Clara Dupont-Monod – Nestor rend les armes

« Lui, c’était un homme d’excès. Un homme qui n’avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier. »

Nestor n’est pas comme tout le monde et il est difficile de ne pas le remarquer. En effet, Nestor est obèse. Mais il ne l’a pas toujours été. Se nourrir le rassure, comble ce vide qu’il ne peut souffrir, ce trou béant qui défigure sa poitrine bien plus que l’amas de graisse accumulée n’a pu l’enlaidir. La nature de ce vide? Un mystère qui se dissipe peu à peu au fil des pages laissant entrevoir des parcelles d’une terrible tragédie humaine et familiale.

Mais aujourd’hui, il n’est plus question de se battre ou de se barricader derrière son propre corps. Après avoir vécu en pilote automatique de longues années durant, il a suffi d’un événement infime, d’une réflexion, d’une révélation, et tout bascule. Et parce que face aux inévitables changements et aux situations inextricables, il n’y jamais qu’une seule possibilité, Clara Dupont-Monod nous en offre pas moins de trois…

Nestor rend les armes n’est pas un livre long qui se complaint dans l’attente et l’inaction. En peu de mots et peu de pages (117 seulement), l’auteur a vite fait de nous dépeindre la situation de cet homme aux rituels alimentaires et quotidiens pour le moins peu communs. Son écriture directe et simple va droit au but et le roman, parsemé de beaux mots, se laisse lire très rapidement.

Concept intéressant, il en résulte néanmoins que sa plume froide et descriptive a un côté parfois trop tranchant qui nous empêche d’adhérer pleinement au récit. Nestor est là, oui, mais un peu flou et son côté irrationnel, même s’il s’explique, reste quelque peu abscons et infantile. Bref, il touche ce bonhomme mais ne nous parle pas, ne se lève d’entre les pages pour nous narrer son vécu.

En outre, l’idée des trois dénouements aurait été bien plus aboutie si ceux-ci avaient été de même longueur. En offrant un telle disparité, Clara Dupont-Monod ne nous laisse pas le choix, nous aiguillant d’emblée vers la fin la plus longue parce que plus complexe, plus vivante et plus… relatée, tout simplement. Parce qu’on a besoin de s’immiscer dans la vie, dans la peau, entre la chair des personnages pour pouvoir les sentir vivre et les libérer de leur fadeur de papier, l’originalité littéraire qu’elle fait miroiter ne restera jamais qu’illusoire et c’est regrettable.

Remercions toutefois PriceMinister pour cette lecture des plus intéressantes (bien qu’imparfaite).

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