO)

Texte de : Sébastien Ministru

Mise en scène : Nathalie Uffner

Avec : Laurence Bibot, Anna Cervinka, Antoine Guillaume, lexis Goslain, Aurelio Mergola et Frédéric Nyssen

Tarifs : de 10€ à 22€

Durée du spectacle : 1h30 min

Plus d’informations ici.

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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