Coming Home, impeccable et pourtant dispensable

Après de nombreuses fresques historico-propagando-légendaires indigestes (Héro, La Cité interdite, Le Secret des poignards volants,…), et un remake de Sang pour Sang des frères Coen, Zhang Yimou semble être revenu à des projets plus modestes, proches du cinéma d’auteur et social chinois (si l’on excepte The Flowers of War, plus gros budget du cinéma chinois). Retour fictif seulement, parce qu’avec Coming Home, un film bien sous tous rapports, Zhang Yimou a du mal à cacher qu’il est devenu le cinéaste chéri du pouvoir chinois, sinon un artiste officiel du régime.

Lu Yanshi et sa femme Feng Wangyu s’aiment d’un amour fort et tendre. Lorsque Lu Yanshi, prisonnier politique, s’évade dans l’espoir fou de retrouver celle qu’il aime, cette dernière subit un choc physique et psychologique au moment où il est repris in-extremis par les forces de police. Libéré à la fin de la Révolution Culturelle, Lu Yanshi retrouve sa femme qui souffre de troubles neurologiques et ne le reconnaît pas. Avec l’aide de sa fille, Lu Yanshi va essayer de faire comprendre à sa femme qu’il est l’homme qu’elle aime et qu’elle attend éperdument.

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Libre adaptation de Lu Yanshi, le criminel roman fleuve de Geling Yan (sorte d’Anna Gavalda locale, que Zhang Yimou avait déjà adaptée avec The Flowers of War), Coming Home est un drame intimiste « tire-larme » qui s’inscrit manifestement dans le cadre de la révolution cinématographique chinoise qui ambitionne de concurrencer Hollywood. Non pas que Coming Home soit un blockbuster (loin de là) qui prétende atteindre les sommets des box-offices américain et chinois, mais force est de constater que le film bénéficie de l’émergence des nouveaux studios chinois et de moyens financiers accrus par la fanization du public chinois. Je m’explique. A l’heure où la Chine découvre le cinéma comme média de divertissement de masse (par jour, seize salles de cinéma sont ouvertes Chine) et où internet touche un Chinois sur deux, l’association d’un réalisateur-star, d’une romancière à succès, d’acteurs célèbres et de décors de studio, est un pari qui devrait se révéler payant sur un marché chinois qui protège ses propres productions (seuls 34 films étrangers sont acceptés par an sur le marché chinois).

Résultat : un film académique qui arrache bien une larme par-ci par-là, mais qui se révèle bien trop rigide et artificiel que pour susciter de réelles émotions.
En virtuose de la réalisation, Zhang Yimou propose certes un film à l’esthétique ultra-léchée, servi par une lumière magnifique, des décors de studios remarquables et des acteurs exceptionnels…, mais engoncé dans cette abondance de biens, Coming Home ne décolle jamais réellement et subit la prédominance de la forme sur le fond.

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Si Zhang Yimou parvient à nous intéresser lorsqu’il raconte les subterfuges que Lu Yanshi emploie pour « faire tomber le franc à sa femme », il préfère revenir sur le drame intimiste qui touche cette famille meurtrie par la Révolution Culturelle. Ce traumatisme qui affecte encore de nombreuses familles chinoises qui furent confrontées à des dénonciations internes, préoccupe Zhang Yimou qui semble vouloir faire œuvre utile en prônant le pardon et la réconciliation.

A l’image du film, les acteurs, Gong-Li en tête, sont parfaits. En femme amoureuse et blessé par la vie, Gong-Li réussit le tour de force de rester crédible malgré le poids du maquillage et les nuances qu’imposent son rôle.

Avec Coming Home, Zhang Yimou fait un peu office de vieux dinosaure en mal d’inspiration face à la nouvelle vague (la sixième génération) du cinéma chinois. Zhang-ke Jia avec A Touch of Sin, Lou Ye avec Suzhou River, ou plus récemment Yi’nan Zia avec Black Coal, expriment un cinéma autrement plus séduisant et inspiré que ce pâlot Coming Home.

Dans une Chine convertie à l’économie de marché, où les inégalités se creusent et les résidences enmurraillées fleurissent, l’inspiration ne doit pourtant pas manquer pour un cinéaste contestataire comme il l’est…ou l’a été.

Pétri de qualités tant techniques qu’artistiques, Coming Home est pourtant un film dispensable. Paradoxalement.

A voir dès le 10 décembre 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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